Scènes tra­giques à Alep

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Sy­rie

Au moins 25 ci­vils ont pé­ri hier dans les quar­tiers re­belles d'alep ra­va­gés par une pluie de bombes lar­guées par le ré­gime sy­rien et son al­lié russe pour le cin­quième jour consé­cu­tif, après un nou­vel échec des dis­cus­sions amé­ri­ca­no-russes sur une trêve.

Au moins sept ci­vils, par­mi les rares à s'aven­tu­rer de­hors à la re­cherche de nour­ri­ture, ont été fau­chés par une bombe dans un quar­tier re­belle alors qu'ils fai­saient la queue pour ache­ter du yaourt, se­lon l'ob­ser­va­toire sy­rien des droits de l'homme (OSDH). Le cor­res­pon­dant de L'AFP a dé­crit une scène tra­gique, avec une mare de sang et des par­ties de corps dé­chi­que­tées sur le sol. Les cli­niques étaient dé­bor­dées par l'ar­ri­vée des nom­breux bles­sés.

Ajou­tant à leurs souf­frances, les près de deux mil­lions d'ha­bi­tants d'alep étaient pri­vés d'eau hier, consé­quence des frappes de la nuit, se­lon L'ONU. Mal­gré plu­sieurs réunions cette se­maine à New York en marge de l'as­sem­blée gé­né­rale des Na­tions unies, Russes et Amé­ri­cains, qui sou­tiennent des camps op­po­sés dans cette guerre, se sont mon­trés in­ca­pables de s'en­tendre sur un ces­sez-le-feu en se ren­voyant à la fi­gure la res­pon­sa­bi­li­té de ce nau­frage di­plo­ma­tique. Les mi­nistres amé­ri­cain et russe des Af­faires étran­gères, John Ker­ry et Ser­gueï La­vrov, étaient par­ve­nus à im­po­ser une trêve en­trée en vi­gueur le 12 sep­tembre, mais celle-ci a vo­lé en éclats une se­maine plus tard. Et de­puis lun­di, les bom­bar­de­ments du ré­gime de Ba­char al-as­sad et de l'ar­mée russe frappent de plus belle l'an­cienne ca­pi­tale éco­no­mique du pays, di­vi­sée de­puis 2012 entre quar­tiers est te­nus par les in­sur­gés et sec­teurs ouest aux mains du pou­voir de Da­mas.

Les ha­bi­tants des quar­tiers re­belles étaient ter­rés chez eux hier ma­tin alors que les bom­bar­de­ments n'ont pas ces­sé, fai­sant au moins 25 morts, se­lon L'OSDH.

L'ob­ser­va­toire a fait état de raids de l'avia­tion russe et du lar­gage de ba­rils d'ex­plo­sifs par les hé­li­co­ptères du ré­gime pour la se­conde nuit consé­cu­tive après l'an­nonce jeu­di soir par Da­mas d'une vaste of­fen­sive vi­sant à re­prendre les sec­teurs re­belles, as­sié­gés par les forces gou­ver­ne­men­tales. Ra­mi Ab­del Rah­mane, di­rec­teur de L'OSDH, a es­ti­mé que le ré­gime avait du­re­ment frap­pé le quar­tier Bous­tane al-qasr, où sept ci­vils ont été tués hier, "parce qu'il veut pous­ser les gens à par­tir pour les sec­teurs d'alep te­nus par le gou­ver­ne­ment et re­prendre ce sec­teur" proche de la ligne de dé­mar­ca­tion. Une source mi­li­taire sy­rienne avait af­fir­mé jeu­di que les opé­ra­tions de re­con­nais­sance et de bom­bar­de­ments aé­riens en cours peuvent "du­rer des heures ou des jours avant une opé­ra­tion ter­restre". Ven­dre­di, au moins 47 ci­vils dont sept en­fants avaient été tués dans les bom­bar­de­ments, se­lon L'OSDH. Le cor­res­pon­dant de L'AFP dans les zones re­belles a vu sa­me­di des des­truc­tions mas­sives, no­tam­ment dans les quar­tiers d'al-ka­las­seh et Bous­tan al­qasr, dont cer­taines rues ont qua­si dis­pa­ru en rai­son de l'ef­fon­dre­ment des bâ­ti­ments.

Les "Casques blancs", les se­cou­ristes en zone re­belle, étaient to­ta­le­ment dé­pas­sés par l'am­pleur des bom­bar­de­ments. Ils ont in­di­qué qu'il ne leur res­tait dé­sor­mais que deux ca­mions de pom­piers pour por­ter se­cours à l'en­semble des quar­tiers in­sur­gés. Les am­bu­lances ren­contrent en outre de plus en plus de dif­fi­cul­tés pour cir­cu­ler en rai­son no­tam­ment du manque de lu­mière --dû aux cou­pures de cou­rant--, et de car­bu­rant ain­si qu'aux gra­vats dans les rues, qui rendent in­ac­ces­sibles cer­tains sec­teurs.

Dans la nuit, des ha­bi­tants et mi­li­tants ont dé­crit l'uti­li­sa­tion d'un nou­veau type de ro­quettes qui se­coue le sol comme un trem­ble­ment de terre et as­sez puis­sant pour qu'un im­meuble de plu­sieurs étages s'écroule comme un châ­teau de cartes. L'ex­plo­sion, qui pro­voque d'énormes cra­tères, dé­truit éga­le­ment le sous-sol du bâ­ti­ment, où les ha­bi­tants trouvent ha­bi­tuel­le­ment re­fuge. En plus des vio­lences, les ha­bi­tants d'alep se sont re­trou­vés sans eau cou­rante sa­me­di, a in­di­qué dans un com­mu­ni­qué l'uni­cef, qui craint l'"ap­pa­ri­tion ca­tas­tro­phique de ma­la­dies à trans­mis­sion hy­drique" no­tam­ment chez les en­fants.

"Des at­taques in­tenses la nuit der­nière ont en­dom­ma­gé la sta­tion de pom­page de Bab al-nay­rab" qui ali­mente l'est de la ville et en rai­son des vio­lences, les équipes de ré­pa­ra­tion n'ont pu y avoir ac­cès, a in­di­qué Ha­naa Sin­ger, re­pré­sen­tante de l'uni­cef en Sy­rie.

"En ri­poste", la sta­tion ali­men­tant les quar­tiers ouest, mais si­tuée dans l'est, a été ar­rê­tée. Si les ha­bi­tants de l'ouest peuvent avoir re­cours à des puits pro­fonds pour pal­lier cette cou­pure d'eau cou­rante, ceux de l'est ont des puits mais leur eau est conta­mi­née, se­lon l'uni­cef. Alep, prin­ci­pale ville du nord du pays, est un en­jeu ma­jeur de la guerre en Sy­rie qui a fait plus de 300.000 morts de­puis 2011 et en­gen­dré la pire crise hu­ma­ni­taire de­puis la Se­conde Guerre mon­diale.

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