Ces­sons la ma­ni­pu­la­tion, ac­ti­vons le dé­ve­lop­pe­ment!

Le Temps (Tunisia) - - La Une - PAR KHA­LED GUEZMIR

Quelle est la du­rée de vie (po­li­tique) d'un gou­ver­neur de­puis la Ré­vo­lu­tion ! Quelques mois, peut-être un peu plus d'une an­née, au plus… Une étude sta­tis­tique s'im­pose tout comme pour les mi­nistres qui n'ar­rivent pas eux aus­si, comme le dit le dic­ton po­pu­laire à chauf­fer un « fau­teuil » (es­sa­khen fi el kor­si) et bou­cler un man­dat de trois ans ! L'in­sta­bi­li­té à ce ni­veau était cer­tai­ne­ment pré­vi­sible puisque en six ans nous avons eu « 7 » gou­ver­ne­ments, et en­core faut-il que le chan­ge­ment de selles soit aus­si re­po­sant que le pré­voit la sa­gesse po­pu­laire (tab­dil ess­rouj fih ra­ha !). Pour la cré­di­bi­li­té au ni­veau de la fonc­tion éta­tique et de com­man­de­ment, ces re­ma­nie­ments suc­ces­sifs n'ap­portent au­cune ef­fi­ca­ci­té et en­core moins de vi­si­bi­li­té.

Quelle est la du­rée de vie (po­li­tique) d’un gou­ver­neur de­puis la Ré­vo­lu­tion ! Quelques mois, peut-être un peu plus d’une an­née, au plus… Une étude sta­tis­tique s’im­pose tout comme pour les mi­nistres qui n’ar­rivent pas eux aus­si, comme le dit le dic­ton po­pu­laire à chauf­fer un « fau­teuil » (es­sa­khen fi el kor­si) et bou­cler un man­dat de trois ans !

L’in­sta­bi­li­té à ce ni­veau était cer­tai­ne­ment pré­vi­sible puisque en six ans nous avons eu « 7 » gou­ver­ne­ments, et en­core faut-il que le chan­ge­ment de selles soit aus­si re­po­sant que le pré­voit la sa­gesse po­pu­laire (tab­dil ess­rouj fih ra­ha !).

Pour la cré­di­bi­li­té au ni­veau de la fonc­tion éta­tique et de com­man­de­ment, ces re­ma­nie­ments suc­ces­sifs n’ap­portent au­cune ef­fi­ca­ci­té et en­core moins de vi­si­bi­li­té. Quand on sait qu’il faut trois ans au mi­ni­mum pour construire un bar­rage, ou une route na­tio­nale ou ré­gio­nale, deux ans au moins pour fi­na­li­ser un pé­ri­mètre ir­ri­gué et en­ta­mer l’exé­cu­tion d’une zone in­dus­trielle sans comp­ter les an­nées d’études et de bou­clage du fi­nan­ce­ment, on ne peut qu’être scep­tique sur ce concept de « conti­nui­té de l’etat » si mal­me­né de­puis un cer­tain 14 jan­vier 2011. Or, le li­mo­geage de res­pon­sables na­tio­naux ou ré­gio­naux sup­pose l’échec des per­sonnes dé­si­gnées pour ces hautes charges, alors que l’ac­cu­mu­la­tion des pro­blèmes ré­gio­naux et des exi­gences lu­bri­fiées par la dé­ma­go­gie ga­lo­pante des po­li­tiques en quête de « pro­phé­ties » ir­réa­listes, ne laisse au­cune chance à qui que ce soit même « sur­doué » tech­ni­que­ment, de pou­voir faire face et apai­ser un pays to­ta­le­ment en­ga­gé dans l’ir­ra­tion­nel et l’ir­rai­son­nable !

Le dé­fi­cit au ni­veau de l’in­fra­struc­ture et du dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal, en gé­né­ral, sur­tout de la moi­tié Ouest du pays qui est ados­sée à notre voi­sin l’al­gé­rie, est connu de tous et il faut trou­ver des mil­liers de mil­liards pour en­ga­ger les grands tra­vaux, amé­na­ger l’ir­ri­gué, créer de nou­velles zones in­dus­trielles et sur­tout… sur­tout… les pro­mo­teurs à faire dé­bar­quer sur ces « Far­west » tu­ni­siens, avec un ré­seau rou­tier et de com­mu­ni­ca­tion de for­tune et des po­pu­la­tions sur­vol­tées et ma­ni­pu­lées par toutes les idéo­lo­gies mes­sia­niques, re­li­gieuses et so­ciales en­thou­sias­mées !

