Au gou­ver­ne­ment de suivre… pour sau­ver LA TU­NI­SIE

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Nou­red­dine HLAOUI

La vraie épreuve de force entre le gou­ver­ne­ment et les deux or­ga­ni­sa­tions na­tio­nales, en l'oc­cur­rence l'union gé­né­rale tu­ni­sienne du tra­vail (UGTT) et l'union tu­ni­sienne pour l'in­dus­trie, le com­merce et l'ar­ti­sa­nat (UTI­CA), a com­men­cé avec l'adop­tion par le Conseil des mi­nistres du pro­jet de la loi de fi­nances et le bud­get de l'etat pour l'exer­cice 2017. En ef­fet, le pro­jet adop­té, ne contient pas de men­tion concer­nant les ma­jo­ra­tions sa­la­riales pour 2017 tout en lais­sant une porte lé­gè­re­ment en­trou­verte quant à une pro­bable aug­men­ta­tion au cas où il y au­rait, par mi­racle, un taux de crois­sance as­sez éle­vé par rap­port aux pré­vi­sions. C'est dire que des né­go­cia­tions sont ap­pe­lées à être en­ga­gées entre le gou­ver­ne­ment d'union na­tio­nale et la Cen­trale syn­di­cale pour es­sayer de trou­ver un ac­cord et un éven­tuel re­mo­de­lage du pro­jet adop­té.

La vraie épreuve de force entre le gou­ver­ne­ment et les deux or­ga­ni­sa­tions na­tio­nales, en l’oc­cur­rence l’union gé­né­rale tu­ni­sienne du tra­vail (UGTT) et l’union tu­ni­sienne pour l’in­dus­trie, le com­merce et l’ar­ti­sa­nat (UTI­CA), a com­men­cé avec l’adop­tion par le Conseil des mi­nistres du pro­jet de la loi de fi­nances et le bud­get de l’etat pour l’exer­cice 2017.

En ef­fet, le pro­jet adop­té, ne contient pas de men­tion concer­nant les ma­jo­ra­tions sa­la­riales pour 2017 tout en lais­sant une porte lé­gè­re­ment en­trou­verte quant à une pro­bable aug­men­ta­tion au cas où il y au­rait, par mi­racle, un taux de crois­sance as­sez éle­vé par rap­port aux pré­vi­sions. C’est dire que des né­go­cia­tions sont ap­pe­lées à être en­ga­gées entre le gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale et la Cen­trale syn­di­cale pour es­sayer de trou­ver un ac­cord et un éven­tuel re­mo­de­lage du pro­jet adop­té.

Il faut dire que le gou­ver­ne­ment était dans l’obli­ga­tion « consti­tu­tion­nelle » d’en fi­nir avec ce pro­jet afin de le pré­sen­ter aujourd’hui à l’as­sem­blée des re­pré­sen­tants du peuple (ARP), le dé­lai maxi­mum étant, jus­te­ment, le 15 oc­tobre 2016. Mais il n’en de­meure pas moins qu’un dé­lai sup­plé­men­taire de fait est dis­po­nible pour pro­cé­der à d’éven­tuelles re­touches mais qui ne doivent, en au­cun cas, dé­pas­ser les 55 jours puisque L’ARP doit, im­pé­ra­ti­ve­ment à son tour, vo­ter le pro­jet, au plus tard, le 10 dé­cembre 2016. Et comme d’ha­bi­tude, on va at­tendre la « 90ème mi­nute », comme on dit dans le jar­gon foot­bal­lis­tique, un mi­racle à la tu­ni­sienne pour trou­ver un com­pro­mis ou un consen­sus pour dé­pas­ser les cli­vages, contour­ner les dif­fi­cul­tés et sor­tir de l’im­passe. Ce qui s’an­nonce, au­tre­ment plus dé­li­cat que pour les autres si­tua­tions pré­cé­dentes par les­quelles est pas­sé le pays.

