Les al­liés arabes de Wa­shing­ton perdent pa­tience

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

L’ef­fon­dre­ment du der­nier ces­sez-le-feu en date en Syrie ren­force la pos­si­bi­li­té que les Etats du Golfe four­nissent la ré­bel­lion en mis­siles sol-air por­tables pour se dé­fendre contre les avions du ré­gime sy­rien et de son al­lié russe, disent des res­pon­sables amé­ri­cains. Wa­shing­ton conti­nue ce­pen­dant à main­te­nir que les né­go­cia­tions sont la seule voie pour mettre fin au car­nage, ajoutent-ils. L’un de ces res­pon­sables, s’ex­pri­mant sous le sceau de l’ano­ny­mat, a sou­li­gné que les Etatsu­nis avaient jus­qu’ici em­pê­ché un grand nombre de ces mis­siles an­ti-aé­riens ti­rés à l’épaule, connus sous le nom de MANPADS, d’être ache­mi­nés en Syrie tout en pour­sui­vant leurs né­go­cia­tions avec Mos­cou. Mais la frus­tra­tion en­vers Wa­shing­ton gran­dit au point que les Etats du Golfe ou la Tur­quie pour­raient ces­ser de suivre la po­li­tique amé­ri­caine, ou fer­mer les yeux sur la four­ni­ture de MANPADS à des groupes re­belles par de riches par­ti­cu­liers. «Les Saou­diens ont tou­jours pen­sé que la ma­nière de faire re­cu­ler les Russes est celle qui a fonc­tion­né il y a trente ans en Af­gha­nis­tan: les pri­ver de puis­sance aé­rienne en don­nant des MANPADS aux moud­ja­hi­dine», ex­plique-t-on.

«Jus­qu’ici, nous avons réus­si à les convaincre que les risques étaient bien plus grands au­jourd’hui parce qu’on n’a plus af­faire à une Union so­vié­tique sur le dé­clin mais à un di­ri­geant russe at­ta­ché à re­cons­truire la puis­sance de la Rus­sie et moins dis­po­sé à re­cu­ler», ajoute-t-on, par al­lu­sion au pré­sident Vla­di­mir Pou­tine.

Prié de dire si les Etats-unis se­raient prêts à faire tout leur pos­sible, au-de­là des né­go­cia­tions, pour faire ces­ser le bain de sang en Syrie, le porte-pa­role du dé­par­te­ment d’etat Mark To­ner a sou­li­gné que Wa­shing­ton ne sou­hai­tait pas que de nou­velles armes soient ap­por­tées sur le champ de ba­taille. «La consé­quence ne se­rait qu’une es­ca­lade dans un conflit dé­jà terrifiant», a-t-il dit. «Les choses pour­raient s’ag­gra­ver en­core da­van­tage.» Mais un autre res­pon­sable de l’ad­mi­nis­tra­tion a ju­gé que l’op­po­si­tion sy­rienne était «en droit de se dé­fendre et ne peut pas être lais­sée sans dé­fense face à ces bom­bar­de­ments aveugles».

Il a rap­pe­lé que les al­liés et par­te­naires des Etats-unis avaient été im­pli­qués dans les né­go­cia­tions rus­so-amé­ri­caines pour trou­ver une so­lu­tion au conflit. «Je ne crois pas qu’ils pren­dront à la lé­gère le genre d’af­front aux­quels nous avons as­sis­té au cours des 72 der­nières heures», a dé­cla­ré ce res­pon­sable sans vou­loir pré­ci­ser «la ca­pa­ci­té spé­ci­fique qui pour­rait être ajou­tée au conflit». Les dé­trac­teurs de Ba­rack Oba­ma, qui cherche à évi­ter d’im­pli­quer son pays dans un nou­veau conflit au Moyen-orient, es­timent que la di­plo­ma­tie amé­ri­caine est pa­ra­ly­sée par les ré­ti­cences de la Mai­son blanche à re­cou­rir à la force. «Pou­tine et (le pré­sident sy­rien Ba­char al) As­sad ne fe­ront pas ce qu’on leur de­mande par bon­té de coeur, ni parce qu’ils se pré­oc­cupent de nos in­té­rêts ou de la souf­france des autres. Ils doivent être contraints, et ce­la né­ces­site de la force», ont es­ti­mé les sé­na­teurs ré­pu­bli­cains John Mc­cain et Lind­sey Gra­ham dans un com­mu­ni­qué.

«Tant que les Etats-unis ne se­ront pas prêts à prendre des me­sures pour mo­di­fier la si­tua­tion sur le ter­rain, la guerre, la terreur, les ré­fu­giés et l’in­sta­bi­li­té per­du­re­ront.»

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