Le ter­rible jeu de dupes des grandes puis­sances à L’ONU

Le Temps (Tunisia) - - Kiosque International -

Des sources cré­dibles font état de près de 500 000 morts. Le nombre de bles­sés dé­passe les 2 millions. Sur les 22 millions de Sy­riens, pas moins de la moi­tié sont consi­dé­rés comme des « per­sonnes dé­pla­cées », à l’in­té­rieur ou à l’étran­ger. Des villes de plus de 100 000 ha­bi­tants ont été ra­sées dans les bom­bar­de­ments. Le flot des mal­heu­reux qui fuient les com­bats au­tour de la deuxième ag­glo­mé­ra­tion du pays, Alep, ne ta­rit pas. Les images sont cau­che­mar­desques : celles de pa­rents, nou­veau-nés dans les bras, émer­geant des dé­combres des der­nières frappes aé­riennes. Les camps de ré­fu­giés aux fron­tières dé­bordent, en Jor­da­nie comme en Tur­quie : la ma­chine à fa­bri­quer les dji­ha­distes de de­main tourne à plein. On s’épar­gne­ra les ad­jec­tifs cen­sés pro­vo­quer l’in­di­gna­tion ou le déses­poir. Ils ne servent à rien. Cinq ans dé­jà que la Sy­rie est dans la guerre. Elle y reste. Des tonnes de bombes, de ba­rils d’ex­plo­sifs les­tés de clous, d’obus char­gés au chlore vont conti­nuer à tom­ber sur des villes as­sié­gées – tuant, aveu­glant, mu­ti­lant, ar­ra­chant la peau, les yeux, la vie. On n’at­ten­dait pas grand-chose des conver­sa­tions sur la Sy­rie à l’oc­ca­sion de la réunion d’au­tomne de l’as­sem­blée gé­né­rale de L’ONU. On a été ser­vi au-de­là de toute es­pé­rance. Amé­ri­cains et Russes, qui « par­rainent » ces pour­par­lers, ont consta­té l’échec du ces­sez-le­feu qu’ils avaient conclu le 9 sep­tembre. Il a te­nu moins de dix jours. Un pré­cé­dent ¬ar­rêt des com­bats né­go­cié en fé­vrier avait du­ré près de deux mois. On ré­gresse. Amé­ri­cains et Russes s’in­vec­tivent sur la res­pon­sa­bi­li­té des uns et des autres dans la re­prise des com­bats. Les pre­miers pré­ten­daient avoir as­sez d’in­fluence sur le Qa­tar, l’ara­bie saou­dite, voire la Tur­quie, pour qu’ils cessent d’ap­puyer et isolent les fac­tions dji­ha­distes au sein de la ré­bel­lion sy­rienne. Il n’est pas sûr que Wa­shing­ton s’en donne vrai­ment les moyens. Les Russes, eux, de­ve­nus le bras ar­mé aé­rien du ré­gime de Ba­char Al-as­sad, qu’ap­puie au sol une im­mense sol­da­tesque de mer­ce­naires ira­niens, li­ba­nais, ira­kiens et af­ghans, pro­mettent de fai­re­pres­sion sur Da­mas. ¬Hy­po­cri­sie : les Russes ne peuvent pas igno­rer que la « stra­té­gie » de Ba­char Al-as­sad est de re­con­qué­rir l’en­semble du pays par la guerre – quitte à créer des gé­né¬ra­tions de dji­ha­distes dans une par­tie de la po­pu­la­tion, ce qui est le ca­det des sou­cis de Da­mas. Les guerres sy­riennes ne se ré­duisent pas à un af­fron­te­ment bi­naire entre, d’un cô­té, Da­mas, et, de l’autre, les for­ma­tions dji­ha­distes. Elles sont mul­tiples. L’iran veut gar­der et confor­ter son point d’ap­pui dans le monde arabe qu’est la Sy­rie. Le Hez­bol­lah li­ba­nais veut res­ter en Sy­rie, lui aus­si, pour dé­ve­lop­per au be­soin un deuxième front contre Is­raël. Les mi­lices af­ghanes et ira­kiennes, chiites, obéissent à Té­hé­ran. La Tur­quie, main­te­nant pré­sente sur le ter­rain, com­bat les Kurdes. Saou­diens et Qa­ta­ris en­tendent, par ré­bel­lions is­la­mistes in­ter­po­sées, conte­nir la pous­sée de l’iran au Ma­chrek. Es­prits simples et clairs, bien­ve­nue au Moye­no­rient. L’ac­tion com­bi­née des Etats-unis et de la Rus­sie reste l’unique che­min pour ar­ri­ver à un ar­rêt des com­bats en Sy­rie, avant d’en­vi­sa­ger un front com­mun contre les dji­ha­distes. Mais il faut que Mos­cou et Wa­shing­ton af­frontent au préa­lable, l’un et l’autre, leurs pro­té­gés lo­caux, pour les for­cer à res­pec­ter un ces­sez-le-feu. Il en va de leur cré­di­bi­li­té dans cette af­faire. Et de la vie des Sy­riens.

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