Cette fois-ci, il ne suf­fi­ra plus d’une vo­lon­té po­li­tique et mo­rale pour par­ve­nir à un ter­rain d’en­tente dans la me­sure où il s’agit de don­nées concrètes, scien­ti­fiques et chif­frées. Au­tre­ment dit, ce ne se­ra pas une af­faire de vou­loir mais plu­tôt de pou­voir. Le gou­ver­ne­ment de Yous­sef Cha­hed pour­ra t-il ré­pondre po­si­ti­ve­ment à l’exi­gence de L’UGTT, à sa­voir la mise en place d’un mé­ca­nisme sus­cep­tible de faire sup­por­ter les sa­cri­fices, d’une ma­nière équi­table, à toutes les ca­té­go­ries so­ciales ? Force est de consta­ter que la Cen­trale syn­di­cale est dans ses pleins droits. Il est, en ef­fet, illo­gique et in­juste qu’on fasse sup­por­ter, à chaque fois, le poids des sa­cri­fices aux seuls tra­vailleurs et sa­la­riés, le pou­voir pro­fi­tant du fait qu’il tient les com­mandes de leurs émo­lu­ments pour les ge­ler, les aug­men­ter ou même les faire bais­ser.

Sans ou­blier que les em­ployés et les tra­vailleurs sa­la­riés sont les seuls à s’ac­quit­ter, par le biais de re­te­nues à la source, de leurs im­pôts et de leurs co­ti­sa­tions aux caisses so­ciales sans la moindre pos­si­bi­li­té de dé­ro­bade.

Or, L’UGTT ré­clame, à juste raison, que l’etat trouve le moyen de gon­fler ses re­cettes fis­cales par des pro­cé­dures obli­geant les ci­toyens des pro­fes­sions li­bé­rales à payer. Il est in­juste voire aber­rant qu’un sa­la­rié paie sept à huit fois plus de charges qu’un autre Tu­ni­sies, mé­de­cin, avo­cat, ar­chi­tecte, ex­pert comp­table – pour ne ci­ter que ceux-là, s’en ac­quitte en un an.

Se ba­sant sur la for­mule dite for­fai­taire et re­fu­sant net toute ré­gle­men­ta­tion trans­pa­rente à l’aide d’or­don­nances ou de fac­tures nu­mé­ro­tées, ces gens des pro­fes­sions li­bé­rales ne paient que des sommes dé­ri­soires, voire in­si­gni­fiantes par rap­port à ce qu’ils gagnent réel­le­ment. Ce qui en­gendre un manque à ga­gner co­los­sal pour la Tré­so­re­rie pu­blique. Dans tous les pays du monde, dé­mo­crates et à éco­no­mie dite li­bé­rale, les gens, plus ils gagnent, plus ils paient d’im­pôts alors que chez nous, comme par en­chan­te­ment tu­ni­sien, ceux qui gagnent le moins, paient le plus. Et vice-ver­sa ! De même, L’UGTT ré­clame, en­core une fois à juste raison, à l’etat de prendre le tau­reau par les cornes et de pro­cé­der à une lutte ferme et ef­fi­cace contre le com­merce pa­ral­lèle, la contre­bande et la cor­rup­tion. Et là, on l’a vu, pour peu qu’il y ait la vo­lon­té po­li­tique et le cou­rage, ce se­ra pos­sible. Et c’est le gou­ver­neur de Tu­nis, Omar Man­sour, qui vient de don­ner le ton. Moins d’un mois après sa no­mi­na­tion à la tête du gou­ver­no­rat de Tu­nis, M. Man­sour a éta­bli ses plans en toute dis­cré­tion, sans bruit ni ta­page avant de pas­ser à l’ac­tion.

