La re­con­quete de Mos­soul s’an­nonce dif­fi­cile

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Pen­dant que l’ar­mée ira­kienne et ses al­liés se pré­parent pour la grande of­fen­sive en vue de re­prendre Mos­soul à l’etat is­la­mique, les dji­ha­distes s’ap­prêtent à se dé­fendre, truf­fant la ville de bombes, en­rô­lant femmes et en­fants pour les in­for­mer, in­diquent des res­pon­sables ira­kiens et amé­ri­cains. La grande ville du Nord tom­bée en juin 2014 est la plus grosse ag­glo­mé­ra­tion prise par l’etat is­la­mique. Sa re­con­quête af­fai­bli­rait consi­dé­ra­ble­ment le mou­ve­ment, ce qui ex­plique l’ac­ti­vi­té in­tense qui semble ré­gner dans le chef-lieu de la pro­vince de Ni­nive. Se­lon des ha­bi­tants de Mos­soul contac­tés par té­lé­phone et sur les ré­seaux so­ciaux, les dji­ha­distes ont truf­fé d’ex­plo­sifs les cinq ponts de la ville, pré­pa­ré des voi­tures pié­gées, ras­sem­blé leurs ka­mi­kazes et ren­for­cé la sur­veillance de la ville, qui comp­te­rait en­core 1,5 mil­lion d’ha­bi­tants. Des trous sont per­cés dans la chaus­sée au mar­teau-pi­queur pour y pla­cer des ex­plo­sifs.

La ba­taille de­vrait être lan­cée ce mois-ci par l’ar­mée ira­kienne et les mi­lices chiites et sun­nites qui lui prêtent mains fortes, avec l’ap­pui aé­rien de la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale di­ri­gée par les Etatsu­nis et à la­quelle par­ti­cipe la France.

Se­lon l’an­cien mi­nistre des Fi­nances et des Af­faires étran­gères Ho­shiyar Ze­ba­ri et le co­lo­nel John Dor­rian, porte-pa­role de la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale, Daech est lit­té­ra­le­ment en train de s’en­ter­rer avec hommes et ma­té­riel. “Ils s’en­terrent pour com­battre pour Mos­soul”, dé­clare Ho­shiyar Ze­ba­ri, qui a ac­cès aux ren­sei­gne­ments concer­nant les mou­ve­ments de L’EI à Mos­soul. “Ils sont plus pru­dents et ont ra­sé leur barbe pour se fondre dans la po­pu­la­tion. Ils dé­placent constam­ment leur quar­tier gé­né­ral.” “On voit un com­bat­tant dans un en­droit, puis ap­pa­raître dans un autre”, confirme le porte-pa­role de la coa­li­tion. Les com­bat­tants de L’EI ont éga­le­ment éri­gé des murs de terre et de bé­ton pour blo­quer les points d’en­trée dans la ville et ont construit une tran­chée de deux mètres sur deux qui doit être rem­plie de pé­trole en­flam­mé, ce qui, en dé­ga­geant de la fu­mée noire, obs­cur­ci­ra le ciel et ren­dra les frappes aé­riennes plus dif­fi­ciles, ex­plique en­core John Dor­rian.

Cette po­li­tique de la terre brû­lée risque de faire un très grand nombre de vic­times ci­viles, es­timent les or­ga­ni­sa­tions hu­ma­ni­taires. En­vi­ron 200.000 per­sonnes de­vraient fuir au cours des deux pre­mières se­maines de com­bats, es­time Lise Grande, co­or­di­na­trice de la mis­sion d’as­sis­tance de l’onu pour l’irak.

Pen­dant ce temps, l’etat is­la­mique, qui a dé­jà per­du les villes ira­kiennes de Fal­loud­ja et de Ra­ma­di, ren­force son em­prise sur la po­pu­la­tion de Mos­soul. Le groupe fon­da­men­ta­liste sun­nite a me­na­cé d’exé­cu­ter qui­conque évoque la “li­bé­ra­tion” de Mos­soul, se­lon des ha­bi­tants et des re­pré­sen­tants des mi­lices sun­nites qui se sont en­tre­te­nus avec des proches sur place.

Se­lon un ha­bi­tant, des en­fants, âgés pour cer­tains de huit ans à peine, par­fois ar­més de pis­to­lets et de cou­teaux, ont été dé­ployés dans toute la ville pour sur­veiller la po­pu­la­tion et faire leur rap­port à L’EI. Ces en­fants re­crutent en­suite d’autres en­fants pour faire le même tra­vail. “Ce­la brise le coeur de voir les en­fants de Mos­soul de­ve­nir des ter­ro­ristes en herbe. J’ai en­sei­gné à mon fils de sept ans tout ce qu’il faut sa­voir sur l’au­tisme pour qu’il fasse sem­blant d’être ma­lade men­ta­le­ment et évite d’être re­cru­té par Daech”, dit cet ha­bi­tant via What­sapp. Toute per­sonne qui vou­drait s’échap­per risque d’être re­pé­rée par les dji­ha­distes pos­tés sur les toits des im­meubles en bor­dure de la ville et équi­pés de ju­melles de vi­sion noc­turne. Un dé­but de ré­sis­tance semble s’or­ga­ni­ser, af­firme Ho­shiyar Ze­ba­ri, qui est éga­le­ment membre du Par­ti dé­mo­cra­tique du Kur­dis­tan. Cer­tains ha­bi­tants, au pé­ril de leur vie, ont tra­cé à la bombe de pein­ture des signes spé­ci­fiques sur les mai­sons des com­bat­tants de L’EI. De leur cô­té, les dji­ha­distes ont com­men­cé à en­rô­ler leurs épouses pour des des­centes sur­prise dans les mai­sons de fa­çon à ce que les ha­bi­tantes de Mos­soul puissent être fouillées.

“Ils sont aux abois. Ils ont l’air d’avoir peur. C’est la pre­mière fois qu’ils uti­lisent leurs femmes pour fouiller des mai­sons”, dit un ha­bi­tant de Mos­soul sur les ré­seaux so­ciaux. Tous les ha­bi­tants ra­content que Daech uti­lise des grues pour faire des­cendre les com­bat­tants char­gés de plas­ti­quer les ponts de la ville. “Les ponts sont pié­gés la nuit pour évi­ter les frappes aé­riennes”, pré­cise un ha­bi­tant.

Cer­tains di­ri­geants et com­bat­tants de L’EI sont en train de quit­ter Mos­soul pour se di­ri­ger vers Tal Afar, si­tuée à 70 km à l’ouest et éga­le­ment sous contrôle de L’EI. Cer­tains vont même plus loin vers la Sy­rie, ex­pliquent les au­to­ri­tés amé­ri­caines. Une ques­tion de­meure: celle de la com­po­si­tion des forces qui s’ap­prêtent à at­ta­quer Mos­soul, in­dique-t-on cô­té ira­kien. Le but prio­ri­taire est de main­te­nir les mi­lices chiites sou­te­nues par l’iran hors de Mos­soul pour évi­ter un conflit com­mu­nau­taire avec les sun­nites, ma­jo­ri­taires dans la ville.

En re­vanche, les mi­lices chiites se­ront au­to­ri­sées à di­ri­ger les opé­ra­tions vi­sant à re­pendre Haouid­ja, lo­ca­li­té voi­sine contrô­lée elle aus­si par L’EI, in­diquent les au­to­ri­tés.

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