Le pire… et le meilleur !

La Tu­ni­sie s'agite à deux vi­tesses

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Par Kha­led GUEZMIR

Qu'est ce qui agite les Tu­ni­siens à l'aube de cette nou­velle ren­trée po­li­tique et par­le­men­taire de l'au­tomne-été 2017 ! Com­men­çons par ce qui in­quiète… La mo­bi­li­sa­tion tou­jours très ac­cen­tuée du « so­cial-syn­di­cal », qui s'ac­croche à ses « di­vi­dendes » ac­quis sous la pres­sion constante de­puis 2011 et même avant. L'UGTT veut bien du dia­logue so­cial et d'une pause, mais pas tout de suite tant qu'elle n'au­ra pas conso­li­dé les ac­quis des tra­vailleurs sur des aug­men­ta­tions amères pour les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs, mais ju­gées ir­ré­ver­sibles par une cen­trale syn­di­cale qui a pris du vo­lume et de l'as­cen­dant sur toutes les autres for­ma­tions po­pu­laires com­pa­rables sur la scène et qui pèse de tout son poids sur les dé­ci­sions – toutes les dé­ci­sions – du pou­voir exé­cu­tif,y com­pris la po­li­tique gé­né­rale et l'éco­no­mie.

Qu’est ce qui agite les Tu­ni­siens à l’aube de cette nou­velle ren­trée po­li­tique et par­le­men­taire de l’au­tomne-été 2017 ! Com­men­çons par ce qui in­quiète… La mo­bi­li­sa­tion tou­jours très ac­cen­tuée du « so­cial-syn­di­cal », qui s’ac­croche à ses « di­vi­dendes » ac­quis sous la pres­sion constante de­puis 2011 et même avant. L’UGTT veut bien du dia­logue so­cial et d’une pause, mais pas tout de suite tant qu’elle n’au­ra pas conso­li­dé les ac­quis des tra­vailleurs sur des aug­men­ta­tions amères pour les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs, mais ju­gées ir­ré­ver­sibles par une cen­trale syn­di­cale qui a pris du vo­lume et de l’as­cen­dant sur toutes les autres for­ma­tions po­pu­laires com­pa­rables sur la scène et qui pèse de tout son poids sur les dé­ci­sions – toutes les dé­ci­sions – du pou­voir exé­cu­tif,y com­pris la po­li­tique gé­né­rale et l’éco­no­mie.

L’ap­pel à la « mo­bi­li­sa­tion » des syn­di­ca­listes en vue de dé­fendre leurs « droits », an­nonce une an­née 2017, de toutes les me­naces sur la paix so­ciale qui est à peine conva­les­cente de­puis le « hap­py-end » de Pé­tro­fac et la re­prise de la pro­duc­tion au bas­sin mi­nier de Gaf­sa-met­laoui.

Deuxième vo­let in­quié­tant, la per­sis­tance des par­tis is­la­mistes, et à leur tête la cen­trale d’en­nahd­ha, à vou­loir « tri­po­ter » à l’in­fi­ni, l’iden­ti­té cultu­relle et re­li­gieuse de ce pays. Le cheikh Ra­ched Ghan­nou­chi, qui ma­noeuvre jusque là sans faute, pour ser­vir les in­té­rêts de son par­ti sur le court moyen et long terme, n’a pas trou­vé mieux pour re­faire le « buzz » que de dé­fendre « l’is­la­mi­té » de Daëch, mais sous forme de me­naces à peine voi­lées, du genre : « Daëch, c’est l’is­lam en co­lère », ce qui re­vient à dire, alors, te­nez-vous à car­reau, si­non ce se­ra le dé­luge et la co­lère de Daëch avec en pro­jec­tion, les dé­ca­pi­ta­tions à la hache et au cou­teau, l’as­ser­vis­se­ment des femmes ven­dues dans les « souks » du ca­li­fat au plus of­frant et toutes les mer­veilles « sic », de l’is­lam po­li­tique ca­li­fal du temps des té­nèbres ! En­nahd­ha, a beau rec­ti­fier le tir, comme d’ha­bi­tude, pour ras­su­rer, ça ne passe plus.. ! Même Sig­mund Freud, le père de la psy­cha­na­lyse, n’y peut rien, le sub­cons­cient est bien l’ex­pres­sion des dé­si­rs re­fou­lés et des convic­tions pro­fondes qui les ac­com­pagnent… L’is­lam po­li­tique à des de­grés divers, même mo­dé­ré, peut en ca­cher d’autres plus vi­ru­lents et plus fa­na­ti­sés avec au bout du tun­nel… le to­ta­li­ta­risme fas­ciste de Daëch ! Nous sommes bien loin des lueurs d’es­poir de voir En­nahd­ha en­four­cher le che­val du par­ti « ci­vil dé­mo­cra­tique » avec les va­leurs de l’is­lam po­li­ti­sé et non ins­ti­tu­tion­na­li­sé comme pro­mo­teur de « l’etat-cha­riaâ », avec toutes les dé­rives pos­sibles du fait d’in­ter­pré­ta­tions obs­cu­ran­tistes et ré­tro­grades.

