Hilla­ry lar­ge­ment vic­to­rieuse

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Hilla­ry Clin­ton a dé­non­cé le com­por­te­ment ra­ciste et sexiste de son ad­ver­saire Do­nald Trump lun­di au cours d’un pre­mier dé­bat té­lé­vi­sé mar­qué par des échanges hou­leux. Se­lon un son­dage CNN, l’ex-se­cré­taire d’etat a em­por­té lar­ge­ment ce pre­mier duel té­lé­vi­sé en vue de l’élec­tion pré­si­den­tielle amé­ri­caine du 8 no­vembre, 62% des té­lé­spec­ta­teurs lui ac­cor­dant la vic­toire contre 27% au can­di­dat ré­pu­bli­cain. Autre signe que Do­nald Trump a été moins convain­cant que Hilla­ry Clin­ton, sur les mar­chés, le pe­so mexicain, consi­dé­ré comme un «ther­mo­mètre Trump», a grim­pé de 2% face au dol­lar, s’éloi­gnant de son plus bas ni­veau his­to­rique tou­ché ces der­niers jours face à la crainte qu’une pré­si­dence Trump ne me­nace les ex­por­ta­tions du Mexique vers les Etats-unis, son plus grand mar­ché. At­ta­quée par le mil­liar­daire sur son manque d’»en­du­rance», al­lu­sion à son ma­laise de la mi-sep­tembre, la can­di­date dé­mo­crate a ré­pli­qué en van­tant ses voyages dans 112 pays en tant que se­cré­taire d’etat, ou le fait d’avoir né­go­cié un ac­cord de paix, un ces­sez-le-feu ou la li­bé­ra­tion de dis­si­dents, etc.

Elle a conclu son in­ter­ven­tion en rap­pe­lant que son ri­val avait qua­li­fié les femmes de «co­chonnes, de souillons et de chiennes». Ce dé­bat de 90 mi­nutes était l’oc­ca­sion pour Do­nald Trump, 70 ans, qui n’a ja­mais bri­gué jusque-là la moindre fonc­tion élec­tive, de mon­trer qu’il était ca­pable de se maî­tri­ser. Pour Hilla­ry Clin­ton, 68 ans, rat­tra­pée dans les son­dages et amoin­drie mi-sep­tembre par une pneu­mo­nie, il s’agis­sait de mon­trer que les Amé­ri­cains pou­vaient lui faire confiance. S’in­ter­rom­pant à de nom­breuses re­prises sur l’éco­no­mie ou la po­li­tique étran­gère, les deux ad­ver­saires se sont ac­cu­sés de dé­for­mer les faits en in­vi­tant les té­lé­spec­ta­teurs, at­ten­dus très nom­breux pour ce duel or­ga­ni­sé à l’uni­ver­si­té Hof­stra, près de New York, à vé­ri­fier leurs pro­pos sur in­ter­net. L’une ap­pe­lait son ri­val «Do­nald», l’autre «se­cré­taire Clin­ton». Avant le dé­bat, de nom­breuses ques­tions avaient por­té sur l’at­ti­tude qu’adop­te­rait le pré­sen­ta­teur, le jour­na­liste de NBC Les­ter Holt. Pour l’es­sen­tiel, il s’est conten­té de mo­dé­rer les échanges sans in­ter­ve­nir sur leur conte­nu. Alors que Do­nald Trump ré­af­fir­mait qu’il s’était op­po­sé à l’in­ter­ven­tion mi­li­taire de 2003 en Irak, il a tou­te­fois re­le­vé que «les ar­chives dé­mon­traient l’in­verse», ren­voyant à une in­ter­view ac­cor­dée en 2002. Do­nald Trump s’est ins­crit en faux. «Men­songe ra­ciste» L’un des échanges les plus vifs a concer­né la contro­verse ali­men­tée pen­dant des an­nées par Do­nald Trump sur le fait de sa­voir si Ba­rack Oba­ma était né aux Etats-unis. Le pré­sident, né à Ha­waï, a pu­blié un long cer­ti­fi­cat de nais­sance en 2011 pour clore la po­lé­mique mais ce n’est que ce mois-ci que Do­nald Trump a pu­bli­que­ment ad­mis qu’il pen­sait que Ba­rack Oba­ma était bien né aux Etats-unis. «(Do­nald Trump) a réel­le­ment en­ta­mé son ac­ti­vi­té po­li­tique sur ce men­songe ra­ciste se­lon le­quel notre pre­mier pré­sident noir n’était pas un ci­toyen amé­ri­cain. Il n’y avait ab­so­lu­ment au­cune preuve de ce­la. Mais il a per­sis­té. Il a per­sis­té an­née après an­née», a dé­cla­ré Hilla­ry Clin­ton. Ce à quoi le mil­liar­daire a ré­pon­du en ré­ité­rant une fausse ac­cu­sa­tion se­lon la­quelle cette contro­verse avait été lan­cée par l’équipe de cam­pagne de Hilla­ry Clin­ton, bat­tue par Ba­rack Oba­ma lors des pri­maires dé­mo­crates de 2008. «Je suis ce­lui qui l’a contraint à mon­trer ce cer­ti­fi­cat de nais­sance et je pense avoir fait du bon tra­vail», a ajou­té Do­nald Trump. Hilla­ry Clin­ton a éga­le­ment rap­pe­lé que le ma­gnat de l’im­mo­bi­lier avait été pour­sui­vi pour dis­cri­mi­na­tion ra­ciale au dé­but des an­nées 1970 pour avoir re­fu­sé de louer des ap­par­te­ments à des Afroa­mé­ri­cains.

