Le face-à-face Trump/ Clin­ton

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Au­cun des deux can­di­dats à la Mai­son Blanche ne part fa­vo­ri du pre­mier des trois dé­bats pré­si­den­tiels, lun­di. Si Hilla­ry Clin­ton a pour elle l’ex­pé­rience et la connais­sance des dos­siers, il lui manque l’au­then­ti­ci­té de Do­nald Trump. Les deux can­di­dats s’écharpent de­puis un an mais ne se sont ja­mais re­trou­vés en fa­ceà-face, à quelques mètres l’un de l’autre. Ce se­ra sans doute l’at­trait prin­ci­pal de cette émis­sion qui de­vrait ras­sem­bler des di­zaines de millions d’amé­ri­cains. Le dé­bat se­ra éga­le­ment une pre­mière his­to­rique puis­qu’au­cune femme n’avait par­ti­ci­pé aux dé­bats pré­si­den­tiels de­puis leur créa­tion dans les an­nées 1960.

Pour la grande ma­jo­ri­té des élec­teurs, le choix de no­vembre est dé­jà fait, et ces émis­sions ne de­vraient que ren­for­cer leur opi­nion. Les dé­bats peuvent tou­te­fois avoir un im­pact sur les in­dé­cis qui dé­ci­de­ront du suc­ces­seur de Ba­rack Oba­ma. Or cette an­née, ils sont plus nom­breux qu’il y a quatre ans: 9% des élec­teurs se­lon un son­dage NBC. Que doivent ac­com­plir les can­di­dats pour les sé­duire? - Hilla­ry Clin­ton: trop cé­ré­brale «Per­sonne ne re­garde les dé­bats té­lé­vi­sés pour voir le­quel des can­di­dats est le plus in­tel­li­gent, ou ce­lui qui a le plus de chiffres et de con­nais­sances», ex­plique à L’AFP Mit­chell Mckin­ney, pro­fes­seur de com­mu­ni­ca­tion po­li­tique à l’uni­ver­si­té du Mis­sou­ri, et spé­cia­liste des dé­bats po­li­tiques.

Se­lon lui, les té­lé­spec­ta­teurs fa­vo­risent les can­di­dats qui par­viennent à com­mu­ni­quer leur vi­sion en quelques phrases simples et co­hé­rentes. Hilla­ry Clin­ton, bête de tra­vail, connaît ses dos­siers sur le bout des doigts mais de­vra évi­ter de tom­ber dans ses tra­vers consis­tant à li­vrer des ré­ponses tech­niques et dé­taillées.

«Il faut créer un lien af­fec­tif avec les élec­teurs pour es­pé­rer ga­gner», dit à L’AFP Car­mine Gal­lo, ex­pert et consul­tant en com­mu­ni­ca­tion.

C’est le pro­blème éter­nel d’hilla­ry Clin­ton, la plus mal ai­mée des can­di­dats dé­mo­crates à la Mai­son Blanche. Elle re­con­naît elle-même qu’elle n’a pas le cha­risme de son ma­ri, Bill Clin­ton, ou de Ba­rack Oba­ma. Plus de la moi­tié des Amé­ri­cains l’es­timent in­digne de confiance. Lors de sa pre­mière ten­ta­tive en 2008, Hilla­ry Clin­ton jouait les dames de fer. Cette fois, elle as­sume son rôle de pion­nière et son image de grand-mère, afin de pa­raître plus sym­pa­thique. Mais il semble peu pro­bable qu’elle dis­solve en 90 mi­nutes une image for­gée dans l’opi­nion de­puis un quart de siècle. Son atout est sa ca­pa­ci­té de ré­par­tie. «Quels sont les deux ou trois mes­sages qu’elle vou­dra que les gens par­tagent en­suite sur Twit­ter et les ré­seaux so­ciaux?» de­mande Car­mine Gal­lo. «Ecou­tez la ou les deux phrases qu’elle ré­pè­te­ra plu­sieurs fois du­rant le dé­bat». - Do­nald Trump: trop vis­cé­ral «Trump crée un lien avec les élec­teurs au ni­veau des émo­tions, et c’est très dif­fi­cile de contrer ce­la, car les émo­tions sont tou­jours plus fortes que les faits», ana­lyse aus­si l’ex­pert.

Sur ce plan, le mil­liar­daire po­pu­liste, an­cien pré­sen­ta­teur d’une émis­sion té­lé­vi­sée à suc­cès, a un avan­tage évident. Au­cun can­di­dat, si ce n’est peut-être Ber­nie San­ders, n’a su élec­tri­fier comme lui des salles de mil­liers de per­sonnes dans cette cam­pagne. Mais lors des 12 dé­bats des pri­maires, Do­nald Trump n’a pas tou­jours eu la haute main. Il est sou­vent res­té en re­trait, lais­sant les autres can­di­dats s’échar­per. Vers la fin, quand il ne res­tait plus que quelques ad­ver­saires, il a sou­vent eu re­cours à des com­por­te­ments per­tur­ba­teurs, cou­pant court aux échanges par des phrases cin­glantes, bru­tales, ou des slo­gans. «Contrai­re­ment aux dé­bats des pri­maires, où il y avait jus­qu’à 10 can­di­dats sur scène, cette fois Trump au­ra la moi­tié du temps de 90 mi­nutes et il ne pour­ra pas rem­plir son temps avec des saillies, des van­tar­dises ou des at­taques», re­lève le pro­fes­seur Mckin­ney. «Il va avoir l’oc­ca­sion de par­ler du fond. Y ar­ri­ve­ra-t-il?»

L’an­goisse de l’équipe Clin­ton est que le mo­dé­ra­teur s’au­to-cen­sure et pose des ques­tions plus fa­ciles à Do­nald Trump qu’à Hilla­ry Clin­ton. Nul doute que l’ana­lyse de ces échanges fe­ra par­tie du dé­bat... sur le dé­bat.

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