Les ré­gions au coeur de l'ave­nir

Com­plexe cultu­rel de Kai­rouan

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Ha­tem BOURIAL

Le ré­seau ré­gio­nal du mi­nis­tère des Af­faires cultu­relles connaît ac­tuel­le­ment une im­por­tante im­pul­sion ve­nant d'un mi­nistre qui se dé­place beau­coup et va sur le ter­rain. Nom­breuses, les ac­tions cultu­relles en ré­gion sont peu connues car peu mé­dia­ti­sées. L'exemple du com­plexe cultu­rel As­sad Ibn Fou­rat à Kai­rouan illustre bien ce pa­ra­doxe.

Com­plexe cultu­rel de Kai­rouan

Le ré­seau ré­gio­nal du mi­nis­tère des Af­faires cultu­relles connaît ac­tuel­le­ment une im­por­tante im­pul­sion ve­nant d'un mi­nistre qui se dé­place beau­coup et va sur le ter­rain. Nom­breuses, les ac­tions cultu­relles en ré­gion sont peu connues car peu mé­dia­ti­sées. L'exemple du com­plexe cultu­rel As­sad Ibn Fou­rat à Kai­rouan illustre bien ce pa­ra­doxe. Ani­mé par Moul­di Ani­zi, ce centre en­grange les suc­cès mais reste ano­nyme à l'échelle na­tio­nale et cette équa­tion concerne la ma­jo­ri­té du ré­seau du ser­vice pu­blic de la culture, ac­tif dans la proxi­mi­té mais in­vi­sible dans les mé­dias...

Ob­ser­ver l'ac­ti­vi­té des centres et com­plexes cultu­rels du ré­seau du mi­nis­tère des Af­faires cultu­relles à l'in­té­rieur du pays per­met de consta­ter que pour ce dé­par­te­ment, il n'y a ni centre ni pé­ri­phé­rie mais une vo­lon­té po­li­tique af­fir­mée de faire par­ti­ci­per les ré­gions à la vie cultu­relle.

Pour ce­la, les dé­lé­ga­tions cultu­relles ré­gio­nales sont un ou­til pré­cieux et sou­vent ef­fi­cace dans l'ani­ma­tion du ré­seau. De plus, les di­rec­teurs des centres et com­plexes cultu­rels peuvent éga­le­ment ap­por­ter une pré­cieuse contri­bu­tion à l'édi­fice en fai­sant preuve d'au­dace, d'ima­gi­na­tion et de sens de la proxi­mi­té. Mo­ha­med Zi­ne­la­bi­dine, nou­veau mi­nistre des Af­faires cultu­relles, a ain­si très ra­pi­de­ment pris le pouls des ré­gions avec une im­pres­sion­nante sé­rie de dé­pla­ce­ments au cours de ce der­nier mois. C'est en outre sur­tout vers le sud et l'ouest du pays que le mi­nistre a ef­fec­tué ses prin­ci­pales vi­sites aus­si bien pour si­gna­ler que c'est dans ces ré­gions que le bât blesse et que l'ac­tion cultu­relle s'im­pose que pour mettre en va­leur et en mou­ve­ment un po­ten­tiel énorme mais ra­re­ment ex­ploi­té.

Ca­rences mé­dia­tiques et gi­se­ments d'op­por­tu­ni­tés

Par­tout dans le pays, des gi­se­ments d'op­por­tu­ni­tés existent bel et bien et il est d'une im­por­tance vi­tale que le dé­par­te­ment de la culture les mette en co­hé­rence. Fort de cette op­tion de la pri­mau­té de l'ac­tion en ré­gions pour ad­ju­vant stra­té­gique de la cen­tra­li­té de la ca­pi­tale en ma­tière d'équi­pe­ments cultu­rels, le mi­nistre est en train d'ef­fec­tuer une vé­ri­table ré­vo­lu­tion co­per­ni­cienne dans le ré­seau de son ins­ti­tu­tion. Af­fir­mant que les mai­sons de la culture ne sau­raient être des struc­tures d'em­bri­ga­de­ment, dé­plo­rant le ca­rac­tère par trop cen­tra­li­sa­teur de

