La ré­forme de la fonc­tion pu­blique au coeur des prio­ri­tés

Qu’at­tend le sec­teur pri­vé du Gou­ver­ne­ment Cha­hed ?

Le Temps (Tunisia) - - Business Finance - Yosr GUERFEL AK­KA­RI

« La prio­ri­té doit être don­née au contrôle strict des fron­tières à tra­vers un ren­for­ce­ment des ca­pa­ci­tés des forces mi­li­taires et doua­nières ain­si que la mise en place d’un ar­se­nal ju­ri­dique à même de ju­gu­ler les flux fi­nan­ciers dou­teux, sans ou­blier la mise en place de pro­grammes en fa­veur de l’in­clu­sion so­ciale », «Les en­tre­prises ap­pellent à re­voir le sta­tut de la fonc­tion pu­blique, de re­non­cer à la séance unique, à agir contre l’in­dis­ci­pline et le manque d’as­si­dui­té dans l’ad­mi­nis­tra­tion pu­blique, d’am­pu­ter sur le congé an­nuel les ex­cés d’ab­sence et la créa­tion des pro­jets PPP avec trans­fert du per­son­nel de l’ad­mi­nis­tra­tion »

Au mo­ment où l’éco­no­mie na­tio­nale dé­jà fra­gi­li­sée par des coups de bou­toir s’em­bourbe et s’en­lise les chefs d’en­tre­prises et les ac­teurs éco­no­miques pré­sentent leurs vi­sions, leurs at­tentes du Gou­ver­ne­ment d’union Na­tio­nale. L’IACE, L’UTI­CA et L’UTAP membres de la Na­tio­nal Bu­si­ness Agen­da pro­posent des ac­tions consi­dé­rées comme prio­ri­taires par les chefs d’en­tre­prises et dont le nou­veau gou­ver­ne­ment de­vrait te­nir compte dans son plan d’ac­tion étant don­né le contexte éco­no­mique, so­cial et po­li­tique ac­tuel », note le rap­port sur l’ac­cord de Car­thage.

Eli­mi­na­tion pro­gres­sive de la li­qui­di­té La lutte contre le ter­ro­risme est une prio­ri­té ex­trême et ab­so­lue pour les chefs d’en­tre­prises et au terme de la­quelle il de­vient qua­si im­pos­sible d’en­vi­sa­ger des in­ves­tis­se­ments en l’ab­sence d’un cadre sé­cu­ri­taire fa­vo­rable. Pour les chefs d’en­tre­prises la lutte contre le ter­ro­risme va de pair avec la lutte contre le com­merce illi­cite. De fait : « la prio­ri­té doit être don­née au contrôle strict des fron­tières à tra­vers un ren­for­ce­ment des ca­pa­ci­tés des forces mi­li­taires et doua­nières ain­si que la mise en place d’un ar­se­nal ju­ri­dique à même de ju­gu­ler les flux fi­nan­ciers dou­teux, sans ou­blier la mise en place de pro­grammes en fa­veur de l’in­clu­sion so­ciale », re­com­mandent les chefs d’en­tre­prises in­ter­ro­gés. D’autres ac­tions ont été pro­po­sées par les opé­ra­teurs éco­no­miques dont l’éli­mi­na­tion pro­gres­sive de la li­qui­di­té pour la tra­ça­bi­li­té des flux fi­nan­ciers, la créa­tion de bri­gades mo­biles sur les routes du Sud.

Pour la di­mi­nu­tion de l’im­pôt et la baisse des droits de douanes L’at­té­nua­tion du taux de chô­mage se pré­sente comme deuxième axe d’ac­tions à en­tre­prendre par le gou­ver­ne­ment. Avec 630000 chô­meurs au terme du deuxième se­mestre 2016 et un taux de chô­mage de 15,6%, la Tu­ni­sie en­re­gistre les taux les plus éle­vés en ma­tière de chô­mage et d’in­éga­li­tés des chances entre les ci­toyens no­tam­ment par rap­port au Ma­roc, la Tur­quie et la Jordanie. La lutte contre le chô­mage passe, pour les chefs d’en­tre­prises, prin­ci­pa­le­ment par la créa­tion de pro­grammes de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle obli­ga­toires et gra­tuits en har­mo­nie avec les be­soins du mar­ché du tra­vail. Autres re­com­man­da­tions : fa­ci­li­ter les pro­cé­dures de recrutement et de li­cen­cie­ment outre le ren­for­ce­ment du par­te­na­riat entre le sec­teur pri­vé et l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur. Les chefs d’en­tre­prises sont éga­le­ment pour la ré­vi­sion du sys­tème ju­di­ciaire en re­la­tion avec les li­cen­cie­ments abu­sifs et suggèrent la mise en pace d’un pla­fond d’un mois d’in­dem­ni­té par an au maxi­mum. Frei­ner l’im­por­ta­tion des pro­duits fi­nis no­tam­ment en pro­ve­nance de la Tur­quie et de la Chine est aus­si par­mi les re­com­man­da­tions pro­po­sées par le sec­teur pri­vé pour lut­ter contre le chô­mage. Le sec­teur in­for­mel, ce fléau qui gan­grène l’éco­no­mie na­tio­nale in­quiètent les en­tre­prises tu­ni­siennes qui dé­noncent une concur­rence dé­loyale. L’éco­no­mie in­for­melle re­pré­sente 53% du PIB, soit près de 40 mil­liards de di­nars. Par­mi les ac­tions sug­gé­rées par les chefs d’en­tre­prises on no­te­ra : la di­mi­nu­tion des im­pôts et la baisse des droits de douanes, faire res­pec­ter les lois en vi­gueur et pur­ger l’ad­mi­nis­tra­tion des agents im­pli­qués dans le sec­teur in­for­mel.