Les élec­teurs afro-amé­ri­cains sou­tiennent mas­si­ve­ment la can­di­da­ture de Hilla­ry Clin­ton d’après les son­dages, même si Do­nald Trump fait de­puis plu­sieurs se­maines des ap­pels du pied en di­rec­tion de cette mi­no­ri­té, en ac­cu­sant Ba­rack Oba­ma comme Hilla­ry Clin­ton de n’avoir rien fait pour ai­der les Noirs amé­ri­cains. «Ruis­sel­le­ment tru­qué» Sur l’éco­no­mie, Hilla­ry Clin­ton a at­ta­qué la po­li­tique fis­cale de son ad­ver­saire, qui prône une baisse d’im­pôts mas­sive. «Ce que pro­pose Do­nald, c’est (...) la plus forte baisse d’im­pôts pour les per­sonnes les plus riches de ce pays que nous ayons ja­mais connue. Je l’ap­pelle le ruis­sel­le­ment tru­qué («trum­ped-up»)», a dit l’ex-se­cré­taire d’etat, vê­tue d’un tailleur rouge. Son ad­ver­saire, cos­tume sombre et cra­vate bleue, a contre-at­ta­qué sur les ac­cords de libre-échange dé­fen­dus par Hilla­ry Clin­ton, l’ac­cu­sant d’avoir l’in­ten­tion d’ap­prou­ver le Par­te­na­riat trans­pa­ci­fique tout en fei­gnant de s’y op­po­ser. «Nous de­vons em­pê­cher qu’on nous vole nos em­plois», a dé­cla­ré le ma­gnat de l’im­mo­bi­lier.

«J’ai le sen­ti­ment que je vais être ju­gée res­pon­sable de tout», a plai­san­té Hilla­ry Clin­ton, ce à quoi son ad­ver­saire a ré­tor­qué : «Pour­quoi pas ?» Im­pôts de Trump, cour­riels de Clin­ton Un autre mo­ment de ten­sion entre les deux can­di­dats a por­té sur les dé­cla­ra­tions d’im­pôts de Do­nald Trump. Hilla­ry Clin­ton a cri­ti­qué le fait que le mil­liar­daire n’ait tou­jours pas pu­blié l’en­semble de ses dé­cla­ra­tions d’im­pôts, es­ti­mant que ce­la fai­sait dou­ter du ca­rac­tère cha­ri­table dont il aime à se pré­va­loir.

Elle a sou­li­gné que les quelques dé­cla­ra­tions d’im­pôts pu­bliées mon­traient qu’en dé­pit de sa ri­chesse, Do­nald Trump n’avait ja­mais payé d’im­pôt fé­dé­ral. «Ce­la prouve que je suis ma­lin», a ré­pon­du Do­nald Trump. «J’ai des re­ve­nus in­croyables», a-t-il ajou­té, sou­li­gnant comme il le fait de­puis son en­trée en lice aux pri­maires ré­pu­bli­caines il y a plus d’un an que les Etats-unis ont be­soin d’un homme qui s’y connaît sur les ques­tions d’ar­gent.

Il a pro­mis qu’il pu­blie­rait ses dé­cla­ra­tions d’im­pôts quand l’ex-se­cré­taire d’etat pu­blie­rait tous les cour­riers élec­tro­niques en­voyés de­sa mes­sa­ge­rie pri­vée lors­qu’elle était au dé­par­te­ment d’etat, entre 2009 et 2013, al­lu­sion à l’af­faire des emails qui pour­suit la can­di­date dé­mo­crate de­puis des mois. Les son­dages montrent que les deux can­di­dats dis­putent une course ser­rée. Si le scru­tin pré­si­den­tiel avait été or­ga­ni­sé lun­di, l’an­cienne se­cré­taire d’etat ob­tien­drait 259 grands élec­teurs, contre 191 pour Do­nald Trump, et au­rait 88% de chances d’at­teindre le seuil de 270 grands élec­teurs né­ces­saire pour l’em­por­ter, montre ce­pen­dant une en­quête Reu­ters/ Ip­sos «States of the Na­tion», qui s’ap­puie chaque se­maine sur un son­dage au­près de plus de 15.000 Amé­ri­cains. Leur pro­chain dé­bat té­lé­vi­sé est pro­gram­mé le 9 oc­tobre à St. Louis, dans le Mis­sou­ri. Dans l’in­ter­valle, leur can­di­dat à la vice-pré­si­dence, le ré­pu­bli­cain Mike Pence et le dé­mo­crate Tim Kaine, se re­trou­ve­ront le 4 oc­tobre en Vir­gi­nie.

Deux autres can­di­dats à la pré­si­dence, le li­ber­ta­rien Ga­ry John­son et la can­di­date éco­lo­giste Jill Stein, n’ont pu par­ti­ci­per à ce dé­bat en rai­son d’in­ten­tions de vote trop faibles dans les son­dages.

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