Hol­lande a al­lu­mé le feu, mais peut-il l’éteindre ?

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Fran­çois Hol­lande a ten­té hier, en ex­pri­mant ses «re­grets» aux ma­gis­trats, d’éteindre la zone la plus me­na­çante de l’in­cen­die pro­vo­qué par ses «confi­dences» à des jour­na­listes, mais les dé­gâts semblent loin d’être cir­cons­crits. Le chef de l’etat dit com­prendre la «bles­sure» née de ses propos qua­li­fiant la jus­tice d’»ins­ti­tu­tion de lâ­che­té» pa­rus dans «Un pré­sident ne de­vrait pas dire ça». «C’est un dé­but de ré­ponse. Sans ça, la crise ris­quait de s’en­kys­ter, c’est une ma­nière d’évi­ter ça», a dit à Reu­ters Oli­vier Jan­son, se­cré­taire gé­né­ral ad­joint de l’union syn­di­cale des ma­gis­trats (USM), ma­jo­ri­taire.

Le monde ju­di­ciaire n’est pas le seul à s’être of­fus­qué des propos te­nus lors d’une soixan­taine d’en­tre­tiens avec deux jour­na­listes du Monde. A l’ins­tar de nom­breux élus PS, le pré­sident de l’as­sem­blée na­tio­nale, Claude Bar­to­lone, et le Pre­mier se­cré­taire du Par­ti so­cia­liste, Jeanch­ris­tophe Cam­ba­dé­lis, ont pres­sé le pré­sident de «s’ex­pri­mer vite» pour cla­ri­fier ses propos dont la ré­vé­la­tion ir­rite à six mois de la pré­si­den­tielle.

Claude Bar­to­lone, «stu­pé­fait», s’est in­ter­ro­gé sur la «vo­lon­té» de Fran­çois Hol­lande d’être can­di­dat. «Il y a un grand be­soin d’ex­pli­ca­tion pour com­prendre s’il veut vrai­ment être can­di­dat», a-t-il dit à La Pro­vence. Pour Jean-da­niel Lé­vy, de l’ins­ti­tut de son­dages Via­voice, «ce livre au­rait pu être l’oc­ca­sion de sol­der une par­tie du dé­bat sur son bi­lan et au fi­nal, c’est uni­que­ment la ré­ac­ti­va­tion de ten­sions avec des per­sonnes qui, sur le pa­pier, pour­raient être proches de lui». Dans l’ou­vrage, Fran­çois Hol­lande qua­li­fie, se­lon des propos rap­por­tés, les foot­bal­leurs de «gosses mal édu­qués», juge que l’im­mi­gra­tion est trop im­por­tante et confirme qu’il uti­lise le terme de «sans-dents» pour les pauvres. Des ci­ta­tions cho­quantes que n’a pas man­qué de re­le­ver l’ex-pré­sident Ni­co­las Sar­ko­zy lors du pre­mier dé­bat entre can­di­dats à la pri­maire de la droite, jeu­di soir sur TF1.

Cer­tains voient un «sui­cide po­li­tique» dans cette pa­role li­vrée sans filtre à des jour­na­listes, par­fois en to­tale contra­dic­tion avec ses dis­cours et ses ac­tions de pré­sident. Serge Raf­fy, bio­graphe de Fran­çois Hol­lande, fait même un pont avec l’af­faire du Sofitel qui a fait ex­plo­ser en vol, en 2011, le pro­jet de Do­mi­nique Strauss-kahn de bri­guer l’ely­sée. «L’homme au sou­rire de glace s’est en­fin ‘dé­fou­lé’, en pre­nant le risque de dy­na­mi­ter sa can­di­da­ture à l’élec­tion de 2017», écrit-il dans L’obs, heb­do­ma­daire de gauche, évo­quant «une forme de re­fus du pas­sage à l’acte». En vi­site au Ca­na­da, le Pre­mier mi­nistre Ma­nuel Valls a en­voyé des mes­sages qui peuvent être lus comme des si­gnaux. «Il faut que nos com­por­te­ments (...) soient dignes, soient à la hau­teur de ce que les Fran­çais at­tendent», a-t-il dé­cla­ré lors d’un apar­té avec la presse à Mon­tréal.

«Il faut de la di­gni­té. Il faut de la pu­deur. Il faut de la hau­teur de vue. Il faut être sur des su­jets qui in­té­ressent les Fran­çais et concen­trer sur une seule tâche, ser­vir notre pa­trie et ser­vir nos com­pa­triotes», a ajou­té le chef du gou­ver­ne­ment. Loyal en­vers Fran­çois Hol­lande, Ma­nuel Valls se pose en re­cours à gauche au cas où le pré­sident choi­si­rait de ne pas bri­guer à un se­cond man­dat, ce qu’il di­ra en dé­cembre.

Ces der­nières se­maines, tout sem­blait conduire vers une nou­velle can­di­da­ture pré­si­den­tielle, mal­gré des son­dages dé­sas­treux et les am­bi­tions af­fi­chées des ex-mi­nistres de l’eco­no­mie Em­ma­nuel Ma­cron et Ar­naud Mon­te­bourg.

«Sur le pa­pier, les condi­tions ne sont pas tout à fait réunies, ni au­près des sym­pa­thi­sants de gauche, ni en terme de réus­site éco­no­mique et so­ciale», dit Jean-da­niel Lé­vy. «Mais en confron­ta­tion, Fran­çois Hol­lande reste un can­di­dat cré­dible pour re­pré­sen­ter la gauche à la pré­si­den­tielle». Le dé­pu­té so­cia­liste Sé­bas­tien De­na­ja pense que la crise de ces der­niers jours n’au­ra pas d’in­ci­dence sur la stra­té­gie fu­ture du lo­ca­taire de l’ely­sée. «C’est les jours pro­chains qui le di­ront. Je pense que l’ef­fet né­ga­tif de la pa­ru­tion de ce livre se ré­duit dans le temps. D’abord parce que Fran­çois Hol­lande est l’ac­tion», a-t-il dit à Reu­ters.

Les dé­gâts sur l’opi­nion pour­ront être me­su­rés lors des dé­pla­ce­ments de Fran­çois Hol­lande de sa­me­di à Nice, pour un hom­mage aux vic­times de l’at­ten­tat du 14 juillet, et lun­di à Flo­range, sym­bole des dif­fi­cul­tés de l’in­dus­trie en France.

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