Tout va bien…

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Sa­mia HARRAR

A n’en pas dou­ter. Il suf­fit juste de se re­tour­ner comme di­rait l’autre.

Il a plu? Le re­vê­te­ment de la toi­ture d’une classe s’est ef­fon­dré à Si­di Bou­zid. Il a plu? Les mai­sons ont été en­va­hies par l’eau à Mo­nas­tir. A verse? Les rues de Tu­nis et de Sousse, c’est le nau­frage sans l’arche de Noé. Bref, il ne pleut pas, c’est la sé­che­resse, il pleut: ce sont les inon­da­tions, un cran moins, ou plus, se­lon les ré­gions. Mais ce n’est ja­mais grave! In­tra-mu­ros, ce n’est ja­mais gra­vis­sime, les choses fi­nis­sant tou­jours par s’ar­ran­ger. Ou par se tas­ser. Et l’ou­bli fe­ra le reste. Tout va très bien: il ne se passe pas un jour, où un en­fant n’est pas aban­don­né quelque part, s’il n’est pas en­fer­mé, vio­len­té, agres­sé de quelque ma­nière que ce­la soit, à moins qu’il ne choi­sisse d’ar­rê­ter lui-même son cal­vaire pour ne plus avoir à su­bir, en se sui­ci­dant pu­re­ment et sim­ple­ment, dans la pseu­do-in­di­gna­tion gé­né­rale, qui ar­rive presque tou­jours trop tard, lorsque le mal est dé­jà fait, et qu’il va sû­re­ment lais­ser des traces, que nul ne pour­ra ef­fa­cer. Même pas la mé­moire, qui n’est sé­lec­tive que lorsque ce­la lui chante. Tout va pour le mieux: il pa­raît qu’ils vont re­ve­nir en masse, de la Li­bye ou de la Sy­rie, et qu’il fau­dra les ac­cueillir avec tous les hon­neurs, ces va­leu­reux ter­ro­ristes qui sont l’ex­trac­tion d’un ter­reau, qui ne les re­con­naît plus, se ren­dant compte, sur le tard, qu’il a en­fan­té des monstres, et qu’il ne le sa­vait pas. Il est bien en­ten­du que tout est im­pec­cable. Un camp d’en­traî­ne­ment par-ci, et un autre par-là. C’est qu’ils aiment la na­ture, ces mes­sieurs qui rêvent de re­joindre Daech, comme d’autres de tou­cher les cimes de l’hi­ma­laya pour la beau­té du geste. Ah, les hau­teurs in­soup­çon­nés de l’âme hu­maine, lors­qu’elle se mêle de frô­ler de la main les ailes des anges, en trem­pant son glaive dans le fiel et le sang, sans sour­ciller. Ce­la laisse son­geur… Mais com­ment se peut-il ? Le pa­ra­dis, dans l’an­ti­chambre de l’en­fer. Ne vous in­quié­tez pas outre-me­sure: tout va très bien. Il suf­fit juste de se re­tour­ner…

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