Les étu­diants voient rouge

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

L’afrique du Sud vit au rythme des émeutes étu­diantes. En cause, l’aug­men­ta­tion de ta­rif des uni­ver­si­tés qui fa­vo­rise les élites au dé­tri­ment des plus pauvres, et des Noirs en par­ti­cu­lier. Il y a un an nais­sait le mou­ve­ment #Fees­must­fall (les frais doivent bais­ser, ndlr) à l’uni­ver­si­té du Wiit­wa­ters­rand de Jo­han­nes­burg. Les étu­diants se mo­bi­li­saient alors contre une hausse des frais d’ins­crip­tion de 10%. Au­jourd’hui en­core, de­vant l’ab­sence de ré­ponse pro­bante du gou­ver­ne­ment de Ja­cob Zou­ma, le pays est sous ten­sion. Les lea­ders du mou­ve­ment de­mandent l’éga­li­té entre étu­diants Noirs et Blancs. En d’autres termes: la «dé­co­lo­ni­sa­tion» de l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur. 3 cam­pus sont au coeur de l’in­sur­rec­tion: Wiit­wa­ters­rand («Wits), Uni­ver­si­ty of Cape Town (UCT) et Rhodes Uni­ver­si­ty, dans le sud du pays. La si­tua­tion semble échap­per au gou­ver­ne­ment Zu­ma, qui se bar­ri­cade en­core da­van­tage face à son peuple. Dé­jà af­fai­bli par des af­faires de cor­rup­tion, le pré­sident n’a ja­mais sem­blé aus­si me­na­cé. L’an der­nier, les ten­sions s’étaient apai­sées grâce à un ré­tro­pé­da­lage pro­vi­soire sur l’aug­men­ta­tion des frais de sco­la­ri­té. Au­jourd’hui, les images de cam­pus en flammes et de conflits ar­més avec les po­li­ciers sont lé­gion, elles font par­tie du quo­ti­dien de ces étu­diants in­sur­gés. «On doit se battre cette an­née en es­pé­rant qu’au­cun en­fant dans le fu­tur n’ait à le faire pour avoir ac­cès à l’édu­ca­tion, qu’il soit pauvre ou qu’il soit Noir» ex­plique au New Yor­ker Ma­sixole Mlan­du, l’un des lea­ders du mou­ve­ment. La gra­tui­té de l’édu­ca­tion pour tous, comme sym­bole d’uni­té, est au­jourd’hui exi­gée par le mou­ve­ment. L’afrique du Sud marche sur les cendres en­core ar­dentes de sa dé­co­lo­ni­sa­tion. Les grandes avan­cées so­ciales ont sou­vent pris ra­cine dans la rue, dif­fi­cile donc de ne pas éta­blir de liens entre la si­tua­tion d’au­jourd’hui et les ré­pres­sions san­gui­naires d’hier. En 1976, So­we­to est un dis­trict noir de Jo­han­nes­burg. Une ma­ni­fes­ta­tion étu­diante y éclate, lut­tant contre la pro­mul­ga­tion de l’afri­kaans comme langue of­fi­cielle dans les uni­ver­si­tés du pays. Dif­fi­cile d‘avoir des chiffres pré­cis, mais des cen­taines de per­sonnes mour­ront dans l’émeute contre les forces de l’ordre. Les ca­davres de So­we­to semblent hante l’es­prit des jeunes sud afri­cains, 40 ans après. D’après le New Yor­ker , faire un état des lieux pré­cis de la si­tua­tion ac­tuelle s’ap­pa­rente à une mis­sion im­pos­sible. Est-ce un mou­ve­ment sans lea­der ou une ma­ni­fes­ta­tion très or­ga­ni­sée? Com­bien ont coû­té les dom­mages cau­sés par ces luttes? S’agit-il d’une ma­ni­fes­ta­tion étu­diante, ou plus lar­ge­ment éco­no­mique et so­ciale? La seule chose que l’on puisse af­fir­mer au­jourd’hui, c’est que les émeutes ont en­flam­mé les rues et les dé­bats bien au-de­là des at­tentes. Le congrès na­tio­nal afri­cain (ANC), le par­ti de Ja­cob Zu­ma, est en pre­mière ligne. Il de­vra se mon­trer com­pré­hen­sif et co­hé­rent s’il ne veut pas voir res­sor­tir dé­fi­ni­ti­ve­ment les re­lents d’une lutte an­ti­co­lo­niale qu’il connaît bien, lui qui l’a lui même me­née pen­dant des di­zaines d’an­nées.

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