Les fruits amers de Petrofac !

Six ans de dé­rives et de tem­pêtes so­ciales

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Par Kha­led GUEZMIR

Ça fait six ans que la Tu­ni­sie roule à trois vi­tesses à bien des ni­veaux.

Cô­té po­li­tique, il y a le pou­voir « lé­gal » tel que dé­fi­ni par la Constitution et les ins­ti­tu­tions qui en dé­coulent et le pou­voir « réel » tel qu'im­po­sé par les par­tis po­li­tiques et les groupes de pres­sion comme les syn­di­cats et quelques as­so­cia­tions qui font fi­gures de par­tis-pa­ral­lèles dé­gui­sés. Puis, la troi­sième di­men­sion, celle de ces classes moyennes, ja­dis nom­breuses, vé­ri­tables socles du sys­tème po­li­tique et so­cial tel que sculp­té par Bour­gui­ba et Farhat Ha­ched en édi­fiant les bases d'une éco­no­mie « li­bé­rale » ou­verte au ca­pi­tal pri­vé, aux in­ves­tis­se­ments étran­gers et aux mar­chés, en gé­né­ral, avec les règles de la libre ini­tia­tive et de la concur­rence mais aus­si « so­ciale » avec des ré­ajus­te­ments constants et pé­rio­diques des sa­laires et des pres­ta­tions so­ciales dans le cadre du « contrat so­cial », cher à feu Hé­di Noui­ra, l'an­cien Pre­mier mi­nistre et vé­ri­table ar­chi­tecte du mo­dèle éco­no­mique et fi­nan­cier tu­ni­sien.

Ça fait six ans que la Tu­ni­sie roule à trois vi­tesses à bien des ni­veaux.

Cô­té po­li­tique, il y a le pou­voir « lé­gal » tel que dé­fi­ni par la Constitution et les ins­ti­tu­tions qui en dé­coulent et le pou­voir « réel » tel qu’im­po­sé par les par­tis po­li­tiques et les groupes de pres­sion comme les syn­di­cats et quelques as­so­cia­tions qui font fi­gures de par­tis-pa­ral­lèles dé­gui­sés. Puis, la troi­sième di­men­sion, celle de ces classes moyennes, ja­dis nom­breuses, vé­ri­tables socles du sys­tème po­li­tique et so­cial tel que sculp­té par Bour­gui­ba et Farhat Ha­ched en édi­fiant les bases d’une éco­no­mie « li­bé­rale » ou­verte au ca­pi­tal pri­vé, aux in­ves­tis­se­ments étran­gers et aux mar­chés, en gé­né­ral, avec les règles de la libre ini­tia­tive et de la concur­rence mais aus­si « so­ciale » avec des ré­ajus­te­ments constants et pé­rio­diques des sa­laires et des pres­ta­tions so­ciales dans le cadre du « contrat so­cial », cher à feu Hé­di Noui­ra, l’an­cien Pre­mier mi­nistre et vé­ri­table ar­chi­tecte du mo­dèle éco­no­mique et fi­nan­cier tu­ni­sien. Or, et de plus en plus, ces classes moyennes nom­breuses qu’aris­tote le père de la science, qua­li­fiait dé­jà, en 322 Av. Jé­sus, comme les vé­ri­tables « pro­prié­taires et pro­duc­teurs » de la Ci­té en grec Po­lis), n’ar­rivent pas à se re­trou­ver dans cette équa­tion et cette com­bi­nai­son un peu bi­zarre, entre le pou­voir réel et le pou­voir lé­gal !

En 2011, ces classes se sont ré­vol­tées contre Ben Ali et sa no­men­cla­ture pour, jus­te­ment, se « ré­ap­pro­prier » leur Etat et leur éco­no­mie et puis, elles se sont re­trou­vées sous la tu­telle d’un gou­ver­ne­ment « is­la­miste » un peu étrange, parce que por­té par des struc­tures oc­cultes et une doc­trine im­por­tée de l’orient des « frères mu­sul­mans » qui n’est pas la leur ! Mais, dans un sur­saut de sur­vie de la mo­der­ni­sa­tion et de l’iden­ti­té spé­ci­fique tu­ni­siennes, ces mêmes « middle-classes » se sont mo­bi­li­sées pour re­je­ter ce vé­ri­table dé­tour­ne­ment de pou­voirs et de vo­lon­té po­pu­laire et gé­né­rale chère à Rous­seau. D’où ces vagues hu­maines et ci­toyennes suc­ces­sives et so­li­daires, qui ont cam­pé au Bar­do, place du Par­le­ment et, qui ont pu à la fin, ré­cu­pé­rer à nou­veau « leur Etat » et l’ex­pres­sion de leur vo­lon­té gé­né­rale spo­liée par un pré­cé­dent « vote sanc­tion ». Dé­cembre 2014 a été le mois de la re­con­quête fi­nale de l’iden­ti­té spé­ci­fique tunisienne en re­pla­çant à Car­thage, M. Bé­ji Caïd Es­seb­si, un pur pro­duit du « bour­gui­bisme » et en don­nant le pou­voir « lé­gal » au par­ti de Ni­da Tou­nès, le plus re­pré­sen­ta­tif de cette iden­ti­té na­tio­nale syn­thèse entre les sym­boles his­to­riques de la Na­tion tunisienne : Bour­gui­ba­ha­ched et Fadhel Ben Achour, celle-là même re­flé­tée par les deux constitutions de la pre­mière et de la deuxième Ré­pu­blique. Une belle syn­thèse qui sau­ve­garde et as­so­cie la mo­der­ni­sa­tion « li­bé­rale », à la pro­mo­tion so­ciale, à l’is­lam mo­dé­ré et to­lé­rant de nos an­cêtres, de la grande mos­quée de la Zi­tou­na et du brillant col­lège Sa­di­ki. Mal­heu­reu­se­ment, alors que tout le monde croyait que le pays est de nou­veau re­mis sur son or­bite na­tu­relle, celle qui a mou­lé ces 3000 ans d’his­toire, à tra­vers toutes les ci­vi­li­sa­tions rayon­nantes du globe et de l’hu­ma­ni­té, voi­là que d’autres dés­équi­libres me­na­çants ont sur­gi avec la frag­men­ta­tion du pou­voir ‘réel » où chaque par­ti et par­tie, a re­ven­di­qué sa « part d’etat » et d’in­fluence sur les dé­ci­sions na­tio­nales. Ré­sul­tat, et au vu de cette « gué­guerre » sour­noise, non dé­cla­rée mais agis­sante sur le ter­rain des rap­ports de force, l’etat s’est af­fai­bli et le pou­voir « lé­gal » n’ar­rive pas à fonc­tion­ner se­lon sa vo­ca­tion ins­ti­tu­tion­nelle et consti­tu­tion­nelle. Les vé­ri­tables « pou­voirs » sont dé­te­nus à nou­veau par des groupes de pres­sion de plus en plus en contra­dic­tion avec cette « vo­lon­té gé­né­rale et po­pu­laire », qui s’est ex­pri­mée en dé­cembre 2014 à tra­vers les urnes.

