Yous­sef Cha­hed risque gros s'il ne s'at­taque pas aux «gros pois­sons» !

Les pe­tites me­sures du gou­ver­ne­ment for­te­ment cri­ti­quées

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Nou­red­dine HLAOUI

Les pe­tites me­sures du gou­ver­ne­ment for­te­ment cri­ti­quées

En ces jours où tout bouillonne dans le pays, où tout le monde parle d'une Tu­ni­sie au bord de la faillite, où même la chute de ce gou­ver­ne­ment d'union na­tio­nale est évo­quée comme une pro­ba­bi­li­té réelle par Yous­sef Cha­hed en per­sonne dans une in­ter­view pu­bliée, par un jour­nal de la place, toutes les for­ma­tions po­li­tiques et autres or­ga­ni­sa­tions na­tio­nales ain­si que les com­po­santes de la so­cié­té ci­vile conti­nuent à se cha­mailler comme si de rien n'était.

En ces jours où tout bouillonne dans le pays, où tout le monde parle d’une Tu­ni­sie au bord de la faillite, où même la chute de ce gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale est évo­quée comme une pro­ba­bi­li­té réelle par Yous­sef Cha­hed en per­sonne dans une in­ter­view pu­bliée, par un jour­nal de la place, toutes les for­ma­tions po­li­tiques et autres or­ga­ni­sa­tions na­tio­nales ain­si que les com­po­santes de la so­cié­té ci­vile conti­nuent à se cha­mailler comme si de rien n’était.

Il n’y a pas très long­temps, le terme de « faillite » était ta­bou ou presque. Per­sonne n’osait fran­chir le pas pour le pro­non­cer, voire tout sim­ple­ment l’évo­quer. Au­jourd’hui, le vo­cable est sur toutes les lèvres et cou­ché par toutes les plumes. Et tout en men­tion­nant le ca­rac­tère gra­vis­sime de l’éven­tua­li­té de la faillite, tout le monde se contente, jus­qu’à pré­sent, de simples pa­roles et per­sonne ne semble y croire. Tout le monde semble convain­cu que le pays fi­ni­ra par s’en sor­tir, comme il est par­ve­nu, tou­jours, à le faire, dans la me­sure où tout un cha­cun reste per­sua­dé que l’etat fi­ni­ra par s’ar­ran­ger et trou­ver le re­mède à cet « ogre » qui me­nace de tout prendre… Tout le monde a l’air de dire : Pour­quoi moi et pas l’autre ? Ou bien le far­deau est sup­por­té par tous et en même temps ou bien per­sonne ne fe­ra un pas en avant. Le rai­son­ne­ment semble lo­gique et im­pla­cable et c’est l’union gé­né­rale tu­ni­sienne du tra­vail (UGTT) qui a bran­di l’ar­gu­ment en pre­mier pour la simple rai­son que la loi de fi­nances pré­voit un gel des aug­men­ta­tions sa­la­riales du­rant les trois pro­chaines an­nées.

Et, pour cette fois-ci, on ne peut blâ­mer la Cen­trale syn­di­cale qui dé­fend les tra­vailleurs et leur droit à une vie digne et dé­cente et re­fuse que les sa­la­riés soient les pre­miers ou les seuls à payer les frais de l’aus­té­ri­té, de­ve­nue une réa­li­té avec la­quelle il faut com­po­ser. L’UGTT a rai­son car elle es­time in­juste que ce soient les ca­té­go­ries les plus vul­né­rables à être contraintes de payer les pots cas­sés. Le gou­ver­ne­ment ré­torque que ce n’est pas lui qui veut ain­si, mais que ce sont les condi­tions préa­lables im­po­sées par le Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal (FMI). Mais une ques­tion se pose ici : Pour­quoi le FMI ne pose t-il pas comme pre­mière condi­tion sine qua non, celle de mettre fin à l’éva­sion fis­cale de la part des pro­fes­sions li­bé­rales et cer­taines en­tre­prises éco­no­miques, sans ou­blier, bien en­ten­du et sur­tout, le fléau de la contre­bande qui cause un manque à ga­gner de mil­liards de di­nars pour la Tré­so­re­rie pu­blique? En at­ten­dant une ré­ponse claire et convain­cante à cette ques­tion, le gou­ver­ne­ment de Yous­sef Cha­hed conti­nue à faire pres­sion sur le Syn­di­cat pour lui sou­ti­rer un « oui » qu’il veut faire pré­va­loir au­près du FMI en vue d’ar­ra­cher le feu vert et d’ou­vrir la voie à de nou­veaux cré­dits et autres in­ves­tis­se­ments. Le gou­ver­ne­ment use de tous les stra­ta­gèmes de per­sua­sion et de dis­sua­sion en­vers la Cen­trale syn­di­cale en al­lant jus­qu’à lui pro­mettre de consi­dé­rer ces aug­men­ta­tions re­por­tées comme étant une dette que l’etat s’en­gage à res­ti­tuer au mo­ment op­por­tun. Mais L’UGTT, tout en res­tant ferme sur ses prin­cipes, an­nonce qu’elle de­meure dis­po­sée à pour­suive le dia­logue tout en es­pé­rant un geste de bonne vo­lon­té du gou­ver­ne­ment prou­vant qu’il oeuvre sé­rieu­se­ment à faire payer les autres ca­té­go­ries so­ciales, no­tam­ment celles ai­sées. Or, en com­men­çant par les avo­cats avec l’ins­tau­ra­tion de nou­veaux pro­cé­dés en vue de leur faire payer les taux ré­gle­men­taires sur leurs re­ve­nus vé­ri­diques, le gou­ver­ne­ment vient de su­bir le cour­roux de toute la pro­fes­sion dont le Conseil de l’ordre me­nace de re­cou­rir à toutes les formes d’es­ca­lade avec, d’ores et dé­jà, une dé­ci­sion consis­tant en l’or­ga­ni­sa­tion, de­main ven­dre­di 21 cou­rant, d’une jour­née de co­lère et de grève gé­né­rale ac­tive dans tous les tri­bu­naux du pays et la fer­me­ture de leurs ca­bi­nets ! A no­ter que les avo­cats évoquent un sé­rieux risque d’ap­pau­vris­se­ment des dé­fen­seurs de la veuve et de l’or­phe­lin, un corps qu’ils qua­li­fient de « vul­né­rable » et sans sources de « re­ve­nus éle­vés » comme veulent le faire croire cer­tains. Et à leur tour de s’in­ter­ro­ger pour­quoi le gou­ver­ne­ment s’adresse t-il à eux et pour­quoi pas aux mé­de­cins, aux phar­ma­ciens, aux ar­chi­tectes, aux bu­reaux d’études, etc.

