Veut-on ser­vir ou se ser­vir ?

Ré­bel­lion contre l'éthique de gou­ver­ne­ment

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Par Kha­led GUEZMIR

La ba­taille de l'im­pôt qui fait rage et qui est mar­quée par la ré­sis­tance fa­rouche des pro­fes­sions li­bé­rales, avo­cats, mé­de­cins, pe­tits mé­tiers per­son­na­li­sés, montre à quel point la so­cié­té tu­ni­sienne est trau­ma­ti­sée et de plus en plus mé­fiante vis-à-vis de la dé­ci­sion po­li­tique ! Une des causes de ce trau­ma­tisme c'est que les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs de­puis la « Ré­vo­lu­tion », n'ont pas fait la po­li­tique de leurs moyens.

Après la pa­gaille « troï­kiste » et la dia­bo­li­sa­tion de l'an­cien ré­gime, dans son en­semble, y com­pris l'ad­mi­nis­tra­tion, qui a tou­jours veillé au grain, mal­gré les hu­meurs des « des­potes » et de leurs en­tou­rages, l'etat a été as­si­mi­lé à un simple « ou­til » de pro­mo­tion éco­no­mique et so­ciale qui fait et dé­fait les « for­tunes » et per­met cette trans­la­tion ou plu­tôt, cette trans­hu­mance de la ri­chesse d'une caste à une autre, avec l'émer­gence de ces nou­veaux « Boss » en 4x4 ru­ti­lantes, noir vi­trées et rou­lant en bo­lides au nez des gardes na­tio­naux, de plus en plus im­puis­sants et in­dif­fé­rents ! L'in­té­rêt gé­né­ral qui est la base même de l'éthique de gou­ver­ne­ment, a été dé­ca­pi­té par la re­cherche sys­té­ma­tique du « pro­fit » à tra­vers la maî­trise de la chose pu­blique et de l'acte de gou­ver­ner par les nou­veaux « arrivants » à l'ap­pé­tit ai­gui­sé et qui rêvent non pas de l'hon­neur de la charge éta­tique et po­li­tique, condi­tion­né par l'acte de « ser­vir » et non de se ser­vir, mais par une course ef­fré­née vers la « for­tune » !

La ba­taille de l’im­pôt qui fait rage et qui est mar­quée par la ré­sis­tance fa­rouche des pro­fes­sions li­bé­rales, avo­cats, mé­de­cins, pe­tits mé­tiers per­son­na­li­sés, montre à quel point la so­cié­té tu­ni­sienne est trau­ma­ti­sée et de plus en plus mé­fiante vis-à-vis de la dé­ci­sion po­li­tique ! Une des causes de ce trau­ma­tisme c’est que les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs de­puis la «Ré­vo­lu­tion», n’ont pas fait la po­li­tique de leurs moyens.

Après la pa­gaille « troï­kiste » et la dia­bo­li­sa­tion de l’an­cien ré­gime, dans son en­semble, y com­pris l’ad­mi­nis­tra­tion, qui a tou­jours veillé au grain, mal­gré les hu­meurs des « des­potes » et de leurs en­tou­rages, l’etat a été as­si­mi­lé à un simple « ou­til » de pro­mo­tion éco­no­mique et so­ciale qui fait et dé­fait les « for­tunes » et per­met cette trans­la­tion ou plu­tôt, cette trans­hu­mance de la ri­chesse d’une caste à une autre, avec l’émer­gence de ces nou­veaux « Boss » en 4x4 ru­ti­lantes, noir vi­trées et rou­lant en bo­lides au nez des gardes na­tio­naux, de plus en plus im­puis­sants et in­dif­fé­rents ! L’in­té­rêt gé­né­ral qui est la base même de l’éthique de gou­ver­ne­ment, a été dé­ca­pi­té par la re­cherche sys­té­ma­tique du « pro­fit » à tra­vers la maî­trise de la chose pu­blique et de l’acte de gou­ver­ner par les nou­veaux « arrivants » à l’ap­pé­tit ai­gui­sé et qui rêvent non pas de l’hon­neur de la charge éta­tique et po­li­tique, condi­tion­né par l’acte de « ser­vir » et non de se ser­vir, mais par une course ef­fré­née vers la « for­tune » ! Ce­ci est lié au sub­cons­cient in­crus­té, il est vrai, de­puis la dic­ta­ture qui en as­sume une très grande res­pon­sa­bi­li­té dans le com­por­te­ment col­lec­tif des Tu­ni­siens et qui se ré­sume un peu, à la Gui­zot, en ce­ci : « En­ri­chis­sez-vous et faites for­tune au plus vite… C’est la seule chose qui dure et qui se trans­met après la perte des pou­voirs » ! Je pré­cise, que j’ai bien dit les « pou­voirs », au plu­riel, car il ne s’agit pas seule­ment de ceux qui gou­vernent, mais de tous les pou­voirs pé­ri­phé­riques, dans toutes les struc­tures me­nant à des dé­ci­sions ou me­sures qui fa­vo­risent la « crois­sance » des pa­tri­moines pri­vés… tous confon­dus !

