La re­cons­ti­tu­tion d’une ab­sur­di­té

Le Temps (Tunisia) - - Arts & Culture -

Ou­ver­ture des JCC de Rid­ha Bé­hi

Le film d’ou­ver­ture des JCC « Fleur d’alep », du réa­li­sa­teur tu­ni­sien Rid­ha Bé­hi a été pro­je­té hier ma­tin au « Co­li­sée » à l’in­ten­tion de la presse, en pré­sence de son réa­li­sa­teur et des co­mé­diens Hind Sa­bri, Mo­ha­med Ali Ben Je­mâa et Raya Lâa­ji­mi. Le réa­li­sa­teur a d’ailleurs dé­cla­ré avant la pro­jec­tion que ce film le ré­con­ci­lie­ra avec le grand pu­blic. Une fic­tion qui se si­tue en étroite re­la­tion avec une ac­tua­li­té brû­lante celle du dé­part des jeunes tu­ni­siens pour le Ji­had en Sy­rie. Tak­fi­risme, Daech et Ji­had, au nom d’un Is­lam ra­di­cal, en consti­tuent la trame. Plu­sieurs pays arabes et par­ti­cu­liè­re­ment la Sy­rie ont été mis à feu et à sang au len­de­main du « Prin­temps arabe » de­puis plus de cinq an­nées. Avec ce nou­vel opus, Rid­ha Bé­hi nous ra­conte une his­toire réa­liste qui dé­nonce di­rec­te­ment ou in­di­rec­te­ment les atro­ci­tés qui ébranlent le monde arabe avec une ab­sur­di­té et une igno­rance dé­bor­dantes de la part de ceux qui sou­tiennent ce mou­ve­ment, cette uto­pie.

Le film nous prend al­lè­gre­ment dans l’his­toire d’une fa­mille dé­chi­rée par le di­vorce. La mère, Sal­ma, est am­bu­lan­cière de son état, rôle in­car­né par Hind Sa­bri, qui joue avec un na­tu­rel dé­bor­dant. Elle vit seule avec Mou­rad, son fils de dix sept ans, éle­vé en grande par­tie en France, et dont le rôle est joué par Ba­dis Bé­hi. Ce jeune gar­çon pas­sion­né de mu­sique se­ra en­traî­né par son ami sa­la­fiste, dans le cercle des Ji­ha­distes. Il chan­ge­ra de com­por­te­ment pour al­ler, en fin de compte et sans crier gare, com­battre au­près des Ji­ha­distes en Sy­rie ! La suite de l’his­toire est le com­bat que va me­ner la mère pour re­trou­ver son fils. Elle ira en Sy­rie, via la Tur­quie et se­ra au coeur des com­bats au­près des

gens de Daech, se fai­sant pas­ser pour une mi­li­tante pour leur même cause. Elle se­ra mal­heu­reu­se­ment re­con­nue comme une fausse mi­li­tante, mais qui re­cherche tout de même sa pro­gé­ni­ture. Son com­bat conti­nue­ra jus­qu’au terme du film avec une fin peu pré­vi­sible qui met à nu la gra­vi­té des faits. Le film semble avoir été fait dans l’ur­gence. Avec « Fleur d’alep », que la mère dans le film n’at­tein­dra ja­mais, le réa­li­sa­teur Rid­ha Bé­hi est au coeur de l’ac­tua­li­té. Il est dans le ci­né­ma de re­cons­ti­tu­tion de faits réels et atroces de tous les jours. L’ef­fet de sur­prise consti­tue l’épi­logue de cette his­toire.

Lot­fi BEN KHELIFA

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