Mais chez En­nahd­ha, on ne parle pas !...

Le pay­sage par­ti­san souffre d'in­sta­bi­li­té

Le Temps (Tunisia) - - LA UNE - Nou­red­dine HLAOUI

Alors que le par­ti de Ni­daa Tou­nès en met plein la vue avec ses crises, ses frasques, ses que­relles in­ter­mi­nables et « re­nou­ve­lables », l'autre grand par­ti, en l'oc­cur­rence En­nahd­ha, se dis­tingue par une ab­sence étrange de la scène pu­blique. Ailleurs, le Front po­pu­laire a fi­ni par éta­ler ses di­ver­gences au grand jour dé­mon­trant qu'il n'est plus le par­ti le plus dis­ci­pli­né, ri­gou­reux et à la li­mite du « sta­li­nien ». Quant aux autres tout pe­tits par­tis que sont le CPR, Ha­rak ali­ra­da et At­tayar, ils com­pensent leur manque de po­pu­la­ri­té par une vo­lon­té ma­ni­feste de trop crier et de jouer la pro­vo­ca­tion. Et comme on l'a consta­té, tout ré­cem­ment, ce­la a été payant pour Mon­cef Mar­zou­ki et Al Ha­rak qui, grâce à une opé­ra­tion avec la chaîne At­tes­siâ, ils ont re­pris du poil de la bête, mé­dia­ti­que­ment par­lant, ce­la s'en­tend.

Alors que le par­ti de Ni­daa Tou­nès en met plein la vue avec ses crises, ses frasques, ses que­relles in­ter­mi­nables et « re­nou­ve­lables », l’autre grand par­ti, en l’oc­cur­rence En­nahd­ha, se dis­tingue par une ab­sence étrange de la scène pu­blique.

Ailleurs, le Front po­pu­laire a fi­ni par éta­ler ses di­ver­gences au grand jour dé­mon­trant qu’il n’est plus le par­ti le plus dis­ci­pli­né, ri­gou­reux et à la li­mite du « sta­li­nien ». Quant aux autres tout pe­tits par­tis que sont le CPR, Ha­rak al-irada et At­tayar, ils com­pensent leur manque de po­pu­la­ri­té par une vo­lon­té ma­ni­feste de trop crier et de jouer la pro­vo­ca­tion. Et comme on l’a consta­té, tout ré­cem­ment, ce­la a été payant pour Mon­cef Mar­zou­ki et Al Ha­rak qui, grâce à une opé­ra­tion avec la chaîne At­tes­siâ, ils ont re­pris du poil de la bête, mé­dia­ti­que­ment par­lant, ce­la s’en­tend.

En ef­fet, la tem­pête sou­le­vée par les ac­cu­sa­tions quant à l’exis­tence d’une cen­sure sous la pres­sion et les me­naces, s’est vite es­tom­pée. L’in­ter­view a fi­ni par être dif­fu­sée, mais on n’en sait rien s’il y a eu une en­quête ou non. Pour­tant, un re­le­vé des nu­mé­ros de té­lé­phones des pré­su­més « cen­seurs » au­rait été suf­fi­sant pour éta­blir les liens de cause à ef­fet. Une séance d’au­di­tion et de ques­tion­ne­ment du di­rec­teur gé­né­ral et re­pré­sen­tant ju­ri­dique de la chaîne de té­lé­vi­sion au­rait contri­bué à éclair­cir plein de zones d’ombre. Mais, jusque-là, rien de ce­la n’a été fait. Pis en­core, on n’en parle même plus !... En­tre­temps, Mon­cef Mar­zou­ki et, à un de­gré moindre, son sui­veur Ad­nane Man­sar, se sont vus bien cour­ti­sés par un grand nombre de mé­dias dont no­tam­ment des pas­sages sur les an­tennes de bon nombre de ra­dios. Sou­vent pour ne rien dire de nou­veau, sauf pour in­sul­ter les autres…