Quant aux pa­trons, par le biais de leur or­ga­ni­sa­tion, L’UTICA, ils es­timent qu’ils sont prêts à faire un ef­fort à condi­tion qu’il y ait une amé­lio­ra­tion de la pro­duc­tion et de la pro­duc­ti­vi­té et que l’etat fasse un ef­fort sup­plé­men­taire contre le com­merce pa­ral­lèle, nui­sible aux com­merces qui paient leur pa­tente et leurs impôts. Ain­si, le risque de conti­nuer à tour­ner en rond comme dans un cercle vi­cieux est très grand, dans le sens où les caisses de l’etat, vides, ne par­viennent pas à être ren­flouées de si tôt, chaque par­tie di­sant : Pour­quoi moi d’abord et pas l’autre ?

Par contre, Yous­sef, qui s’est en­ga­gé à lut­ter contre la cor­rup­tion et à mettre les cor­rom­pus en pri­son, n’a rien fait de ce cô­té-là jus­qu’à pré­sent.

Bien sûr, on a vu l’initiative cou­ra­geuse et sa­lu­taire en­tre­prise par le gou­ver­neur de la ca­pi­tale, Omar Man­sour, mais ce­la de­meure trop in­suf­fi­sant et très en de­çà des at­tentes du com­mun des ci­toyens qui veut la chute des grands ba­rons ou, comme on veut les ap­pe­ler, des « gros pois­sons ».

Le hic, c’est que, d’après tous les cercles proches du pou­voir, ces « grands » sont connus no­mi­na­ti­ve­ment et par la na­ture du « bu­si­ness » pra­ti­qué, preuves et do­cu­ments à l’ap­pui. Pour­quoi ne les épingle t-on pas ? Yous­sef Cha­hed avance que l’opé­ra­tion s’an­nonce dé­li­cate, sans ex­pli­ci­ter pour­quoi ? Le chef du gou­ver­ne­ment ayant même ré­vé­lé, en pri­vé, que les moyens ad­mi­nis­tra­tifs, né­ces­saires pour me­ner une pa­reille lutte, se­raient « gan­gré­nés » !

L’autre hic, c’est que la lutte contre ce fléau est le moyen sus­cep­tible de rap­por­ter le plus à la Tré­so­re­rie. Si l’on sait que des des­centes, chez des moyens four­nis­seurs, dans une seule rue ou deux du centre ville de Tu­nis, ont pu ra­me­ner plu­sieurs mil­liards à l’etat. Alors, si on fai­sait at­tra­per tous ces in­ter­mé­diaires et les di­zaines de gros bon­nets ?! Le chiffre pour­rait s’éle­ver à quelques mil­liards de di­nars ! C’est dire que le chef du gou­ver­ne­ment est ap­pe­lé, im­pé­ra­ti­ve­ment, à sor­tir au grand jour pour dire la vé­ri­té, toute la vé­ri­té aux Tu­ni­siens sur le pour­quoi de la non ap­pli­ca­tion des lois. En a-t-il les moyens et la vo­lon­té pour concré­ti­ser ses pro­messes ? Et quelle que soit la ré­ponse, M. Cha­hed de­vrait mettre fin à son si­lence et dire tout au peuple sur ses vé­ri­tables in­ten­tions, sur ce vo­let bien pré­cis.

En tout état de cause, sans trans­pa­rence et sans une com­mu­ni­ca­tion franche et di­recte à pro­pos de la ges­tion des af­faires du pays, plus pré­ci­sé­ment cette ques­tion des « gros pois­sons », le gou­ver­ne­ment de Yous­sef Cha­hed risque de se noyer. Et qu’on en soit conscient, que ce n’est pas de l’alar­misme, mais c’est par es­prit de réa­lisme et de prag­ma­tisme que les pa­triotes lancent de pa­reils cris !...

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