Agir contre l’in­dis­ci­pline et le manque d’as­si­dui­té dans la fonc­tion pu­blique La ré­forme de la fonc­tion pu­blique oc­cupe une place de choix dans les prio­ri­tés des en­tre­prises tu­ni­siennes. Les chefs d’en­tre­prises in­ter­viewés suggèrent le dé­ve­lop­pe­ment de l’ad­mi­nis­tra­tion élec­tro­nique, le recrutement de jeunes cadres qua­li­fiés pour l’ad­mi­nis­tra­tion et le ren­for­ce­ment des droits des ci­toyens vis-à-vis de l’ad­mi­nis­tra­tion. Hor­mis ces me­sures, les en­tre­prises ap­pellent à re­voir le sta­tut de la fonc­tion pu­blique, de re­non­cer à la séance unique, à agir contre l’in­dis­ci­pline et le manque d’as­si­dui­té dans l’ad­mi­nis­tra­tion pu­blique, d’am­pu­ter sur le congé an­nuel les ex­cés d’ab­sence et la créa­tion des pro­jets PPP avec trans­fert du per­son­nel de l’ad­mi­nis­tra­tion. Par ailleurs et pour lut­ter contre la cor­rup­tion, les hommes d’af­faires ap­pellent à la sim­pli­fi­ca­tion des pro­cé­dures, à la ré­forme de la fonc­tion pu­blique et l’ac­cé­lé­ra­tion du pro­ces­sus d’adop­tion de lois de ma­nière à ren­for­cer la trans­pa­rence et la lutte contre la cor­rup­tion outre la ré­duc­tion de l’ef­fec­tif de la fonc­tion pu­blique pour at­teindre les normes in­ter­na­tio­nales.

Le der­nier point ou axe stra­té­gique pro­po­sé par les chefs d’en­tre­prises est la contrac­tion du dé­fi­cit bud­gé­taire. Un dé­fi­cit qui avoi­sine les 3 mil­liards de di­nars ac­tuel­le­ment. Pour ce faire, ils ap­pellent à lut­ter contre l’évasion fis­cale, ré­forme du sys­tème fis­cal et à la re­mise en ac­ti­vi­té des mines de phos­phate et l’en­cou­ra­ge­ment des fo­rages pé­tro­liers voire la ré­duc­tion de l’ef­fec­tif de la fonc­tion pu­blique consti­tuent les trois pre­mières ac­tions à en­tre­prendre pour en­di­guer le fléau de la cor­rup­tion. Par ailleurs, les en­tre­prises ap­pellent à ré­éche­lon­ner la dette de l’etat et à la né­ces­si­té de réa­li­ser un au­dit ré­gu­lier des fi­nances pu­bliques. Fi­na­le­ment et pour ré­duire les dis­pa­ri­tés ré­gio­nales qui at­tisent les mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion qui trouvent un ter­rain fa­vo­rable dans les zones de dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal, les chefs d’en­tre­prises ap­pellent à la dé­cen­tra­li­sa­tion des dé­ci­sions, à l’orien­ta­tion des in­ves­tis­se­ments pu­blics vers les ré­gions dé­fa­vo­ri­sées ain­si qu’à la mise en place d’un ré­seau fer­ro­viaire conforme aux stan­dards in­ter­na­tio­naux cou­vrant tout le ter­ri­toire tu­ni­sien et la di­vi­sion du ter­ri­toire Tu­ni­sien horizontalement en 6 en­ti­tés au­to­nomes qui dis­posent cha­cune de toute l’in­fra­struc­ture né­ces­saire : ports, aé­ro­ports, voies fer­rées, pour des­ser­vir les villes, et au­to­routes qui re­lient l’est à l’ouest. Telles sont les re­com­man­da­tions et les at­tentes des chefs d’en­tre­prises Tu­ni­siens vis-àvis du gou­ver­ne­ment Cha­hed. Mais reste à sa­voir si réel­le­ment les or­ga­ni­sa­tions si­gna­taires de l’ac­cord de Car­thage tra­duisent ils les sou­haits et at­tentes de tous les Tu­ni­siens.

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