Tous les son­dages, sans ex­cep­tion, à quelques rares dif­fé­rences près, ré­sument les exi­gences prio­ri­taires des Tu­ni­siennes et des Tu­ni­siens comme suit :

Prio­ri­té ab­so­lue à la sé­cu­ri­té na­tio­nale et à la lutte an­ti-ter­ro­riste (2) Re­mettre à ni­veau l’etat de droit et l’ap­pli­ca­tion des lois (3) Re­mettre à ni­veau la cul­ture du tra­vail et de la dis­ci­pline so­ciale, ci­vique et urbaine (4) Re­lan­cer l’éco­no­mie, l’in­ves­tis­se­ment et la crois­sance. (5) Ac­cé­lé­rer le dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal et fi­na­li­ser la réa­li­sa­tion des tra­vaux d’in­fra­struc­ture rou­tières et fer­ro­viaires (6) Dé­blo­quer les grands pro­jets en ins­tance, conge­lés dans les ti­roirs des mi­nis­tères et des gou­ver­no­rats. Vous me di­rez et « l’em­ploi » !? Je vous di­rai que si on s’oc­cupe cor­rec­te­ment des six prio­ri­tés énon­cées pré­cé­dem­ment, le chô­mage se­ra al­lé­gé consi­dé­ra­ble­ment et éra­di­qué en l’es­pace de quelques an­nées qui ne dé­pas­se­ront pas la dé­cen­nie tout au plus.

Or, dans l’état ac­tuel des choses, toute me­nace sé­cu­ri­taire d’en­ver­gure, comme le re­tour des ter­ro­ristes de Daëch et com­pa­gnie des fronts sy­riens et li­byens, toute hé­si­ta­tion dans la re­mise à ni­veau de l’au­to­ri­té de l’etat, tout dé­ra­pages et dé­ri­vés so­ciaux, comme ceux de Petrofac à Ker­ken­nah, ou ces grèves illi­mi­tées, tout re­tard dans la re­lance de l’in­ves­tis­se­ment et du dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal, et en­fin, toutes hé­si­ta­tions à dé­blo­quer les mé­ga-pro­jets blo­qués ar­bi­trai­re­ment par l’ad­mi­nis­tra­tion, tout ce­la com­bi­né au­ra pour consé­quences dé­sas­treuses de rui­ner le pays et de por­ter un coup mor­tel à la crois­sance et à la créa­tion d’em­plois nou­veaux. Les re­cettes fan­tas­mées, type aug­men­ta­tion des im­pôts que nous sortent avec in­sis­tance les groupes de pres­sion de la gauche mar­xiste et ex­tré­miste et des syn­di­cats, dé­notent un in­fan­ti­lisme po­li­tique et éco­no­mique ri­sible ! Feu ma grand-mère au­rait ba­lan­cé pour ré­su­mer la si­tua­tion le fa­meux dic­ton po­pu­laire : « Eriène Yes­leb fi miyet » (un homme nu… vole un ca­davre) ! Quels im­pôts nou­veaux, coer­ci­tifs, peut-on im­po­ser à des en­tre­prises au bord de la faillite et du « Lock out », où à des pro­mo­teurs sur­en­det­tés au­près des banques, où des sec­teurs to­ta­le­ment si­nis­trés comme le tou­risme et cer­tains mé­tiers et ser­vices !

Toute pres­sion fis­cale exa­gé­rée se­ra contre-pro­duc­tive en ce mo­ment…

Et puis, de quel droit, les tra­vailleurs (les vrais) et les ci­toyens ac­tifs de­vraient-ils payer pour les fai­néants, les gré­vistes et ceux qui bloquent le tra­vail et le fonc­tion­ne­ment des en­tre­prises ! M. Has­sine Abas­si, grand pa­tron de la cen­trale syn­di­cale his­to­rique, mar­tèle après le dé­sastre de Petrofac : « A cha­cun d’as­su­mer ses res­pon­sa­bi­li­tés ». O.K. En­core faut-il re­con­naître les siennes, dans cette tem­pête so­ciale qui dure de­puis six ans… et qui vient de ré­col­ter les fruits amers de Petrofac ! Le « Lock out » de Bri­tish Gas, et le li­cen­cie­ment du per­son­nel ou­vriers et cadres, c’est pas la fête !

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