L’en­vers et l’en­droit

Le Temps (Tunisia) - - Faits De Société - Ah­med NEMLAGHI

A l’oc­ca­sion de la Jour­née mon­diale contre la peine de mort, le 10 oc­tobre 2016, la Coa­li­tion tu­ni­sienne contre la peine de mort a ex­pri­mé ses in­quié­tudes concer­nant le main­tien de cette peine.

Sur le plan consti­tu­tion­nel elle est contraire au droit à la vie, consa­cré par la Cons­ti­tu­tion dans son ar­ticle 21.

Qu’en faut-il pen­ser ? Faut-il abo­lir la peine de mort ?

Le dé­bat sur cette ques­tion n’est pas d’au­jourd’hui. Sur le prin­cipe, les abo­li­tion­nistes se fondent es­sen­tiel­le­ment sur le fait que per­sonne n’a le droit de vie ou de mort sur qui que ce soit. Du point de vue ju­ri­dique, ils arguent que des er­reurs ju­di­ciaires sont pos­sibles, le juge étant te­nu de tran­cher en l’ab­sence de preuves tan­gibles se­lon son in­time convic­tion. Or les cas d’er­reur ju­di­ciaire sont fré­quents, et nul n’est in­faillible. A titre d’exemple, le té­moi­gnage d’un haut ma­gis­trat fran­çais qui, au terme d’une longue car­rière la peine de mort lui est de­ve­nu in­sup­por­table, af­fir­ma-t-il et qu’elle était mo­ra­le­ment in­ac­cep­table. « Seul Dieu a le pou­voir de choi­sir l’heure de notre mort » conclut-t-il. Sur le plan de la Cha­riâa, la peine de mort est ap­pli­quée no­tam­ment dans les cas de meurtre. Ce­pen­dant la ré­pa­ra­tion la « Dia » est tou­jours pré­fé­rée à la peine de mort.

Quant à la peine pro­non­cée en pu­ni­tion de l’adul­tère, elle n’a été ap­pli­quée du­rant les pre­mières an­nées de l’is­lam que si la preuve des faits était éta­blie de ma­nière in­du­bi­table et sans au­cune équi­voque, ou si les cou­pables eux-mêmes avouaient leur for­fait. Du temps du Pro­phète Mo­ha­med, l’ap­pli­ca­tion de la peine de mort a été évi­tée au maxi­mum, car il a cette convic­tion que les dé­ci­sions de jus­tice sont tri­bu­taires de l’in­té­gri­té du juge.

Il af­firme en ef­fet que « par­mi trois juges, un seul ira au Pa­ra­dis et deux en En­fer ! ». Le ban­di­tisme est pu­ni éga­le­ment de la peine de mort par la Cha­riâa et en l’oc­cur­rence, ce­la concerne en pre­mier lieu les hors la loi pour les­quels c’est la lo­gique de guerre qui rem­place celle de la Jus­tice. C’est exac­te­ment le même rai­son­ne­ment par rap­port aux ter­ro­ristes qui ne croient ni à la Jus­tice ni à l’équi­té, mais uni­que­ment à la lo­gique de la mort. D’ailleurs ils nour­rissent la culture de la mort à leurs propres pro­gé­ni­tures pour les in­ci­ter à tuer.

Tou­te­fois , pour les abo­li­tion­nistes , ce rai­son­ne­ment est va­lable en cas d’af­fron­te­ment avec des ter­ro­ristes ou des hors la loi. Mais une fois de­vant le tri­bu­nal, ils doivent bé­né­fi­cier des condi­tions d’un pro­cès équi­table et les condam­ner à la peine ca­pi­tale, c’est conforme à leur fa­çon de rai­son­ner, et à la culture de la mort qu’ils dé­ve­loppent. Il y a bien d’autres sanc­tions plus ef­fi­caces pou­vant les in­ci­ter à réa­li­ser la gra­vi­té de leurs actes abo­mi­nables afin d’y re­non­cer. Les adeptes de la peine de mort quant à eux es­timent qu’elle a pour but de faire ré­flé­chir les cri­mi­nels avant de com­mettre un meurtre sur­tout quand il est pré­mé­di­té et bien pla­ni­fié. C’est la rai­son pour la­quelle, ils pensent qu’elle doit être main­te­nue.

Tou­te­fois les abo­li­tion­nistes ré­torquent que de­puis le temps qu’elle est ap­pli­quée, la peine de mort n’a ja­mais fait re­non­cer les cri­mi­nels à com­mettre les meurtres les plus atroces.

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