La femme à l’hon­neur

Le Temps (Tunisia) - - Arts & Culture - Hech­mi KHALLADI

Après avoir fait sa ren­trée pic­tu­rale avec les oeuvres mé­mo­rables de feu Zou­beir Tur­ki, l’un des grands maîtres de la pein­ture en Tu­ni­sie, la Ga­le­rie Sa­la­din offre ses ci­maises à deux autres ar­tistes-peintres dont les dé­marches, le style et les tech­niques sont dif­fé­rents, quoique les deux ont pour point com­mun l’hom­mage ren­du à la femme. Il s’agit de la rus­so-tu­ni­sienne Ol­ga Ma­la­kho­va et le Tu­ni­sien Ali Fa­khet.

La pre­mière est spé­cia­liste du pa­tri­moine cultu­rel qu’elle ad­mire et dont elle s’est tou­jours ins­pi­rée dans toutes ses créa­tions ar­tis­tiques. Le se­cond est ar­tiste peintre, de­si­gner gra­phiste pu­bli­ci­taire et scé­no­graphe. Le titre de l’ex­po­si­tion « Sé­quences » est en­ten­du ici comme des tranches de vie ou des épi­sodes d’his­toire, ces mo­ments que cha­cun des deux ar­tistes es­saie de ra­con­ter à tra­vers ses ta­bleaux, se­lon son ima­gi­na­tion et son fan­tasme. Ol­ga Ma­la­kho­va nous pré­sente 17 toiles in­édites en acry­lique et Ali Fa­khet 16 nou­veaux des­sins au la­vis. Dans toutes les oeuvres d’ol­ga Ma­lak – c’est ain­si qu’elle signe pour la pre­mière fois ses tra­vaux – (Se­rait-ce un di­mi­nu­tif du nom Ma­la­kho­va, ou un rap­pro­che­ment avec un pré­nom arabe sem­blable ?), on re­trouve cet at­ta­che­ment au pa­tri­moine tu­ni­sien dans tous ses as­pects, no­tam­ment ceux qui ont trait à la femme. Ces pein­tures évoquent la femme tu­ni­sienne à tra­vers les époques, al­lant de la femme ber­bère jus­qu’à la femme d’au­jourd’hui en pas­sant par la femme pu­nique. Pei­gnant la femme dans tous ses états : la grâce, la beau­té, la fé­mi­ni­té, la dou­ceur, la pro­créa­tion, la ma­ter­ni­té, l’amour, elle a re­cours aux sym­boles et aux signes ins­pi­rés soit du clim de Gaf­sa, ville où elle a sé­jour­né pen­dant de longues an­nées, ou à par­tir des stèles pu­niques ou des mo­tifs qu’elle a vus au Mu­sée de Bar­do ou en­core en trans­po­sant des élé­ments tra­di­tion­nels ou my­thiques. On y ren­contre par­fois ce re­tour vers les ori­gines russes en agré­men­tant ses toiles par les pou­pées ma­trio­ch­kas. « J’ai ma­rié deux cultures : la pein­ture russe, qui est orien­tale aus­si, et la pein­ture tu­ni­sienne, re­mar­quez que toutes les cou­leurs sont

fon­cées, chaudes et écla­tantes ! Les lu­mières sont in­tenses aus­si. C’est pour mettre en va­leur la femme à tra­vers le temps, cette créa­ture sa­crée pour moi ! » Peinte avec émo­tion et pas­sion, ces toiles montrent à quel point Ol­ga Ma­lak est at­ta­chée aux tra­di­tions tu­ni­siennes et tra­duisent le grand res­pect qu’elle voue à la femme tu­ni­sienne.

Quant à l’ar­tiste Ali Fa­khet, il reste fi­dèle aux ori­gines de la pein­ture, à sa­voir le des­sin. C’est en ef­fet par là que sont pas­sés les grands maîtres des arts plas­tiques. Dans cette ex­po­si­tion, il nous pré­sente des por­traits de femmes à ra­vir. Des des­sins au la­vis ou au la­vis re­haus­sé de blanc qui mettent en évi­dence cer­taines qua­li­tés (beau­té, dé­li­ca­tesse, pu­re­té, ver­tu…) et les mo­ments d’in­ti­mi­tés et de joie de la femme en in­sis­tant sur les dé­tails des formes et des traits. Des por­traits réa­listes des­si­nés d’une main de maitre, avec beau­coup de ly­risme et de pas­sion. On peut ain­si contem­pler «Sou­rire aux larmes », « « Dan­seuse », « In­ti­mi­té », « Jeune au saf­sa­ri » Tous les ta­bleaux sont do­tés d’un cadre ar­gen­té comme pour leur don­ner une touche mo­derne… Abor­dé le jour du ver­nis­sage, Ali Fa­khet nous a confié : « La femme est tou­jours au centre de l’uni­vers. Et moi, j’ai tou­jours

res­pec­té la femme. Mes sym­boles fa­vo­ris sont la femme, le che­val. De­puis tou­jours, j’ai tra­vaillé sur ces deux élé­ments, car ils ont quelque chose en com­mun : la beau­té, pour ne pas ci­ter d’autres qua­li­tés. » Tech­ni­que­ment, il y a donc une re­con­si­dé­ra­tion du des­sin, ce cô­té aca­dé­mique et non pas clas­sique, car on en a tou­jours be­soin, étant la base de toute pein­ture. « Pour réa­li­ser ces des­sins, l’ar­tiste nous a ap­pris, J’ai pro­cé­dé par le la­vis : c’est une tech­nique mo­no­chrome, par­fois re­haus­sée à la craie blanche, ce qui donne plus de lu­mière à l’ou­vrage, cette touche de lu­mière qui égaye mes pro­duc­tions et que j’ai tou­jours pri­vi­lé­giée que ce soit dans mes des­sins ou dans mes pein­tures. Mais j’uti­lise par­fois la san­guine, cou­leur proche du sang… Chaque ta­bleau est un état d’âme par le­quel je pas­sais où je me lais­sais conduire se­lon ma fan­tai­sie ou mon hu­meur. Une fois le tra­vail ter­mi­né, je dois res­sen­tir une cer­taine sa­tis­fac­tion per­son­nelle, et tant qu’on est vrai et sin­cère, on est cer­tain que ce­la au­ra le même ef­fet sur le vi­si­teur. » Une ex­po­si­tion qui se pour­sui­vra jus­qu’au 03 no­vembre et qui mé­rite le dé­pla­ce­ment !

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