Ce dé­sir ef­fré­né de consom­mer qui mine le lien so­cial !

Le Temps (Tunisia) - - Business Finance - Ah­med NEMLAGHI

Phi­lippe Moa­ti, pro­fes­seur d’éco­no­mie à l’uni­ver­si­té Pa­ris-di­de­rot et co­fon­da­teur de l’ob­ser­va­toire So­cié­té et Consom­ma­tion en France es­saie de nous dé­mon­trer à tra­vers cet ou­vrage que le fléau de l’hy­per­con­som­ma­tion est la con­sé­quence du chan­ge­ment des be­soins hu­mains, qui de­vient le dis­po­si­tif de la construc­tion iden­ti­taire, avec le dé­ve­lop­pe­ment du ca­pi­ta­lisme, fa­vo­ri­sant les va­leurs ma­té­ria­li­sées. Con­sé­quence: le lien so­cial est mi­né et les per­sonnes fra­gi­li­sées.

sa vi­sion est ju­di­cieuse, et elle est per­çue par­tout, aus­si bien dans les pays in­dus­tria­li­sés que dans les pays dits en voie de dé­ve­lop­pe­ment à l’ins­tar de la Tu­ni­sie, où l’hy­per­con­som­ma­tion a ga­gné par conta­gion, toutes les couches so­ciales, des hommes d’af­faires jus­qu’à at­teindre les sans em­ploi. D’au­tant plus que les hy­per­mar­chés ne font que pro­li­fé­rer à sou­hait, ce qui in­cite à la consom­ma­tion et aux dé­penses su­per­flues. La men­ta­li­té du Tu­ni­sien a bien chan­gé, avec le ma­tra­quage pu­bli­ci­taire qui in­cite à l’hy­per­con­som­ma­tion le dé­ve­lop­pe­ment de l’au­dio­vi­suel y ai­dant. Il n’y a plus d’émis­sions au­dio­vi­suelles sans spots pu­bli­ci­taires qui les in­ter­rompent à plu­sieurs re­prises afin de mieux convaincre.

Le lien so­cial est de ce fait de plus en plus mi­né. Ce qui a des consé­quences fâ­cheuses sur la fa­mille tunisienne qui est de plus en plus dis­lo­quée, chaque membre ayant ses pré­fé­rences par­ti­cu­lières condi­tion­nées par le ma­tra­quage pu­bli­ci­taire. Le père de fa­mille ne sait plus où don­ner de la tête et les in­ci­dences sur sa bourse sont consi­dé­rables. Entre les chaus­sures de marque les jog­gings et les tee shirt, c’est toute sa paie qui peut s’en­vo­ler. Car il n’a plus la la­ti­tude de choi­sir lui-même pour ses en­fants. C’est le piège de la mo­der­ni­té, qui a com­plè­te­ment tout cham­bou­lé. Ce qui était un luxe, de­vient une né­ces­si­té. A par­tir de là, il s’est créé une sorte d’avi­di­té ame­nant de plus en plus à la consom­ma­tion ex­ces­sive «pour ne man­quer de rien», une sorte de pho­bie col­lec­tive. C’est un phé­no­mène qui touche tous les pays, et il est de plus en plus re­mar­quable en Tu­ni­sie.

C’est la rai­son pour la­quelle l’au­teur pro­pose dans le pré­sent ou­vrage une re­fon­da­tion de la mo­der­ni­té afin qu’elle de­vienne au ser­vice de l’homme et pour lui le «vivre en­semble» est très im­por­tant, et ce, que ce soit au ni­veau de la cel­lule fa­mi­liale, ou dans le cadre de la so­cié­té, dans une même ville, ou à tra­vers toutes les ré­gions du pays, y com­pris celles qui sont éloignées voire ou­bliées. Il y a des vil­lages où les ha­bi­tants dé­plorent un dé­fi­cit d’eau po­table, alors qu’on est ma­tra­qué à lon­gueur de jour­née par la pu­bli­ci­té sur les dif­fé­rentes sortes d’eau mi­né­rale, ou de bois­sons ga­zeuses. A mé­di­ter.

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