Le yo­ga du rire, un puis­sant re­mède an­ti-mo­ro­si­té

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Rym BENAROUS

Le ré­veil ma­ti­nal, l'in­ter­mi­nable em­bou­teillage et la course contre la montre pour ar­ri­ver à l'heure au tra­vail est une source d'an­xié­té qua­si-quo­ti­dienne pour la ma­jo­ri­té des Tu­ni­siens et en­core plus pour les ha­bi­tants des grandes villes. Un pic de stress est gé­né­ra­le­ment at­teint peu après 7h30 du ma­tin, comme en té­moignent les vi­sages cris­pés, les gestes brusques, les sons stri­dents des klaxons et les ré­cur­rents éclats de voix. Mais du cô­té du par­cours d'el Men­zeh, il existe un groupe d'heu­reux ir­ré­duc­tibles qui af­fichent conti­nuel­le­ment un large sou­rire et sur qui le stress ne semble pas avoir de prise. Leur se­cret ? Le yo­ga du rire !

Le ré­veil ma­ti­nal, l’in­ter­mi­nable em­bou­teillage et la course contre la montre pour ar­ri­ver à l’heure au tra­vail est une source d’an­xié­té qua­si-quo­ti­dienne pour la ma­jo­ri­té des Tu­ni­siens et en­core plus pour les ha­bi­tants des grandes villes.

Un pic de stress est gé­né­ra­le­ment at­teint peu après 7h30 du ma­tin, comme en té­moignent les vi­sages cris­pés, les gestes brusques, les sons stri­dents des klaxons et les ré­cur­rents éclats de voix. Mais du cô­té du par­cours d’el Men­zeh, il existe un groupe d’heu­reux ir­ré­duc­tibles qui af­fichent conti­nuel­le­ment un large sou­rire et sur qui le stress ne semble pas avoir de prise. Leur se­cret ? Le yo­ga du rire !

Du lun­di au ven­dre­di, les yo­gis de Tu­nis se re­trouvent à 7h du ma­tin pour une de­mi-heure de rire, de bonne hu­meur et d’ondes po­si­tives. Le groupe est hé­té­ro­gène. Les deux plus jeunes par­ti­ci­pants sont des éco­liers, Jas­sem et Kha­lil. Les plus âgés ont dé­pas­sé la soixan­taine et pro­fitent de ces séances pour en­tre­te­nir leur forme phy­sique et se res­sour­cer. Les autres par­ti­ci­pants sont des étu­diants ou en­core de jeunes cadres, tous réunis au­tour d’une même phi­lo­so­phie: le rire en­tre­tient la jeunesse du coeur, pro­cure le bon­heur et soigne tous les maux.

La séance quo­ti­dienne est gra­tuite et ou­verte à tous. Elle dure 30 mi­nutes au cours de la­quelle les yo­gis réa­lisent des mou­ve­ments de res­pi­ra­tion, chantent des airs ri­go­los, exé­cutent des jeux de rôle et de mise en si­tua­tion drôles mais sur­tout rient à gorge dé­ployée et laissent libre cours à leur joie de vivre. Re­trou­vant leur âme d’en­fant pen­dant ces pré­cieuses mi­nutes, une mé­thode ap­pa­rem­ment très ef­fi­cace pour chas­ser ses an­goisses et faire le plein d’éner­gie et de to­nus. C’est ce que nous af­firme Ham­dène, un en­sei­gnant soixan­te­naire qui as­siste aux séances de yo­ga du rire de­puis en­vi­ron 3 se­maines.

Cas­quette vis­sée sur la tête et sou­rire aux lèvres, l’homme fait preuve chaque ma­tin d’une bonne hu­meur com­mu­ni­ca­tive. Il dé­clare à ce propos: « Je suis ma­ti­nal et de­puis tou­jours j’aime ve­nir pra­ti­quer quelques exer­cices phy­siques au par­cours de san­té d’el Men­zeh. De­puis quelques jours j’ai dé­cou­vert cette pra­tique et elle me pro­cure un bon­heur im­mense. De­puis trente ans que je suis dans l’en­sei­gne­ment, j’ai tou­jours ins­tau­ré une re­la­tion cha­leu­reuse avec mes élèves. J’es­saie d’ins­tau­rer un cli­mat de confiance et de sé­ré­ni­té et de leur in­suf­fler la joie d’ap­prendre. Au­jourd’hui c’est moi qui ap­prends à tra­vers le yo­ga du rire à ré­pandre en­core plus de bon­heur au­tour de moi. »

Phi­lo­so­phie de vie

Les séances de yo­ga du rire qui se dé­roulent au par­cours d’el Men­zeh sont le plus sou­vent ani­mées par «Mon­sieur Sou­rire», alias Omar Da­mak. Le jeune homme est ins­truc­teur de yo­ga et coach de vie. Il a sui­vi sa for­ma­tion en Inde à Dha­ram­sha­la à Tri­mur­ti Yo­ga.

Pas­sion­né de dis­ci­plines hu­maines et spi­ri­tuelles, il dé­gage une sa­gesse mê­lée de joie de vivre et de sym­pa­thie.