D’autre part, si Ma­chrou3 Tou­nès et son se­cré­taire gé­né­ral, Moh­sen Mar­zouk, pour­suivent, mo­dé­ré­ment, leur bon­homme de che­min, d’autre par­tis, tels les Afek Tou­nès et l’union pa­trio­tique libre (UPL) sont de plus en plus ef­fa­cés, voire com­plè­te­ment in­exis­tants. Reste, main­te­nant, l’autre mas­to­donte du pay­sage par­ti­san et po­li­tique qu’est le par­ti is­la­mique d’en­nahd­ha. Où est-il ? A part, son lea­der Ra­ched Ghan­nou­chi qui conti­nue à être ac­tif par le biais de sa page of­fi­cielle sur Fa­ce­book et Ab­del­la­tif El Mek­ki par ses dé­cla­ra­tions ac­cor­dées à cer­tains mé­dias, on ne voit plus les grands ba­rons de ce par­ti qui cre­vaient les écrans et les ondes des ra­dios Ce pro­fil bas, voire car­ré­ment l’ab­sence mé­dia­tique des di­ri­geants d’en­nahd­ha, se­raient dus aux di­ver­gences sé­rieuses ap­pa­rues entre les chefs de deux cou­rants bien dis­tincts. L’un a pour chef de file, bien en­ten­du, M. Ghan­nou­chi, et l’autre se­rait conduit par Ab­del­la­tif El Mek­ki. Ce di­ri­geant et dé­pu­té d’en­nahd­ha, a même re­con­nu l’exis­tence de di­ver­gences de vues avec le pré­sident de son mou­ve­ment en ce qui a trait à la di­rec­tion de ce par­ti.

Il va même plus loin, cette fois-ci, en pré­co­ni­sant l’élec­tion d’un bu­reau po­li­tique ou exé­cu­tif qui exer­ce­ra le pou­voir. Le même Mek­ki avoue que Ra­ched Ghan­nou­chi n’est pas d’ac­cord avec cette idée ».

L’autre grand par­ti sur la scène po­li­tique n’est pas épar­gné, non plus, par la vague de contes­ta­tion qui tra­verse toutes les for­ma­tions po­li­tiques dans le pays. En­nahd­ha n’est plus le par­ti uni­taire et mo­no­li­thique qu’on connaît. Un cou­rant ré­for­miste se fait jour en son sein, même si ses ini­tia­teurs re­fusent de se re­con­naître comme un cou­rant, mais comme une lame de fond qui fi­ni­ra par em­por­ter le reste. Il faut dire qu’on sa­vait bien que le mou­ve­ment En­nahd­ha com­por­tait en son sein, deux cou­rants. Ce­lui des «exi­lés » conduits par Ra­ched Ghan­nou­chi et com­po­sé, no­tam­ment de Ra­fik Ab­des­sa­lem, Lot­fi Zi­toun, Hou­cine Ja­zi­ri, etc. L’autre camp ap­pe­lé ce­lui de « l’in­té­rieur » compte dans ses rangs plu­sieurs fi­gures de proue. On ci­te­ra, bien évi­dem­ment, Ab­del­la­tif El Mek­ki, Ab­del­ha­mid Je­las­si, Sa­mir Di­lou, Ali Laâ­rayedh, Mo­ha­med Ben Sa­lem qui se font ap­pe­ler les ré­for­ma­teurs » alors que dans d’autres mi­lieux, on les sur­nomme les fau­cons ».