Les ré­fé­rences qu’on de­vrait tou­jours avoir à l’es­prit c’est l’etat de l’in­dé­pen­dance au ni­veau na­tio­nal et les pays d’asie au ni­veau in­ter­na­tio­nal, si nous vou­lons vrai­ment faire « bou­ger » les ré­gions vers le bon sens et le po­si­tif et non pas vers la ré­bel­lion per­ma­nente. Les gou­ver­neurs comme les mi­nistres de Bour­gui­ba avaient une du­rée de vie (po­li­tique) d’au moins trois ans. Ce­ci a per­mis le dé­ve­lop­pe­ment pro­di­gieux à par­tir de rien, avec aus­si, un per­son­nel po­li­tique pas très « énarque » et en­core moins di­plô­mé de « Har­vard » ou de l’ecole cen­trale de Pa­ris à une ou deux ex­cep­tions près ! Les plans de dé­ve­lop­pe­ment ne met­taient pas une éternité pour se faire écrire et adop­ter. Quand je vois cette loi ou code de l’in­ves­tis­se­ment qui traine en lon­gueur ça fait trois bonnes an­nées, il n’y a pas de quoi être op­ti­miste ! Tout ce­la pour­quoi… ?! parce qu’on va très loin dans les dé­tails qui sont cen­sés être du res­sort des dé­par­te­ments et mi­nis­tères concer­nés, qui sont eux sur le ter­rain et qui savent où ça bloque.

« Trop de ver­tu fi­nit par tuer la ver­tu », di­sait Aris­tote puis Ma­chia­vel. Or, l’art du gou­ver­ne­ment est l’art de « l’im­par­fait » dans toute sa réa­li­té et son éten­due. Au­jourd’hui, le Par­le­ment bri­tan­nique ad­met que M. Da­vid Ca­me­ron s’est trom­pé sur la Li­bye, et des sé­na­teurs amé­ri­cains ad­mettent que leurs pré­si­dents se sont trom­pés sur l’irak… Mais, ça nous fait « une belle jambe » comme di­rait Sa­cha Gui­try ou Fer­nan­del… car, qui peut, au­jourd’hui, ra­me­ner les ai­guilles de la montre à 2003 ou 2011 ?! Ce qui est fait est fait et M. Oba­ma écri­ra un jour, j’en suis per­sua­dé, ses « re­grets » les plus « pro­fonds » et les plus « sin­cères » pour avoir contri­bué à dé­fi­gu­rer la Sy­rie en mi­sant sur l’op­po­si­tion dite « dé­mo­cra­tique » alors qu’elle roule pour « Jabhet En­nos­ra », « Daëch » et des puis­sances ré­gio­nales comme la Tur­quie, l’ara­bie Saou­dite et même Is­raël ! Pour re­ve­nir à nos mou­tons, qui sont heu­reux d’avoir la paix pen­dant 12 mois, jus­qu’à l’aïd pro­chain, nos ré­gions ont be­soin de calme et de sé­ré­ni­té qui sont à la base de la sta­bi­li­té, qu’on veut, dy­na­mique et alerte, pour en­ga­ger les ré­formes né­ces­saires et les pro­jets d’en­ver­gure, pour sou­la­ger ces contrées de la Tu­ni­sie pro­fonde. Or, la mo­bi­li­sa­tion ex­ces­sive et les cam­pagnes de dé­ni­gre­ment de l’etat de l’ad­mi­nis­tra­tion et de leurs re­pré­sen­tants, les gou­ver­neurs en tête, ne mènent à rien, si ce n’est à l’ap­pro­fon­dis­se­ment des frac­tures so­ciales, la frus­tra­tion po­pu­laire et l’épi­dé­mie du ré­gio­na­lisme et même du tri­ba­lisme. Mme Kal­thoum Es­saï­di, jour­na­liste brillante à la Ra­dio na­tio­nale, (arabe), m’a pro­vo­qué l’autre jour sur son an­tenne, en me po­sant la ques­tion sui­vante : « La ré­volte de Ali Ben Ghed­ha­hom de 1864, jus­te­ment, à Kas­se­rine, au pays des Mé­jers et des Fré­chiches… a-telle ser­vi et fait avan­cer les ins­ti­tu­tions à cette époque » ?! Ma ré­ponse à Mme Kal­thoum et elle de­meure va­lable, au­jourd’hui, je vous la donne pour ré­flexion : « Si vous es­ti­mez que la sus­pen­sion de la Cons­ti­tu­tion de 1861 par le Bey Mo­ha­med, et le re­tour au pou­voir du sou­ve­rain de droit di­vin, qui a ge­lé dans la fou­lée, la sé­pa­ra­tion des pou­voirs et sur­tout les com­pé­tences du Ma­j­less El Ke­bir (l’équi­valent d’une As­sem­blée par­le­men­taire)… si vous ap­pe­lez tout ce­la, pro­grès, des ins­ti­tu­tions… Eh bien, moi, je pense tout à fait le contraire » ! « …Wa Ha­dith­na Kiess » ! A force de se­mer le vent dans les ré­gions, nous ris­quons la tem­pête… qui pour­rait re­mettre les pen­dules de « l’au­to­ri­ta­risme » à l’heure ! Au fait, sa­vez-vous que 92% des Tu­ni­siens, se­lon un ré­cent son­dage, ne sont pas op­po­sés au re­tour de Ben Ali aux af­faires ! A mé­di­ter !

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