A qui pro­fite le crime ?

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Le ré­gime sy­rien avait-il un in­té­rêt à com­mettre un acte de guerre in­dé­fen­dable et qui plus est contre un convoi hu­ma­ni­taire sous pa­villon onu­sien qui bra­que­rait ir­ré­vo­ca­ble­ment contre lui les opi­nions au sein de l’as­sem­blée gé­né­rale des Na­tions unies de­vant dé­battre jus­te­ment de la si­tua­tion dans son pays et que ses re­pré­sen­tants ont sai­sie pour qu’elle condamne les bom­bar­de­ments de po­si­tions de l’ar­mée sy­rienne ef­fec­tués par l’avia­tion de la coa­li­tion me­née par les Etats-unis. Pour sûr que non et seuls les Amé­ri­cains sou­tiennent que la des­truc­tion de ce convoi hu­ma­ni­taire qui a fait aus­si mort d’hommes voués à por­ter se­cours à la po­pu­la­tion ci­vile d’alep ré­duite à vivre dans d’in­sou­te­nables condi­tions, est son oeuvre et tant qu’on y est de son al­lié russe.

Le crime est odieux et sus­cite l’in­di­gna­tion ain­si que l’exi­gence que lu­mière soit faite sur qui en est res­pon­sable. A ceux qui se sont em­pres­sés dans le sillage des Amé­ri­cains de poin­ter qui le ré­gime, qui son al­lié russe, il faut leur éta­ler sous le nez l’évi­dence que la des­truc­tion du convoi hu­ma­ni­taire près d’alep a « op­por­tu­né­ment » dé­tour­né l’at­ten­tion in­ter­na­tio­nale du grave et illé­gal fait de guerre qu’ont été les bom­bar­de­ments aé­riens opé­rés par la coa­li­tion conduite par les Etats-unis sur les po­si­tions de l’ar­mée sy­rienne. Ils ne peuvent nier que l’at­taque contre le convoi hu­ma­ni­taire est ve­nue à point nom­mé of­frir à Wa­shing­ton de faire écran sur les agissements illé­gaux et san­glants de la coa­li­tion en sur­fant sur l’in­di­gna­tion qu’elle sus­cite et à l’orien­ter contre le camp du ré­gime sy­rien en le pré­sen­tant comme au­teur du mé­fait in­hu­main qui en en est cause.

N’est-il pas étrange, et de ce fait in­ci­tant à ne pas prendre pour ar­gent comp­tant les ac­cu­sa­tions sys­té­ma­tiques de ses ad­ver­saires à chaque fois que le ré­gime sy­rien par­vient à re­dres­ser une si­tua­tion mi­li­taire ou di­plo­ma­tique jusque-là à son désa­van­tage ou qu’il en­grange de francs suc­cès dans la guerre que lui font ses mul­tiples ad­ver­saires ? Il se pro­duit en Sy­rie des évè­ne­ments qui si­dèrent et ré­pulsent l’opi­nion in­ter­na­tio­nale par la bar­ba­rie dont ils s’ac­com­pagnent et dont la res­pon­sa­bi­li­té lui est au­to­ma­ti­que­ment im­pu­tée avec pour seul ar­gu­ment fai­sant of­fice de preuve qu’il est dans sa na­ture de ne pas re­cu­ler de­vant l’hor­reur du crime contre l’hu­ma­ni­té.

Il faut né­ces­sai­re­ment rap­pe­ler à ceux qui se laissent prendre à cet ar­gu­ment dont usent les en­ne­mis du ré­gime dans leur guerre to­tale contre lui que les Amé­ri­cains qui fondent sur lui la jus­ti­fi­ca­tion de leur in­ter­ven­tion aus­si illé­gale que cri­mi­nelle en Sy­rie ont été qua­si­ment à chaque fois dans le men­songe s’agis­sant de leur in­gé­rence dans les af­faires de pays avec les­quels ils ont été en conflit au long des dé­cen­nies écou­lées de­puis la fin de la Se­conde Guerre mon­diale. A chaque fois ils ont for­gé leurs men­songes sur la sur­ve­nance de faits qui se sont réel­le­ment pro­duits et que leur pro­pa­gande do­mi­nante a im­pu­té à leur en­ne­mi du mo­ment. Le stra­ta­gème a fonc­tion­né un temps parce que les Etats-unis ont bé­né­fi­cié de la mys­ti­fi­ca­tion d’être une puis­sance re­pré­sen­tant le camp du « bien » et des va­leurs hu­ma­nistes. Il ne dupe plus grand monde dé­sor­mais au constat ef­fa­rant que l’amé­rique est plus bru­tale, cy­nique et sans état d’âme dans le crime et la des­truc­tion que les ré­gimes dont elle cherche la des­truc­tion.

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