Entre fan­tasme et réa­li­té

Le Temps (Tunisia) - - Proximite - Sal­ma BOURAOUI

Si vous êtes mor­dus de sé­ries et de ro­mans po­li­ciers, vous connais­sez cer­tai­ne­ment le concept de ces agents fan­tômes qu’on nomme dé­tec­tives pri­vés. En­ga­gés, dans la ma­jo­ri­té des cas, pour pour­suivre des ma­ris et des épouses in­fi­dèles, ces agents sont, sou­vent, des an­ciens po­li­ciers ayant pré­fé­ré se re­con­ver­tir dans le sec­teur pri­vé. Il y a quelques se­maines, des an­nonces sur la toile et sur quelques jour­naux ont com­men­cé à cir­cu­ler : des ca­bi­nets de dé­tec­tives pri­vés offrent leurs ser­vices à ceux qui cherchent à re­trou­ver un proche per­du, à pié­ger un ma­ri ou une femme in­fi­dèle ou en­core à tra­cer un concur­rent trop par­fait. Les in­for­ma­tions que donnent ces agences étant as­sez opaques, nos confrères du Huff­post ont contac­té l’un de ces ca­bi­nets. L’in­ter­lo­cu­teur a juste ex­pli­qué que les af­faires trai­tées re­lèvent, dans leur ma­jo­ri­té, de l’ordre du per­son­nel et de l’in­time. Pour les ta­rifs, l’agent a in­di­qué que ce­la dé­pend de la na­ture de l’af­faire, de la du­rée du tra­vail et du ma­té­riel qu’il re­quiert.

Si le concept peut sem­bler être in­té­ressent, il peut, aus­si, re­pré­sen­ter une me­nace pour la vie pri­vée des ci­toyens. Pour­tant, le pré­sident de l’ins­tance na­tio­nale de pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles (INPDP), Chaw­ki Gaddes, nous a ex­pli­qué qu’en termes de pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles, cette ac­ti­vi­té ne re­pré­sente au­cune me­nace. Dans une dé­cla­ra­tion qu’il nous a ac­cor­dée, il a in­di­qué que les dé­tec­tives pri­vés sont sol­li­ci­tés, gé­né­ra­le­ment, pour des af­faires in­di­vi­duelles qui ne touchent pas la masse. Par contre, Chaw­ki Gaddes s’est in­ter­ro­gé sur le sta­tut lé­gal de ces agents. ‘ »A ma connais­sance, il n’existe au­cun cadre ju­ri­dique qui or­ga­nise ce genre d’ac­ti­vi­tés en Tu­ni­sie. »

Pour avoir plus de dé­tails sur l’af­faire, nous avons contac­té l’avo­cate Bo­chra Bel Hadj Hmi­da qui est, aus­si, dé­pu­tée et membre de la Com­mis­sion des droits et des li­ber­tés au sein de l’as­sem­blée des re­pré­sen­tants du peuple. « Il n’existe au­cun cadre ju­ri­dique pour or­ga­ni­ser ce genre d’ac­ti­vi­tés en Tu­ni­sie. De ce fait, nous pou­vons qua­li­fier d’illé­gales ces agences qui se pré­sentent en tant que ca­bi­nets de dé­tec­tives pri­vés. Tou­te­fois, je suis pour que l’on mette en place un cadre ju­ri­dique parce que j’es­time que, si ces agences sont au­jourd’hui ac­tives, c’est qu’il existe un réel be­soin d’un tel ser­vice. De ce fait, j’es­time qu’il vaut mieux que l’on s’en oc­cu­pe­ju­ri­di­que­ment par­lant et qu’on les dote d’un cadre lé­gal. D’ailleurs dans les pays où ce genre d’ac­ti­vi­tés est re­con­nu, la loi qui les or­ga­nise dé­li­mite, tou­jours, leurs ac­ti­vi­tés ».

Il est vrai que le concept est nou­veau en Tu­ni­sie, voire illé­gal. Ce qui n’em­pêche pas ces ca­bi­nets de se mul­ti­plier. L’ap­pel de Bo­chra Bel Hadj Hmi­da à ce su­jet pour­rait de­ve­nir, dans quelques temps, une né­ces­si­té que nos lé­gis­la­teurs de­vraient étu­dier. Pour le concept en soi, et si pour cer­tains il pour­rait sem­bler comme étant un luxe dont on peut très bien se pas­ser, il n’en de­meure pas moins qu’il soit peut être utile pour cer­tains cas fa­mi­liaux ou autres.

Ces agences sont au­jourd’hui une réa­li­té. Elles sont là et il vau­drait mieux les consi­dé­rer comme telles et les trai­ter en consé­quence afin d’évi­ter d’éven­tuels dé­bor­de­ments et autres désa­gré­ments.

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