Tra­fic de voi­tures

Le Temps (Tunisia) - - Faits De Societé -

Ce n’est pas un aveu de fai­blesse mais lorsque le com­mis­saire Franck Dan­ne­rolle confie la dif­fi­cul­té pour les forces de l’ordre de re­pé­rer les fi­lières ma­fieuses d’écou­le­ment de vé­hi­cules, il donne la me­sure du pro­blème. « Ce­la gé­nère beau­coup d’ar­gent, pré­cise le pa­tron de la po­lice ju­di­ciaire de Metz. De l’ar­gent qui peut en­suite fi­nan­cer d’autres ac­ti­vi­tés cri­mi­nelles. » C’est d’ailleurs de ma­nière in­ci­dente que ses hommes ont com­men­cé, en oc­tobre 2015, à s’in­té­res­ser au su­jet: un homme mouillé dans un tra­fic de drogue ache­tait trop de voi­tures pour que ce­la soit hon­nête…

Le fil de la pe­lote se dé­roule alors len­te­ment. Les in­di­vi­dus se montrent mé­fiants : trente-deux lignes té­lé­pho­niques sont pla­cées sur écoute. Les en­quê­teurs mènent des sur­veillances phy­siques dans le sec­teur de Sar­re­gue­mines où vit l’in­di­vi­du iden­ti­fié comme l’or­ga­ni­sa­teur, un Ita­lien d’une qua­ran­taine d’an­nées ins­tal­lé en Mo­selle-est de­puis vingt ans. Trois hommes le se­condent dans une com­bine bien hui­lée. Le qua­dra­gé­naire, condam­né dans le pas­sé pour bra­quage et es­cro­que­rie, fait ve­nir des voi­tures vo­lées d’italie mais ma­quillées avec de fausses plaques et de faux do­cu­ments. Des dou­blettes de belles qua­li­tés. Même les nu­mé­ros de sé­rie sont fi­ne­ment chan­gés sur cer­taines pièces des vé­hi­cules. En France, les lieu­te­nants s’oc­cupent du reste. Les voi­tures – de marques ita­liennes comme des Fiat 500 et des Al­fa Ro­méo, ou des Range Ro­ver Evoque le plus sou­vent -, sont ven­dues par in­ter­net, ou dans le cercle proche. L’un gère les ap­pels té­lé­pho­niques, un autre va au contact des clients, et le dernier ap­pa­raît sur la carte d’iden­ti­té ita­lienne. Un faux document, évi­dem­ment. Ces do­cu­ments frau­du­leux per­mettent éga­le­ment à la bande d’ou­vrir un compte dans une banque, et d’y dé­po­ser l’ar­gent des ventes. Avant d’être re­ti­ré illi­co pres­to… Une ving­taine de voi­tures a été écou­lée dans l’est de la France et en ré­gion pa­ri­sienne de­puis l’au­tomne 2015. « On peut es­ti­mer le pré­ju­dice entre 300 et 400 000 € pour les vic­times qui sont pour la plu­part de bonne foi, consi­dère le com­mis­saire. Elles se sont fait abu­ser. Le prix de vente cor­res­pon­dait à peu près au prix nor­mal. D’autres ache­teurs, par contre connais­saient per­ti­nem­ment la pro­ve­nance illé­gale… »

Cer­tains de ces ache­teurs font par­tie des qua­torze per­sonnes in­ter­pel­lées le week-end dernier, et cette se­maine. La cible nu­mé­ro 1 a été pla­cée en garde à vue mar­di soir, à l’is­sue d’une fi­la­ture me­née sur le fil du ra­soir par les hommes de la toute nou­velle bri­gade de re­cherche et d’in­ter­ven­tion (BRI) de Metz. En per­qui­si­tion, la PJ et le groupe d’in­ter­ven­tion ré­gio­nal (GIR), en charge des in­ves­ti­ga­tions fi­nan­cières, ont sai­si huit vé­hi­cules. Tous vo­lés d’après les vé­ri­fi­ca­tions de L’AR­GOS, grou­pe­ment d’as­su­reurs pour l’iden­ti­fi­ca­tion, qui as­siste les forces de l’ordre. « Ils ont des bases de don­nées qui leur per­mettent de dé­tec­ter toutes les fraudes », se ré­jouit Franck Dan­ne­rolle. A l’is­sue des gardes à vue, six per­sonnes ont été dé­fé­rées et mises en exa­men pour re­cel, es­cro­que­rie en bande or­ga­ni­sée, as­so­cia­tion de mal­fai­teurs, faux et usage de faux par le juge d’ins­truc­tion de Sar­re­gue­mines. Trois hommes, dont l’ita­lien, ont été in­car­cé­rés.

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