Qui ré­ta­bli­ra le pres­tige de l’etat ?

Im­mo­bi­lisme dé­con­cer­tant des au­to­ri­tés face au pour­ris­se­ment de la si­tua­tion gé­né­rale

Le Temps (Tunisia) - - LA UNE - Sal­ma BOURAOUI

Ce­la fait huit mois que le pays vit sous le rythme des in­ci­dents qui se sont ayant pour théâtre l'île de Ker­ken­nah. Des in­ci­dents, des pro­tes­ta­tions, des vio­lences même me­nés par quelques in­di­vi­dus qui en veulent à la so­cié­té pé­tro­lière tu­ni­so-bri­tan­nique de pros­pec­tion et d'ex­ploi­ta­tion éner­gé­tique (Petrofac). Ce­la a com­men­cé en dé­but de l'an­née cou­rante quand un groupe de pro­tes­ta­taires avait blo­qué les ac­ti­vi­tés de la so­cié­té exi­geant, ain­si, à l'etat et à Petrofac de te­nir leurs pro­messes. En avril 2016, les mou­ve­ments de pro­tes­ta­tions avaient dé­gé­né­ré et des émeutes avaient écla­té sur l'île.

Ce­la fait huit mois que le pays vit sous le rythme des in­ci­dents qui se sont ayant pour théâtre l’île de Ker­ken­nah. Des in­ci­dents, des pro­tes­ta­tions, des vio­lences même me­nés par quelques in­di­vi­dus qui en veulent à la so­cié­té pé­tro­lière tu­ni­so-bri­tan­nique de pros­pec­tion et d’ex­ploi­ta­tion éner­gé­tique (Petrofac). Ce­la a com­men­cé en dé­but de l’an­née cou­rante quand un groupe de pro­tes­ta­taires avait blo­qué les ac­ti­vi­tés de la so­cié­té exi­geant, ain­si, à l’etat et à Petrofac de te­nir leurs pro­messes. En avril 2016, les mou­ve­ments de pro­tes­ta­tions avaient dé­gé­né­ré et des émeutes avaient écla­té sur l’île. Suite à ces évé­ne­ments, l’an­cien chef du gou­ver­ne­ment, Ha­bib Es­sid, avait poin­té du doigt le Front po­pu­laire et Hizb Et­tahr­rir en as­su­rant avoir en sa pos­ses­sion des élé­ments prou­vant l’im­pli­ca­tion de ces deux par­ties dans les émeutes. De­puis, les choses se sont com­pli­quées et Petrofac est sur le point de plier ba­gages et compte même por­ter plainte contre l’etat tu­ni­sien. Au de­là des dé­gâts éco­no­miques – qui se­ront ca­tas­tro­phiques pour la Tu­ni­sie – ce que l’on re­tient de toute cette dé­sas­treuse si­tua­tion c’est l’ab­sence qua­si­to­tale de l’etat.

De­puis avril, les forces de l’ordre sont presque in­exis­tantes sur l’île et les ac­ti­vistes de Hizb Et­tahr­rir – dont les di­ri­geants mènent une ba­taille ju­di­ciaire face au Tri­bu­nal mi­li­taire – conti­nuent de me­ner la danse à Ker­ken­nah et ac­cusent toutes les so­cié­tés pé­tro­lières ins­tal­lées dans le pays de co­lo­ni­ser la Tu­ni­sie et de me­na­cer l’is­lam. Yous­sef Cha­hed – qui au­rait été contac­té par le Di­rec­teur gé­né­ral de Petrofac qui l’au­rait in­for­mé de la dé­ci­sion de dé­part de la so­cié­té – a pré­si­dé, hier, une cel­lule de crise dé­diée à ce su­jet.