D’ap­proche fa­cile et agréable, il in­ter­pelle les jog­geurs de pas­sage du­rant les séances et leur pro­pose de se joindre au groupe de yo­gis. Il a com­men­cé à pra­ti­quer le yo­ga du rire en 2009. Il ra­conte: « J’avais ob­te­nu mon bac avec men­tion et mes pa­rents m’ont pous­sé à faire des études de math-phy­sique mais je me suis vite ren­du compte que ce n’était pas là ma voie. Entre temps, j’ai dé­cou­vert cette pra­tique grâce à une amie à la fac. J’ai d’abord pra­ti­qué le yo­ga du rire de ma­nière heb­do­ma­daire au sein du club puis de ma­nière quo­ti­dienne tout seul. »

Vou­lant par­faire sa tech­nique et ap­pro­fon­dir ses connais­sances, Omar est parti en Inde en 2015, à la ren­contre du fon­da­teur du yo­ga du rire, Dr Ma­dan Ka­ta­ria. Il ajoute : « Après avoir ob­te­nu mon di­plôme, je me suis ren­du en Mum­bai (Bom­bay) en Inde pour une meilleure com­pré­hen­sion de cette pra­tique qui est une vé­ri­table phi­lo­so­phie de vie. J’ai donc sui­vi une for­ma­tion in­ten­sive pour de­ve­nir pro­fes­seur de yo­ga du rire, pour mieux pro­pa­ger cette pra­tique en Tu­ni­sie et pour pou­voir for­mer des ani­ma­teurs qui re­laie­ront le concept. » Pour­quoi ce choix? Omar ex­plique que le rire a chan­gé sa vi­sion du monde et son ap­proche de la vie. Il ex­plique : « Le yo­ga du rire me per­met de me rap­pe­ler chaque ma­tin, que la vie est éphé­mère, que nous ne sommes pas nos pro­blèmes, que l’ar­gent que nous avons dans notre compte en banque ne re­pré­sente pas qui nous sommes vrai­ment et que nous ne sommes pas l’ap­par­te­ment où nous vi­vons ni la voi­ture que nous condui­sons. Le yo­ga du rire me per­met de réa­li­ser que plus un être hu­main donne, plus il re­çoit. Il me per­met aus­si de comprendre que le bon­heur s’ac­quiert dans la qua­li­té des re­la­tions hu­maines que nous nouons avec notre en­tou­rage. Ce que le yo­ga du rire m’ap­porte, c’est le sen­ti­ment de vivre et d’être heu­reux sans rai­son vé­ri­table. Je ne peux pas ga­ran­tir de vivre 100 ans ou de de­ve­nir riche. J’ai certes beau­coup de rêves en tête et je tra­vaille dur pour les réa­li­ser mais tout ce que je peux ga­ran­tir au­jourd’hui, c’est de me sen­tir bien, de vivre heu­reux, ici et main­te­nant. Ecou­ter de la bonne mu­sique, dan­ser, chan­ter ou en­core rire sans rai­son sont au­tant de gestes de bon­heur. J’ai donc dé­ci­dé d’être heu­reux dans le tra­vail que je fais, dans la mai­son où je vis et avec l’en­tou­rage que j’ai. »

So­lu­tion mi­racle pour une Tu­ni­sie mo­rose ?

Chaque ma­tin, c’est une ving­taine de yo­gis qui se donnent ren­dez-vous au par­cours d’el Men­zeh pour la séance ma­ti­nale. Il en est de même au parc du Bel­vé­dère et dans d’autres es­paces verts mais aus­si dans les en­tre­prises et dans les écoles. Le yo­ga du rire com­mence éga­le­ment à s’in­vi­ter dans les ré­gions et une séance est pré­vue le 10 oc­tobre à Sfax. Comment ex­pli­quer ce suc­cès? Omar Da­mak a sa pe­tite idée sur le phé­no­mène.

Il dé­clare è ce propos: « La Tu­ni­sie passe de­puis quelques an­nées par une phase dif­fi­cile. La si­tua­tion so­cio-po­li­tique post­ré­vo­lu­tion­naire, ca­rac­té­ri­sée par l’in­sta­bi­li­té, a gé­né­ré beau­coup de stress. En rai­son des dé­fis aux­quels le pays fait face ac­tuel­le­ment, le Tu­ni­sien est per­tur­bé, ti­raillé, stres­sé, dé­pri­mé, ten­du, an­xieux et en co­lère. Le yo­ga du rire est une so­lu­tion peu oné­reuse en temps et en ar­gent et qui donne un ré­sul­tat ra­pide. Contrai­re­ment au sport où quel­que­fois, on a be­soin de pra­ti­quer plu­sieurs mois voire quelques an­nées pour com­men­cer à per­ce­voir les bien­faits, avec le yo­ga du rire, les bien­faits se res­sentent au bout de 2 mi­nutes seule­ment, lors­qu’on com­mence à rire de ma­nière si­mu­lée et que les cel­lules du cer­veau se­crètent l’en­dor­phine. Il faut en­core beau­coup de tra­vail pour avan­cer vers de meilleures condi­tions de vie en Tu­ni­sie et es­pé­rer avoir une qua­li­té de vie proche de celle qu’on a dans des pays eu­ro­péens comme la Suisse. C’est pour ça que le yo­ga du rire de­vient un moyen ef­fi­cace et utile en cette pé­riode car il per­met de dé­ve­lop­per une at­ti­tude po­si­tive face aux dé­fis et fait bas­cu­ler notre cer­veau en mode «so­lu­tion». Au lieu de jouer les vic­times, de cher­cher à chan­ger les gens ou les di­ri­geants po­li­tiques au­tour de nous ou en­core de cri­ti­quer juste pour cri­ti­quer, le Tu­ni­sien ap­prend, grâce à cette mé­thode, qu’il est le fac­teur prin­ci­pal du chan­ge­ment. En ef­fet, Dr Ka­ta­ria, le fon­da­teur du Yo­ga du Rire, dit que quand on rit, on change et quand on change, le monde change. »

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