notre vie cultu­relle, Zi­ne­la­bi­dine offre une nou­velle chance au ré­seau du mi­nis­tère tout en contri­buant à pous­ser ses ani­ma­teurs à mieux ac­com­plir leur mis­sion de ser­vice pu­blic. Car des ani­ma­teurs, il y en a beau­coup dans des ré­gions qui, mal­gré leur im­por­tance, res­tent en­cla­vées mé­dia­ti­que­ment. Ain­si, si nous pre­nons l'exemple d'un seul centre cultu­rel, en l'oc­cur­rence ce­lui de Kai­rouan, nous consta­te­rons que son ac­ti­vi­té est non seule­ment digne d'in­té­rêt mais pour­rait te­nir la dra­gée haute aux centres cultu­rels pu­blics ou pri­vés de la ca­pi­tale.

En ce sens, le maillon faible se si­tue bel et bien dans une cer­taine ca­rence mé­dia­tique, dans une in­ca­pa­ci­té à cou­vrir toutes les ac­tions du mi­nis­tère dans tout le ter­ri­toire. Com­ment dès lors faire connaître les ini­tia­tives ori­gi­nales, le vé­cu au quo­ti­dien de cen­taines de centres cultu­rels? Com­ment of­frir aux mé­dia­teurs de culture plus de rayon­ne­ment alors que la cou­ver­ture glo­bale de l'ac­tion cultu­relle dans les me­dias tend à s'étio­ler?

Les en­jeux sont de taille car il s'agit ni plus ni moins de la vi­si­bi­li­té de la culture en ré­gions et de la ma­nière de la re­layer pour qu'elle soit at­trac­tive pour les usa­gers d'un ré­seau qui, mal­gré sa ri­chesse, de­meure pa­ra­doxa­le­ment peu fré­quen­té dans cer­tains cas. Il faut le dire: il se passe beau­coup de choses dans les mai­sons de la culture mais qua­si­ment au­cun me­dia (sauf quelques ra­dios du ser­vice pu­blic) ne s'en sou­cie.

Ce­la re­vient en fait à une oc­cul­ta­tion pure et simple des ef­forts de tra­vailleurs de proxi­mi­té qui, non contents de se trou­ver en pé­ri­phé­rie, se trouvent éga­le­ment mar­gi­na­li­sés et pé­na­li­sés par une in­fo-sphère seule­ment sou­cieuse de culture de masses.

Cette si­tua­tion es en train heu­reu­se­ment d'évo­luer grâce à l'ac­tion éner­gique du nou­veau mi­nistre qui, ne se conten­tant pas de voeux pieux, va sur le ter­rain, af­fronte les dif­fi­cul­tés, dé­busque les aber­ra­tions qui ont la vie dure et ré­anime un ré­seau de plu­sieurs cen­taines d'uni­tés si l'on compte mu­sées, mai­sons de la culture et bi­blio­thèques pu­bliques.

A Kai­rouan, une ac­tion cultu­relle plu­rielle...

Si nous pre­nions donc un seul exemple, nous consta­te­rions que l'ac­tion cultu­relle va dans le bon sens. Nous choi­sis­sons ici Kai­rouan mais ce­la au­rait pu être Sbi­ba, Si­lia­na ou Bé­ja, pour res­ter dans un en­vi­ron­ne­ment si­mi­laire. Di­ri­gé par Moul­di Ani­zi, le com­plexe cultu­rel As­sad Ibn Fou­rat de Kai­rouan ne chôme pas. Loin de là. En ce mo­ment, du 19 au 21 oc­tobre, il s'y dé­roule un fes­ti­val de la gui­tare avec une forte par­ti­ci­pa­tion ré­gio­nale. De même, de­puis le 15 oc­tobre, une ex­po­si­tion des pho­to­graphes de la ré­gion rend hom­mage au pa­tri­moine his­to­rique et hu­main de Kai­rouan avec des oeuvres su­perbes et des ar­tistes peu connus dans la ca­pi­tale mais dont le tra­vail est fort res­pec­table.

