CHRO­NIQUE Un mé­de­cin qui nous ho­nore…

Le Temps (Tunisia) - - La Une -

Cer­tains pro­noncent le ser­ment d'hy­po­crite, et ne s'en dé­dient pas. Ils n'ont pas em­bras­sé une vo­ca­tion, pas épou­sé un sa­cer­doce, pas fait leurs voeux en somme, mais mi­sé sur une si­tua­tion, à même de leur as­su­rer des ar­rières confor­tables, sans s'at­tar­der outre-me­sure, sur d'autres as­pects, tou­chant à l'hu­main, qu'ils peuvent ren­con­trer en che­min.

Cer­tains pro­noncent le ser­ment d’hy­po­crite, et ne s’en dé­dient pas. Ils n’ont pas em­bras­sé une vo­ca­tion, pas épou­sé un sa­cer­doce, pas fait leurs voeux en somme, mais mi­sé sur une si­tua­tion, à même de leur as­su­rer des ar­rières confor­tables, sans s’at­tar­der outre-me­sure, sur d’autres as­pects, tou­chant à l’hu­main, qu’ils peuvent ren­con­trer en che­min. S’ils font bien leur tra­vail, c’est dé­jà es­ti­mable en soi, vu l’état de dé­li­te­ment gé­né­ral, et de dé­li­ques­cence, que connaît le pays, en proie à mille cham­bou­le­ments, qui n’ont pas eu que des im­pacts po­si­tifs sur des sec­teurs en­tiers, dont ce­lui de la san­té qui n’est pas en reste, loin s’en faut… Toutes pro­por­tions gar­dées comme ce­la va de soi ! Sa­chant qu’il est tout aus­si vrai, que s’in­ves­tir hu­mai­ne­ment, au-de­là des exi­gences in­hé­rentes à la pro­fes­sion, ce­la peut être très épui­sant. Car il faut mi­ser sur la du­rée, et ne peut pas qui veut. Parce que, s’in­ves­tir sur la du­rée est un exer­cice de haute-vol­tige. S’il ne coule pas de source, si c’est un acte au for­ceps, ses re­tom­bées peuvent être dé­sas­treuses. Par contre, si ce­la part du coeur, na­tu­rel­le­ment, comme on res­pire, ce­la vous le rend au cen­tuple, et vous donne des ailes, afin de pour­suivre son che­min. Sa­mir Khe­mi­li, mé­de­cin exer­çant à Gaf­sa, a ho­no­ré son ser­ment. Hip­po­crate n’au­ra pas à se re­tour­ner dans sa tombe. La trans­mis­sion s’est faite en­core une fois. De la plus belle des fa­çons. En es­sayant de dis­traire, par la conver­sa­tion, un en­fant de dix-ans qui s’était frac­tu­ré une jambe, lui po­sant une ques­tion sur l’école, il ne s’at­ten­dait, sans doute pas à la ré­ponse: à sa­voir que l’en­fant en ques­tion n’avait ja­mais pu être sco­la­ri­sé, sa si­tua­tion fa­mi­liale étant trop pré­caire, pour pou­voir lui as­su­rer de quoi pou­voir re­joindre l’école, le pri­vant ain­si de son droit le plus élé­men­taire à l’édu­ca­tion. Une in­for­ma­tion qui au­rait pu tom­ber dans l’oreille d’un sourd. Mais ce ne fut pas le cas. Le mé­de­cin, bou­le­ver­sé par ce qu’il ve­nait d’ap­prendre a fait le né­ces­saire avec les ins­tances concer­nées, pour y pal­lier. Il n’était pas obli­gé. Il au­rait pu pas­ser outre. Il ne l’a pas fait. L’usure des jours ain­si que l’in­dif­fé­rence qui peut être très cri­mi­nelle par­fois, n’ont pas réus­si à ac­com­plir sur lui leur tra­vail de sape. Son sens de l’écoute a fait le reste. Ce­la peut pa­raître évident, mais ça ne l’est pas. Dans un monde où le « quant-à-soi » et le « cha­cun pour soi » n’ont de cesse de prendre le des­sus sur toutes autre consi­dé­ra­tions, ce­la met du baume sur le coeur et ouvre la porte à l’es­poir. Il com­men­çait à se faire rare. Cha­peau le mé­de­cin…

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