Or, jus­qu’à il n’y pas long­temps, le par­ti is­la­mique par­ve­nait à conser­ver une uni­té de fa­çade sans ja­mais lais­ser trans­pa­raître les hu­meurs ou les coups de sang des uns et des autres. Il y a eu, certes, la dé­mis­sion du nu­mé­ro 2 du mou­ve­ment et un de ses hommes-clés Ha­ma­di Je­ba­li, et les va-et-vient de cheikh Ab­del­fat­tah Mou­rou, mais ce­la n’a pas été suf­fi­sant pour créer des fis­su­rer sé­rieuses dans les rangs nahd­haouis. On n’ou­blie­ra pas que la fa­meuse mise en garde lan­cée par le lea­der du mou­ve­ment « sti­pu­lant » qu’en de­hors du mou­ve­ment l’on n’est plus rien, a été suf­fi­sante pour faire es­tom­per toute éven­tuelle vel­léi­té des uns et des autres. Bon à sou­li­gner que c’est le 10ème con­grès or­ga­ni­sé en grande pompe en mai der­nier qui a fait res­sur­gir les dif­fé­rends au sein d’en­nahd­ha. L’on se rap­pelle que deux té­nors du mou­ve­ment Sa­mir Di­lou et Ameur Laâ­rayedh ont re­fu­sé de suivre les tra­vaux car ils étaient op­po­sés à la dé­marche qui a pré­si­dé à son or­ga­ni­sa­tion. En fait, ils n’ad­met­taient plus la main­mise du chef du mou­ve­ment sur ses struc­tures. L’ob­jet de leur cour­roux c’est la ma­nière dont se­ra choi­si le bu­reau exé­cu­tif, l’ins­tance qui di­ri­ge­ra en fait le mou­ve­ment is­la­miste pen­dant les cinq pro­chaines an­nées. Ra­ched Ghan­nou­chi te­nait à ce que le pré­sident du par­ti, c’est-à-dire lui-même, pro­pose la liste des membres de ce bu­reau, à charge pour le Conseil de la Chou­ra de l’ava­li­ser. D’autres di­ri­geants du mou­ve­ment ré­cla­maient l’élec­tion pure et simple du bu­reau exé­cu­tif.

Ain­si et quelques mois après, les ti­raille­ments ont re­vu le jour. Pres­sen­ti par Ghan­nou­chi pour faire par­tie du bu­reau exé­cu­tif, Sa­mir Di­lou re­fuse, ce qui donne la me­sure de l’am­pleur des di­ver­gences, sa­chant que le chef du mou­ve­ment a for­mé un bu­reau sur me­sure où ne fi­gurent pas des di­ri­geants his­to­riques Au contraire, il a nom­mé, à la sur­prise gé­né­rale, un nou­veau se­cré­taire gé­né­ral en la per­sonne de Zied Laâd­ha­ri pro­pul­sé au de­vant de la scène du par­ti. Le fait saillant à re­mar­quer est que ceux qu’on sur­nomme les fau­cons ont été, pu­re­ment et sim­ple­ment, ex­clus de cette ins­tance. Au­tre­ment dit, on n’y re­trouve pas les Ab­del­ha­mid Je­las­si, les deux an­ciens mi­nistres Ab­de­la­tif Mek­ki et Mo­ha­med Ben Sa­lem, ou en­core l’an­cien chef du bloc d’en­nahd­ha à la dé­funte As­sem­blée na­tio­nale consti­tuante, Sah­bi At­tig. La suc­ces­sion de Ra­ched Ghan­nou­chi est-elle dé­jà, pour au­tant, lan­cée. La ques­tion mé­rite d’être po­sée même si elle pa­raît pré­ma­tu­rée. Mais dans la course, les ré­for­mistes, en fait les gar­diens du temple, ne veulent pas être lais­sés pour compte.

C’est dire que les fis­sures existent bel et bien au sein d’en­nahd­ha, mais de là à dire que la porte à la suc­ces­sion du Cheikh est ou­verte, il n’y a qu’un pas que cer­tains n’ont pas hé­si­té à fran­chir. Ces « fis­sures » sont en­core ap­pa­rues de plus belle lors des trac­ta­tions pour la for­ma­tion du gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale.

Et le mu­tisme ob­ser­vé par les di­ri­geants du par­ti is­la­mique, qui semblent avoir un mot d’ordre pour évi­ter les dé­cla­rions et les ap­pa­ri­tions mé­dia­tiques, se­rait une preuve de plus, se­lon les ana­lystes quant à la vo­lon­té d’évi­ter tout risque de dé­ra­page et de pré­ser­ver le plus long­temps pos­sible cette so­li­da­ri­té et cette dis­ci­pline chère à En­nahd­ha, mais que d’au­cuns qua­li­fient, dé­sor­mais, de simple fa­çade. Jus­qu’à quand ?!...

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