Fin oc­tobre, le com­plexe cultu­rel se pré­pare à par­ti­ci­per aux JCC et or­ga­ni­se­ra par ailleurs une ex­po­si­tion-vente réa­li­sée par les dé­te­nus de la pri­son d'el Houa­reb dans le cadre d'un pro­jet cultu­rel. On pour­rait ain­si énu­mé­rer les nom­breuses ac­tions en cours à l'ins­tar du sa­lon an­nuel des arts plas­tiques qui se tien­dra en dé­cembre à la salle Mo­ha­med Hlioui ou le pro­gramme am­bi­tieux de la ma­ni­fes­ta­tion "Théâtre/poé­sie" qui se tien­dra en no­vembre en col­la­bo­ra­tion avec le centre des arts dra­ma­tiques et scé­niques de la ré­gion. A la même pé­riode de­vrait se te­nir le fes­ti­val du Théâtre pour en­fants, une ma­ni­fes­ta­tion très sui­vie.

Ce qui im­porte tou­te­fois, c'est de sou­li­gner les constantes de cette ac­tion: ou­ver­ture sur l'uni­ver­si­té et la so­cié­té ci­vile, de­voir de par­ti­ci­pa­tion de toutes les ca­té­go­ries, re­la­tion ou­verte au pa­tri­moine et créa­tion d'évé­ne­ments struc­tu­rants. Le centre cultu­rel de Kai­rouan grouille de vie lors­qu'on le com­pare à ceux de la ca­pi­tale. Pour­quoi? Parce qu'il a gar­dé un sta­tut qui en fait un re­père pour les ar­tistes et in­tel­lec­tuels de la ré­gion. On y voit des pro­fes­seurs des beaux-arts, des étu­diants, des élèves, des ar­tistes ou des mu­si­ciens. En fait, la vie cultu­relle dans la ville se vit sur­tout dans ce centre qui a en­core la fonc­tion qu'avait une mai­son de la culture dans la ca­pi­tale, il y a trente ans. Pour­tant, nous ne sa­vons rien ou pas grand chose de ce vé­cu à cause de dé­faillances mé­dia­tiques et d'une désaf­fec­tion des mé­dias pour la culture en gé­né­ral. Alors que la culture dans les mé­dias mas­quait le vide po­li­tique, la li­bé­ra­tion de la pa­role po­li­ti­cienne a re­fou­lé la culture sur les marges.

Il est im­por­tant de se pen­cher sur les ex­pé­riences ré­gio­nales. Celle de Kai­rouan est aus­si struc­tu­rée par des ma­ni­fes­ta­tions comme les Jour­nées Paul Klee ou en­core le fes­ti­val du Théâtre contem­po­rain et le fes­ti­val du Mo­no­logue. Ci­tons aus­si le nou­vel­le­ment créé fes­ti­val de mu­sique sou­fi et spi­ri­tuelle ou en­core les in­con­tour­nables ma­ni­fes­ta­tions qui ac­com­pagnent le Mou­led.

Dé­serts cultu­rels ou ré­gions mé­con­nues?

Con­cluons sous la forme d'une ques­tion: qui par­mi les cri­tiques d'art connaît les tra­vaux de Ab­del­ha­mid Tha­bou­ti, Ab­del­la­tif Romd­ha­ni ou Slim Ma­mi. Pour­tant, leurs tra­vaux plas­tiques mé­ritent bien des éloges. Puisse cet exemple nous faire ré­flé­chir sur la réa­li­té de l'ac­tion cultu­relle en ré­gions qui mal­heu­reu­se­ment conti­nue à nous échap­per.

Il est temps d'al­ler sur le ter­rain, à l'image du mi­nistre en per­sonne, pour re­layer les ini­tia­tives les plus ori­gi­nales et sa­luer le tra­vail des ani­ma­teurs les plus mé­ri­tants. Il est temps aus­si de ces­ser de se dé­faus­ser en in­vo­quant des dé­serts cultu­rels pour qua­li­fier des réa­li­tés que nous ne connais­sons pas, qui sont pleines de sève mais res­tent peu connues a l'échelle na­tio­nale, la seule qui semble comp­ter pour des mé­dias qui, cinq ans après 2011, conti­nuent à su­per­be­ment igno­rer des ré­gions en­tières en les confi­nant dans l'ou­bli...

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