Mou­ve­ment du ca­pi­ta­lisme, illu­sion et désen­chan­te­ment

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Ah­med NEMLAGHI

Il ne s’agit pas du film de « steeve Mac­queen » qui re­trace les pé­ri­pé­ties de la ten­ta­tive d’éva­sion des of­fi­ciers al­liés du­rant la deuxième guerre mon­diale, la­quelle s’est sol­dée par la réus­site de soixante quinze d’entre eux, alors que ceux qui ont échoué ont connu les pires châ­ti­ments. La grande éva­sion pour le prix No­bel d’éco­no­mie An­gus Dea­ton, est celle de l’hu­ma­ni­té qui a échap­pé aux pri­va­tions et à la mort pré­ma­tu­rée et a réus­si à rendre sa vie meilleure. Dé­cri­vant le par­cours du com­bat­tant dans le but d’amé­lio­rer sa si­tua­tion, il pré­cise qu’en ce qui le concerne: « la grande éva­sion consis­ta à quit­ter Edim­bourg, sa gri­saille, sa suite et son cli­mat si­nistre au pro­fit d’un vil­lage avec ses bois, ses col­lines , ses ruis­seaux pleins de truites et son so­leil per­ma­nent. Mon père en­tre­prit alors de veiller à ce que j’aie une vie meilleure que la sienne». De même, l’hu­ma­ni­té tout en­tière tend vers le pro­grès. ce­pen­dant l’his­toire du pro­grès est celle des in­éga­li­tés. Il ap­puie sa thèse par l’exemple des Etats Unis où la pros­pé­ri­té n’est pas éga­le­ment ré­par­tie. Il y a une in­jus­tice so­ciale fla­grante, avec quelques per­sonnes vi­vant dans l’opu­lence alors que beau­coup doivent lut­ter pour sur­vivre.

L’his­toire de cet ou­vrage est la nôtre, nous les pays dits en voie de dé­ve­lop­pe­ment et dont la lutte vers le pro­grès qui dure de­puis des siècles est un che­min sca­breux et plein d’em­bûches. Un bal­let sans fin dans le­quel nous sommes pris au piège des pays émer­gents qui ont réus­si leur éva­sion et qui dé­truisent de­vant nous les voies de la réus­site par des moyens dé­tour­nés. Ce­la fait des siècles que ce bal­let conti­nue, de­puis l’ère co­lo­niale, jus­qu’à celle de la mon­dia­li­sa­tion qui a ap­por­té un néo­co­lo­nia­lisme et a contri­bué à ac­croître nos mi­sères. Ce qui se passe ac­tuel­le­ment avec les jeunes qui tendent par tous les moyens à émi­grer vers les pays de rêves en ris­quant quo­ti­dien­ne­ment leurs vies ne peut que cor­ro­bo­rer les ré­cits du pro­grès qui d’après l’au­teur du pré­sent ou­vrage est un ré­cit d’in­éga­li­tés avec les lais­sés pour comptes dont nous fai­sons par­tie. L’au­teur lance un ap­pel aux pays riches pour les ai­der et non pour les ex­ploi­ter, en fai­sant croire qu’ils leur tendent la main alors que ce sont des pièges qui leur sont ten­dus au nom de la mon­dia­li­sa­tion et de la glo­ba­li­sa­tion.

La vo­lon­té po­li­tique est pri­mor­diale pour la lutte contre les in­éga­li­tés. Agnus Dea­ton es­time que l’aide aux pays pauvres, est dé­tour­née par cer­tains res­pon­sables gou­ver­ne­men­taux qui l’uti­lisent à d’autres fins que celle de la lutte contre la pau­vre­té. C’est ce qui a d’ailleurs fa­vo­ri­sé la cor­rup­tion et la contre­bande et a ser­vi le ter­ro­risme. L’éva­sion de la mi­sère s’est faite «au prix d’in­éga­li­tés entre pays et po­pu­la­tions».

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