Il y en au­ra du monde…

Le Temps (Tunisia) - - Proximité - Sa­mia HARRAR

L’exer­cice au­ra été pro­fi­table cher mon­sieur? Un peu trop tôt pour le ju­rer, la main sur le coeur, avec la sa­tis­fac­tion du de­voir ac­com­pli. Mais il fau­dra ef­fec­ti­ve­ment ten­ter le coup. Et ne pas être pris de trem­blote com­pul­sive, pour pou­voir me­ner à bien ce pro­jet, d’as­sai­nir, s’il en est, le pays, qui souffre, de­puis ce qu’il semble être des lustres, qui plus est de­puis la ré­vo­lu­tion, ce n’est un se­cret pour per­sonne hé­las!, d’un mal en­dé­mique qui s’ap­pelle « cor­rup­tion ». Le­quel sé­vit à grandes échelles, en ne crai­gnant pas de ra­tis­ser large, sem­blant n’épar­gner au­cun sec­teur, au­cune ac­ti­vi­té, au­cun pé­ri­mètre, toutes pro­por­tions gar­dées comme ce­la va de soi, sous nos douces la­ti­tudes, qui n’en mènent pas large, et qui ne savent plus à quel saint se vouer, pour en dé­coudre. Pas de sou­ci, plus de mou­ron à se faire; le chef du gou­ver­ne­ment a trou­vé la pa­rade. Théo­ri­que­ment. Il cou­pe­ra la poire en deux, et en un tour­ne­main, il ar­ran­ge­ra le coup illi­co-pres­to, en en­voyant tous les cor­rom­pus, bron­zer à l’ombre, le temps de di­gé­rer une pi­lule qui au­ra du mal à pas­ser. Foutre tout ce beau monde à l’ombre? Il y en au­ra du beau monde qui se bous­cu­le­ra au por­tillon! A moins que ne pre­nant, ef­fec­ti­ve­ment, l’aver­tis­se­ment pour ce qu’il est: c’est-à-dire une mise en garde sé­rieuse au­tant que ferme et tran­chant dans le vif de la chair, ils ne ré­visent leurs « am­bi­tions » à la baisse, et re­noncent à ces che­mins dé­tour­nés qui gan­grènent, plus qu’à son compte, l’éco­no­mie d’un pays, au­jourd’hui ex­sangue, mais qui ne ren­dra pas l’âme, puis­qu’il au­ra rai­son d’eux. Et pas le contraire. A for­tio­ri si Yous­sef Cha­hed, qui semble ferme dans ses pro­pos, comme dans ses in­ten­tions, ap­plique à la lettre la sen­tence qu’il a pro­mis, à tous ceux qui au­raient en­core l’ou­tre­cui­dance de vou­loir vam­pi­ri­ser la Tu­ni­sie, en lieu et place de se battre pour elle. Ha­bib Es­sid était l’in­té­gri­té même; es­pé­rons que son suc­ces­seur sau­ra être, dans son sillage, in­sen­sible, au­tant aux com­pro­mis, qu’aux com­pro­mis­sions. Une main de fer dans un gant d’ai­rain? On at­tend pour voir…

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