Une af­faire d’etat

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Ah­med NEMLAGHI

La cor­rup­tion est un fléau mon­dial qui a exis­té de­puis la nuit des temps. C’est une at­ti­tude qui consti­tue une per­ver­sion d’un pro­ces­sus, d’une règle de droit, d’une for­ma­li­té ad­mi­nis­tra­tive, dans le but d’ob­te­nir des avan­tages, ou de fer­mer les yeux sur une trans­gres­sion ou un man­que­ment à une obli­ga­tion, en contre­par­tie d’une ré­tri­bu­tion quel­conque. Dans le Saint Co­ran, la mise en garde contre la cor­rup­tion qui nuit aux droits hu­mains, est évo­quée dans plus d’un ver­set co­ra­nique. Point d’ar­gent point de Suisses, est un adage de Jean Ra­cine dans « les plai­deurs », qui est res­té cé­lèbre, pour ex­pri­mer cette ten­dance qui consiste à grais­ser la patte à chaque in­ter­ven­tion.

La lutte contre la cor­rup­tion a été l’un des ob­jec­tifs de la Ré­vo­lu­tion. Tou­te­fois, c’est de­puis l’aube de l’in­dé­pen­dance que des lois ont été ins­ti­tuées pour sé­vir contre tous ceux qui nuisent à l’in­té­rêt gé­né­ral, et font fi des règles de droits pour lut­ter contre tous les cor­rom­pus. Ce­pen­dant elle a conti­nué dans les sec­teurs, et a por­té pré­ju­dice à l’es­sor éco­no­mique et so­cial du pays.

La Tunisie est un Etat de droit et à ce titre, il n’y rien de mieux pour éra­di­quer le fléau de la cor­rup­tion que l’ap­pli­ca­tion des lois en vi­gueur ?

Tou­te­fois il y a un cer­tain laxisme, du en grande par­tie à la men­ta­li­té qui sé­vit à sa­voir, le fa­vo­ri­tisme et la pra­tique des deux poids de deux me­sures.

C’est ce qui fait per­sis­ter la cor­rup­tion dans tous les sec­teurs. Les cas du po­li­cier sur­pris en train d’ac­cep­ter un pot-de-vin, ou du se­cré­taire d’ad­mi­nis­tra­tion qui exige une contre­par­tie pour di­li­gen­ter un dos­sier, ou dé­li­vrer une at­tes­ta­tion, se suivent et se suivent mais ne res­semblent pas, car il y a aus­si des ca­lom­nies de ceux qui ne peuvent ob­te­nir ce qu’ils ont de­man­dé, parce qu’ils ne rem­plissent les condi­tions re­quises à cet ef­fet. Si bien qu’à un mo­ment don­né on ne sait pas de quel cô­té est la vé­ri­té.

C’est la rai­son pour la­quelle cer­tains sont scep­tiques concer­nant la vé­ra­ci­té des faits. Au­cun ce­pen­dant, ne s’est po­sé la ques­tion sur les moyens ten­dant à éra­di­quer la cor­rup­tion de ma­nière ra­di­cale.

L’ins­tance na­tio­nale de la lutte contre la cor­rup­tion a-t-elle fait ma­chine ar­rière de­puis qu’il a été dé­cla­ré par son nou­veau pré­sident

que le mi­nis­tère pu­blic doit in­ter­ve­nir pour ac­cé­lé­rer le trai­te­ment ju­ri­dique des dos­siers por­tant sur ce fléau. A la fin du mois d’août, 832 dos­siers ont été re­mis aux en­quê­teurs. L’ins­tance a trans­mis 106 dos­siers à la Jus­tice. Il est à si­gna­ler par ailleurs, qu’entre 2011 et 2015, l’ins­tance dans sa forme ini­tiale avait re­çu 10048 dos­siers. La ma­jo­ri­té des plaintes pro­viennent de Tu­nis (3418), ta­lon­née par Ben Arous avec 732 dos­siers, l’aria­na avec 535 dos­siers, et loin der­rière ar­rivent Ke­bi­li et Ta­taouine avec cha­cune 34 dos­siers. Les do­léances concernent, en ma­jo­ri­té, les conten­tieux au tra­vail avec 1523 dos­siers, en­suite ar­rivent les conten­tieux ci­vils (1331 dos­siers), les conflits au­tour de biens fon­ciers (1319 dos­siers), et la mal­ver­sa­tion ad­mi­nis­tra­tive et fi­nan­cière (1137). A son re­tour des Eu, le pré­sident de la Ré­pu­blique a af­fir­mé der­niè­re­ment qu’il dé­clare la guerre contre la cor­rup­tion. C’est donc une af­faire d’etat, mais aus­si l’af­faire de tous les ci­toyens afin d’oeu­vrer à l’unis­son par tous les moyens afin d’éra­di­quer ce fléau qui de­vient aus­si grave que ce­lui du ter­ro­risme.

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