Les mi­nistres de l’ener­gie, du Trans­port, de l’in­té­rieur, de la Dé­fense na­tio­nale et des Af­faires so­ciales étaient pré­sents à cette réunion. Petrofac a dé­jà don­né un dé­lai de dix jours au gou­ver­ne­ment Cha­hed et risque de ne pas ap­pré­cier que l’on lui de­mande de pro­lon­ger ce dé­lai… Sur un autre vo­let qui ne manque pas de gra­vi­té, le se­cré­taire d’etat aux Do­maines de l’etat et aux Af­faires fon­cières, Ma­brouk Kour­chid, a an­non­cé, dans une dé­cla­ra­tion ac­cor­dée à nos confrères d’as­sa­bah, qu’au len­de­main de la ré­vo­lu­tion, des ci­toyens tu­ni­siens ont mis la main sur des pro­prié­tés pu­bliques et des do­maines agri­coles et im­mo­bi­liers de l’etat. Se­lon l’in­té­res­sé, la va­leur de ces biens « confis­qués » dé­passe, de loin, celle des biens et de l’ar­gent qui étaient, avant, dé­te­nus par les fa­milles et les proches de l’an­cien ré­gime et de son pré­sident. Une consta­ta­tion dra­ma­tique pour un pays en pleine crise. Ce­la fait cinq an­nées que tous les ac­teurs po­li­tiques nous parlent de l’im­por­tance de la ré­cu­pé­ra­tion des sommes pla­cées à l’étran­ger par Ben Ali et com­pa­gnie alors que nous vi­vons un réel pillage in­terne de­vant un si­lence as­sour­dis­sant de tous les gou­ver­ne­ments qui se sont suc­cé­dé de­puis jan­vier 2011. Le constat est au­jourd’hui af­fli­geant : un Etat au bord de la faillite et, en prime, qui reste les bras croisés de­vant de telles pra­tiques qui fi­ni­ront, que l’on se le dise, par mettre à ge­noux tout le pays. Hé­las, nous n’avons pas que la si­tua­tion éco­no­mique à dé­plo­rer.

Le pré­sident de l’ins­tance su­pé­rieure in­dé­pen­dante pour les élec­tions (ISIE), Cha­fik Sar­sar, a an­non­cé, fer­me­ment, qu’il se­ra im­pos­sible de te­nir les élec­tions municipales en mars 2017. Sar­sar a in­di­qué qu’au mieux, ces mêmes élec­tions au­ront lieu au cours de l’an­née 2018, ce qui se­rait une ca­tas­trophe se­lon lui.

Alors qu’il nous a tou­jours ha­bi­tués à des dis­cours pu­re­ment tech­niques sans in­ter­fé­rence d’au­cun ju­ge­ment ou ana­lyse po­li­tique, le pré­sident de L’ISIE a dé­cla­ré que te­nir les élec­tions municipales en 2018 re­vien­drait à perdre des ni­veaux im­por­tants en termes de crois­sance dont les réels pi­liers sont les ré­gions.

Par ailleurs, Cha­fik Sar­sar a rap­pe­lé qu’en 2018, la Consti­tu­tion au­ra quatre an­nées d’exis­tence, une exis­tence théo­rique. Ce­la sans comp­ter, bien évi­de­ment, la confiance du ci­toyen qui se­ra à ja­mais per­due sans la te­nue des élec­tions. Force est de consta­ter au­jourd’hui que le fa­meux slo­gan de Bé­ji Caïd Es­seb­si, lors de sa cam­pagne élec­to­rale, n’est plus que des lettres mortes: com­ment pour­rions-nous par­ler de pres­tige de l’etat face à toutes ces ca­tas­trophes qui nous en­foncent, de jour en jour, dans la noir­ceur et au­gurent d’un ave­nir in­cer­tain? Com­ment pour­rions-nous en­core es­pé­rer que notre dé­mo­cra­tie ar­rive à bon port et que notre sou­ve­rai­ne­té soit sau­vée ? Dif­fi­cile de voir le bout du tun­nel face à cette in­sou­ciance col­lec­tive et, sur­tout, face à cet Etat dé­mis­sion­naire.

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