La ba­taille de Mos­soul an­nonce l’après Daech

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Irak

La ba­taille est lan­cée pour re­prendre la deuxième ville d'irak au groupe Etat is­la­mique, qui en avait fait une de ses places fortes dès 2014. L'ONU craint l'émer­gence d'une crise hu­ma­ni­taire ma­jeure. "Le temps de la vic­toire est ve­nu" : la dé­cla­ra­tion so­len­nelle du Pre­mier mi­nistre ira­kien Hai­der al-aba­di à la té­lé­vi­sion ira­kienne, dans la nuit de di­manche à lun­di, a mar­qué le dé­but des opé­ra­tions ter­restres pour re­prendre la deuxième ville du pays, Mos­soul, au groupe dji­ha­diste Etat is­la­mique, qui l'oc­cupe de­puis deux ans. "Un mo­ment dé­ci­sif dans notre cam­pagne contre Daech", a ré­agi Wa­shing­ton par la voix de son se­cré­taire à la Dé­fense Ash­ton Car­ter, es­pé­rant une "dé­faite du­rable" pour l'or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste. Le chef du gou­ver­ne­ment ira­kien n'a pas don­né de pré­ci­sions sur les pre­mières opé­ra­tions mi­li­taires. Elles de­vraient, dans un pre­mier temps, se bor­ner à en­cer­cler la ville, avec l'ap­pui de la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale me­née par les Etatsu­nis, avant le dé­but de vio­lents com­bats de rues. Mais les djihadistes, lour­de­ment ar­més au nombre de 5.000 hommes, ont eu des an­nées pour se pré­pa­rer à cet as­saut et de­vraient vendre chè­re­ment leur peau. Si­tôt l'an­nonce du dé­but des com­bats, L'ONU a ex­pri­mé son in­quié­tude sur le sort des 1,5 mil­lion d'ha­bi­tants de la ville. Ste­phen O'brien, se­cré­taire gé­né­ral ad­joint pour les af­faires hu­ma­ni­taires et l'aide d'ur­gence, se dit "ex­trê­me­ment pré­oc­cu­pé" pour la sé­cu­ri­té des "fa­milles", qui sont pour lui "ex­po­sées à un risque ex­trême d'être prises entre deux feux ou prises pour cibles par des sni­pers". Avant l'an­nonce du lan­ce­ment de l'opé­ra­tion, l'ar­mée ira­kienne avait in­di­qué avoir lar­gué par les airs des di­zaines de mil­liers de tracts sur Mos­soul, dont cer­tains don­nant des consignes de sé­cu­ri­té aux ha­bi­tants en pré­vi­sion de l'of­fen­sive. Le pré­sident russe Vla­di­mir Pou­tine a lui aus­si in­vi­té la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale me­née par les Etats-unis à faire le maxi­mum pour évi­ter des vic­times ci­viles. Lise Grande, co­or­di­na­trice hu­ma­ni­taire de L'ONU pour l'irak, s'est ex­pri­mée au su­jet de la longue ba­taille à ve­nir. "Nous fai­sons tout notre pos­sible pour que toutes les me­sures soient prises dans le cas du pire scé­na­rio hu­ma­ni­taire. Mais nous crai­gnons qu'il y ait en­core beau­coup à faire", ex­plique-telle. "Dans le pire des cas, nous al­lons lit­té­ra­le­ment vers la plus grande opé­ra­tion hu­ma­ni­taire dans le monde en 2016." Se­lon L'ONU, pas moins d'un mil­lion de per­sonnes pour­raient être dé­pla­cées en quelques se­maines : or "il existe une règle in­for­melle se­lon la­quelle au­cune ins­ti­tu­tion ne peut faire face à un mou­ve­ment de po­pu­la­tion de plus de 150.000 per­sonnes à la fois", sou­ligne Li­sa Grande. Le Haut com­mis­sa­riat de L'ONU pour les ré­fu­giés (HCR) es­père pou­voir dis­po­ser de 11 camps d'ici la fin de l'an­née avec une ca­pa­ci­té de 120.000 per­sonnes, tan­dis que les au­to­ri­tés ira­kiennes pensent pou­voir en ac­cueillir 150.000 dans d'autres camps. Mais cer­tains se­ront si­tués dans des zones ac­tuel­le­ment contrô­lées par Daech, ce qui si­gni­fie qu'ils de­vront être construits pen­dant l'opé­ra­tion. De plus, ces dé­pla­ce­ments mas­sifs de po­pu­la­tion pour­raient être ag­gra­vés par l'ar­ri­vée de l'hi­ver et ex­po­ser les ci­vils sans abri aux nuits gla­ciales du dé­sert. Les ha­bi­tants de Mos­soul se­ront en pre­mière ligne au cours des com­bats, pris au piège entre les tirs, les frappes aé­riennes et les bom­bar­de­ments, et pour­raient aus­si être uti­li­sés comme bou­cliers hu­mains par L'EI. Sur les trois grandes villes ira­kiennes re­prises à Daech, seule Fal­lou­ja avait une po­pu­la­tion com­pa­rable à celle de Mos­soul. L'opé­ra­tion militaire avait pro­vo­qué un exode mas­sif de sa po­pu­la­tion, des di­zaines de mil­liers de ci­vils se trou­vant dé­pla­cés ou en­tas­sés dans des camps sur­peu­plés. Les ci­vils fuyant Mos­soul ne pou­vant pro­ba­ble­ment rien ap­por­ter avec eux, les pro­duits de pre­mière né­ces­si­té comme la nour­ri­ture, l'eau ou les vê­te­ments de­vront leur être four­nis, pré­vient Be­cky Ba­kr Ab­dul­la, du Conseil nor­vé­gien pour les ré­fu­giés. Mais "avec un peu de chance, les or­ga­ni­sa­tions hu­ma­ni­taires se­ront en me­sure de leur four­nir l'aide né­ces­saire, pour qu'ils ne passent pas d'un en­fer à un autre".

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