Après avoir « net­toyé » les deux ar­tères prin­ci­pales du centre ville de Tu­nis, en l’oc­cur­rence l’ave­nue Bour­gui­ba et l’ave­nue de Pa­ris, en fai­sant « dé­ga­ger » les étals anar­chiques, le gou­ver­neur est pas­sé aux choses plus sé­rieuses et, sur­tout, plus dé­li­cates, en s’en pre­nant, non pas uni­que­ment, aux pe­tits mar­chands à la criée, mais aux moyens « pois­sons ». En ef­fet, des des­centes aux dé­pôts de la Rue des Salines, en plein coeur de la ca­pi­tale, vé­ri­tables « ca­vernes d’ali Ba­ba, ont per­mis de sai­sir de grandes quan­ti­tés de mar­chan­dises de contre­bande, plus par­ti­cu­liè­re­ment les ci­ga­rettes qui re­pré­sentent, un des prin­ci­paux pro­duits, avec les car­bu­rants, sur le mar­ché pa­ral­lèle. La va­leur du bu­tin sai­si s’élève, dé­jà, à quelques mil­lions de di­nars.

Or, il s’agit, juste du fruit de des­centes dans une seule rue. Que dire alors de ce qui existe dans l’en­semble des ar­tères de la ca­pi­tale où on s’adonne à ce type de com­merce frau­du­leux ! Et si on gé­né­ra­li­sait cette pro­cé­dure à tout le ter­ri­toire avec les vastes dé­pôts à Jem­mal, Msa­ken, Ben Guer­dane, Mé­de­nine et bien d’autres villes à la fron­tière ouest de la Tu­ni­sie !... Omar Man­sour a as­si­mi­lé ce genre de com­merce au « crime or­ga­ni­sé » en as­su­rant que « les lois sont bien là. Il faut, juste, les ap­pli­quer. Sans mains trem­blantes. Ce­lui qui a peur, n’a qu’à res­ter chez lui et ne pas as­su­mer la res­pon­sa­bi­li­té de re­pré­sen­ter l’au­to­ri­té de l’etat », a-t-il af­fir­mé en sub­stance.

Et si l’on sait que rien qu’à cause des ci­ga­rettes ven­dues en contre­bande, l’etat perd, au bas mot, 500 mil­lions de di­nars par an. Or, si l’on prend en compte les di­vers autres pro­duits, à com­bien se monte le chiffre? Sû­re­ment à des mil­liards et des mil­liards de di­nars. Mais la ques­tion que se pose, dé­sor­mais, les Tu­ni­siens est la sui­vante : Pour­quoi les autres gou­ver­neurs ne font pas la même chose que ce­lui de Tu­nis ? Car, on est ten­té de croire qu’à ce ni­veau, tout dé­pend de la per­son­na­li­té, de la vo­lon­té et du cou­rage du pre­mier res­pon­sable de chaque ré­gion. Il ne faut pas perdre de vue, que M. Man­sour en avait fait de même lors­qu’il était gou­ver­neur de l’aria­na où il a fait un tra­vail en pro­fon­deur puisque le rythme et le train de vie qu’il y a avait im­po­sé de­meurent de ri­gueur jus­qu’aujourd’hui. Ce­la veut-il dire que le chef du gou­ver­ne­ment de­vrait ex­hor­ter les autres gou­ver­neurs à se dé­me­ner et à agir? Ab­so­lu­ment. Les Tu­ni­siens, qui ont for­te­ment ap­plau­di Omar Man­sour, de­ve­nu un hé­ros na­tio­nal, ré­clament une gé­né­ra­li­sa­tion d’une telle conduite pour la pro­pre­té de nos villes et ré­gions aux sens propre et fi­gu­ré du terme. Or, pour ce, Yous­sef Cha­hed de­vrait don­ner l’exemple, de­puis le temps qu’il parle de lutte contre la cor­rup­tion et contre les sit-in anar­chiques en­tra­vant le tra­vail et la pro­duc­tion.

Sans ou­blier que les Tu­ni­siens at­tendent, en­core et tou­jours, l’iden­ti­fi­ca­tion et l’ar­res­ta­tion de grands ba­rons de la cor­rup­tion et de la contre­bande. Sur­tout qu’on nous dit et re­dit qu’ils sont connus et que les dos­siers les in­cri­mi­nant sont so­lides, bien fi­ce­lés et, sur­tout, bien dis­po­nibles.

Alors, du cou­rage M. Cha­hed. Il faut le vou­loir et il ne faut pas avoir peur tant que l’ac­tion se passe dans la lé­ga­li­té…

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