D’ailleurs, le vice-pré­sident du mou­ve­ment is­la­miste, cheikh Mou­rou a fait les mêmes er­reurs d’ai­guillage à la té­lé, quand il a com­pa­ré En­nahd­ha à la CDU al­le­mande, et ses lea­ders à la chan­ce­lière An­ge­la Mer­kel. Les choses ne sont pas aus­si simples et l’etat al­le­mand est un Etat laïc au ni­veau ins­ti­tu­tion­nel et la CDU (dé­mo­cra­tie chré­tienne) n’est pas un par­ti re­li­gieux, qui en­cadre les églises et les prêtres d’al­le­magne ! Idem pour la Grande-bre­tagne, quand cheikh Mou­rou parle de la reine Eli­sa­beth, comme étant la pré­si­dente et le chef de l’église an­gli­cane et donc, une sorte de pa­pau­té dé­gui­sée « pro­tes­tante », il es­saie de nous prendre pour des ta­rés par­mi les ca­nards sau­vages !

A titre de rap­pel his­to­rique, le roi d’an­gle­terre est de­ve­nu le chef de l’église an­gli­cane pour échap­per jus­te­ment à la tu­telle du Pape ca­tho­lique et du Vatican, et pour faire de l’an­gle­terre ce qu’elle est, une mo­nar­chie consti­tu­tion­nelle et laïque en puis­sance. Les « ma­noeuvres » des lea­ders nahd­haouis ne font que ren­for­cer les Tu­ni­siennes et les Tu­ni­siens dans leurs convic­tions et mé­fiance, que En­nahd­ha n’est que le dé­ri­vé du par­ti « frères mu­sul­mans » d’egypte stra­té­gi­que­ment, et que tout le reste n’est qu’adap­ta­tion tac­tique à l’évé­ne­men­tiel et aux exi­gences des étapes pour éta­blir une ré­pu­blique « is­la­mique » pro­non­cée en Tu­ni­sie. Pas­sons main­te­nant à ce qui ras­sure ! D’abord, la mo­bi­li­sa­tion, cette fois la bonne, des amis de la Tu­ni­sie. Le Conseil de l’eu­rope pro­met plus d’aide pour 2017 et jus­qu’à 2020. Le mi­nistre Ab­del­ke­fi es­saie aus­si de créer les condi­tions op­ti­males pour faire ve­nir le maxi­mum d’in­ves­tis­seurs, et ins­ti­tu­tions fi­nan­cières mon­diales au Fo­rum de l’in­ves­tis­se­ment pré­vu fin no­vembre à Tu­nis.

Pour ce­la, il faut que toutes les par­ties et sur­tout les syn­di­cats, fassent preuve de re­te­nue pour don­ner la bonne image d’une Tu­ni­sie dé­mo­cra­tique, so­ciale et li­bé­rale, mais stable et cré­dible, dans sa vo­lon­té de fa­ci­li­ter et pro­mou­voir l’in­ves­tis­se­ment. A notre humble avis, il faut mettre en sour­dine toutes les mo­bi­li­sa­tions so­ciales à vou­loir sa­tis­faire des exi­gences ir­réa­listes et ac­cu­mu­lées de­puis six ans et les me­naces à peine voi­lées de nou­velles grèves et sit-in.

Es­pé­rons que le sens de la res­pon­sa­bi­li­té triom­phe­ra et au­ra le des­sus sur les « ba­tailles » de po­si­tion­ne­ment et d’ap­pro­pria­tion de l’etat et de la dé­ci­sion po­li­tique et éco­no­mique, pour les ir­ré­duc­tibles de toutes les cha­pelles, pres­sées de prendre les com­mandes de ce pays af­fai­bli ! Les Tu­ni­siens ont aus­si leur mot à dire dans tout ce­la. Son­dez-les… et vous ver­rez !

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