Par­tant de là, la ré­bel­lion contre l’etat et ces me­naces de « déso­béis­sance fis­cale », ne peuvent s’ins­crire que dans ce contexte, et ce sen­ti­ment que l’etat n’est plus por­teur et ser­vi­teur de la « ver­tu » mais de lob­bys d’in­té­rêts. D’où cette quête de la « part d’etat » qu’on dé­cèle à tra­vers le com­por­te­ment des par­tis, des syn­di­cats, des mil­liers d’as­so­cia­tions de la so­cié­té ci­vile, etc… Par ailleurs, la pro­li­fé­ra­tion des Ins­tances de lutte contre la « cor­rup­tion » et les dé­cla­ra­tions publiques des res­pon­sables sur l’ex­ten­sion dra­ma­tique de la « cor­rup­tion », avant, et sur­tout, après la Ré­vo­lu­tion, ne font que pous­ser les ci­toyens « or­di­naires » (et ils sont de­ve­nus bien rares de­puis l’ac­cès à la dé­mo­cra­tie… de toutes les dé­rives) à la ré­bel­lion contre les actes de gou­ver­ne­ment et les lois elles-mêmes.

Pour re­ve­nir à la « po­li­tique des moyens », il ap­pa­raît bien net que la dé­marche sui­vie par le gou­ver­ne­ment est ir­réa­liste à vou­loir, sous la pres­sion constante des syn­di­cats, prin­ci­pa­le­ment, et de quelques « wat­chistes » pro­fes­sion­nels, prendre tous les tau­reaux par les cornes, en même temps ! On ne peut pas tout ré­for­mer d’un coup, sur­tout en ma­tière fis­cale.

L’in­évi­table « flo­ren­tin » Ni­co­las Ma­chia­vel, nous a mis en garde en re­com­man­dant à son prince Laurent de Mé­di­cis, de « ne pas chan­ger les im­pôts de pays conquis » ! Or, l’acte de gou­ver­ne­ment est de plus en plus per­çu comme un acte de « conquête in­terne » aux so­cié­tés humaines.

Par­tout, dans le monde, la prise du pou­voir s’ac­com­pagne de me­sures et di­rec­tives de gou­ver­ne­ment confor­mé­ment aux « pro­messes » et pro­grammes élec­to­raux. On n’est pas loin de la conquête « ex­terne » du temps de Ma­chia­vel ! Le « prag­ma­tisme » de­meure la seule so­lu­tion du sa­lut pu­blic, quand les va­leurs de l’etat et de la so­cié­té su­bissent au­tant de trau­ma­tismes en si peu de temps et mettent en doute l’éthique même de l’acte de gou­ver­ne­ment. Pour ma part, je suis ten­té de dire à notre jeune Chef du Gou­ver­ne­ment, cou­ra­geux et in­tègre : « Al­lez y mo­lo mo­lo, Mon­sieur le Pre­mier mi­nistre », et faites comme feu Hé­di Noui­ra, votre grand pré­dé­ces­seur, en pro­cé­dant à la « chi­rur­gie » dou­ceur, sous anes­thé­sie lo­cale, dans tous les do­maines… Et sur­tout, ne vous met­tez pas à dos le bon peuple pour sa­tis­faire les re­ven­di­ca­tions ir­réa­listes de ceux qui veulent mettre à ge­noux la puis­sance pu­blique et l’éco­no­mie du pays ! Trop de ver­tu… tue la Ver­tu !

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