Of­fen­sive sur Mos­soul, les ci­vils pris entre deux feux

Le Temps (Tunisia) - - La Une -

Des cen­taines de mil­liers de ci­vils tentent de fuir les bom­bar­de­ments à Mos­soul. Le Conseil nor­vé­gien des ré­fu­giés se co­or­donne avec d’autres ONG pour s’as­su­rer que les per­sonnes qui fuient les af­fron­te­ments soient pris en charge. Ils ap­pellent à la créa­tion de routes sûres pour faire sor­tir les fa­milles des zones de com­bat. Jeu­di 19 oc­tobre, une réunion in­ter­na­tio­nale sur l’ave­nir po­li­tique de Mos­soul se tien­dra à Pa­ris.

La ba­taille de Mos­soul s’en­gage, et elle éveille les craintes des ONG de dé­fense des droits de l’homme. C’est le cas d’am­nes­ty In­ter­na­tio­nal. L’ONG pu­blie un rap­port sur les exac­tions des mi­lices chiites et des forces gou­ver­ne­men­tales. Chaque re­cul de l’etat is­la­mique pousse des mil­liers de sun­nites sur les routes. Des ré­fu­giés qui sont sou­vent pris pour cible, et qui payent pour les hor­reurs de Daech. Pour Ni­na Walch, co­or­di­na­trice des conflits ar­més pour Am­nes­ty France, la pers­pec­tive de voir des mil­liers d’ha­bi­tants de Mos­soul sur les routes ira­kiennes est une vraie in­quié­tude en termes d’abus com­mis par les mi­lices pa­ra­mi­li­taires et les forces gou­ver­ne­men­tales ira­kiennes. « On a dé­jà pu voir ça dans le pas­sé et no­tam­ment lors de la re­prise de Fal­lou­jah et les zones voi­sines en mai et juin. C’est à cette oc­ca­sion-là qu’on a pu voir que ces mi­lices, mais aus­si les forces gou­ver­ne­men­tales, ont ar­rê­té, tor­tu­ré et même exé­cu­té des ci­vils qui se sont échap­pés des zones contrô­lées par l’etat is­la­mique». Karl Schem­bri, co­or­di­na­teur du Conseil nor­vé­gien des ré­fu­giés en Irak ap­pré­hende lui aus­si la si­tua­tion pour les ha­bi­tants de Mos­soul, pris entre deux feux: «Tout le monde reste chez soi. Les gens sont ter­ri­fiés. Ils at­tendent et se pré­parent au pire. Ces per­sonnes font face à un di­lemme ter­ri­ble­ment dif­fi­cile! Soit ils res­tent dans leur mai­son et risquent d’être pris dans les com­bats, les frappes aé­riennes, l’ar­tille­rie ou les tirs d’obus. Ils prennent aus­si le risque que leurs mai­sons soient oc­cu­pées par l’or­ga­ni­sa­tion de l’etat is­la­mique et qu’ils soient uti­li­sés comme des bou­cliers hu­mains. Soit ils es­saient de fuir en pre­nant le risque d’être tués par des ti­reurs em­bus­qués ou des ex­plo­sifs lais­sés au bord des routes.

Les di­plo­mates s’in­ter­rogent sur le fu­tur de Mos­soul

L’of­fen­sive contre Mos­soul, der­nier grand fief ur­bain de l’etat is­la­mique en Irak, est lan­cée, mais nombre de ques­tions se posent sur ce qu’il convien­dra de faire une fois la ville re­prise. A Wa­shing­ton, des res­pon­sables de l’ad­mi­nis­tra­tion amé­ri­caine ne cachent pas leur in­quié­tude. Le nord de l’irak est une pou­drière eth­nique et les risques d’un dé­chaî­ne­ment de vio­lences in­ter­com­mu­nau­taires que le pays a connues sont grands. Et puis les dji­ha­distes de L’EI sont en si­tua­tion de fai­blesse sur le plan mi­li­taire et c’était donc le mo­ment pour les forces ira­kiennes, sou­te­nues par la coa­li­tion sous com­man­de­ment amé­ri­cain, de frap­per.

«Si l’on es­saie de tout ré­soudre (en Irak) avant Mos­soul, Daech ne quit­te­ra ja­mais la ville,» ex­pli­quait ce mois-ci Brett Mc­gurk, émis­saire spé­cial du pré­sident Ba­rack Oba­ma.

Cer­tains à Wa­shing­ton sou­hai­taient la conclu­sion d’ac­cords po­li­tiques à Bag­dad avant le dé­clen­che­ment de l’of­fen­sive mi­li­taire. D’autres pensent le contraire.

Néan­moins, l’his­toire ré­cente des in­ter­ven­tions mi­li­taires amé­ri­caines dans la ré­gion ne prête guère à l’op­ti­misme.

En 2003, les Etats-unis ont en­va­hi l’irak, dé­fait Sad­dam Hus­sein mais, tous les spé­cia­listes de la ques­tion en conviennent, n’avaient pas de vi­sion claire d’un Irak post-sad­dam, et pas as­sez de troupes sur le ter­rain. Cette fois, Ba­rack Oba­ma semble sou­cieux de voir les dji­ha­distes perdre au­tant de ter­rain et d’in­fluence que pos­sible avant son dé­part de la Mai­son blanche en jan­vier. Mais, dans les mi­lieux de la dé­fense et des ser­vices de ren­sei­gne­ment, on se de­mande si l’ar­mée ira­kienne a les moyens de me­ner de ma­nière ef­fi­cace à Mos­soul une mis­sion qui pour­rait prendre des se­maines, voire des mois à ac­com­plir.

Sans par­ler de ce que cer­tains dé­peignent comme un cau­che­mar lorsque Sun­nites, Kurdes et Chiites vou­dront tous leur part du gâ­teau de Mos­soul, en conser­vant les zones que leurs forces au­ront re­prises.

Face aux risques de vio­lences à ca­rac­tère confes­sion­nel, si fré­quentes en Irak, un plan est pré­vu une fois la vic­toire à Mos­soul ac­quise, dit-on à Wa­shing­ton.

Il pré­voit le re­tour aux af­faires du gou­ver­neur de la pro­vince de Ni­nive, Nau­fal al Akoub, et la di­vi­sion de la ville en dis­tricts avec un maire à la tête de cha­cun d’eux. Nau­fal al Akoub gou­ver­ne­ra aux cô­tés d’un haut re­pré­sen­tant en­voyé par Bag­dad et d’un autre d’ir­bil, la ca­pi­tale du Kur­dis­tan au­to­nome.

La po­pu­la­tion lo­cale est ma­jo­ri­tai­re­ment sun­nite, alors les au­to­ri­tés ira­kiennes ont éloi­gné les mi­lices chiites des Forces de mo­bi­li­sa­tion po­pu­laire, qui ont pour mis­sion de re­prendre à L’EI la ville de Haouid­ja, à une cen­taine de ki­lo­mètres au sud.

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