La prise de Mos­soul im­plique-t-elle la prise de Rak­ka?

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

La ba­taille de Mos­soul a dé­jà com­men­cé et ne tar­de­ra pas à don­ner les ré­sul­tats es­comp­tés même si l’ar­mée ira­kienne, y com­pris la di­vi­sion d’élite, ap­pe­lée la di­vi­sion d’or, a été en­ga­gée. On parle de dé­mi­neurs qui ouvrent la voie aux blin­dés et aux fan­tas­sins, mais qui ne sont pas suf­fi­sam­ment équi­pés ni bien pré­pa­rés, ce qui ex­plique le nombre éle­vé de morts et de bles­sés lors de ces dé­mi­nages en sé­rie. Mais hé­las, à la guerre comme à la guerre : on ne com­bat pas en Orient comme on com­bat en Oc­ci­dent où la vie des sol­dats prime tout le reste. Mal­gré le nombre éle­vé de vic­times, Mos­soul se­ra prise. La ques­tion qui se pose est de sa­voir si les dé­bris de l’ar­mée dji­ha­diste ne vont pas al­ler se ré­fu­gier dans leur ré­duit de Rak­ka en Sy­rie, au­quel cas cette fuite rui­ne­rait la vic­toire rem­por­tée à Mos­soul. Et là nous voyons une faille entre les al­liés oc­ci­den­taux : un doute plane sur la vo­lon­té de B. Oba­ma de com­battre Daesh même en Sy­rie. Pour­quoi ? Pour la bonne rai­son que les USA ne parlent pas avec Ba­char et sont en froid avec la Rus­sie qui tient la corde en Sy­rie : im­pos­sible, pour­tant, de lais­ser sub­sis­ter un centre de Daesh en Sy­rie, ce se­rait alors don­ner un coup d’épée dans l’eau à Mos­soul. Les Oc­ci­den­taux et leurs al­liés arabes le savent, la France en tête, mais voi­là sans les USAA l’eu­rope et le reste du monde ne peuvent rien faire. Les Russes rêvent d’en­traî­ner avec eux la coa­li­tion oc­ci­den­tale dans leur croi­sade contre Daesh. Mais comment pac­ti­ser avec Pou­tine qui a vio­lé la fron­tière de l’ukraine, an­nexé la Cri­mée et bom­barde in­dis­tinc­te­ment les re­belles et Daesh ? En­fin, les USA sou­tiennent, fi­nancent et arment des groupes que Pou­tine en­tend dé­truire pour faire place nette à l’ar­mée de Ba­char… En­fin, in­ter­ve­nir en Sy­rie, dans Rak­ka, sans l’aval des Russes re­lève de la mis­sion im­pos­sible. Le mi­nistre russe des af­faires étran­gères a lais­sé la porte ou­verte à un ac­cord en di­sant que le contin­gent russe sur place en Sy­rie, cou­pe­ra la route à un re­pli de Daesh dans son ré­duit sy­rien. Les Fran­çais, in­ca­pables par leur taille de pe­ser sur la si­tua­tion sur le ter­rain sou­lignent que Mos­soul n’est pas l’ob­jec­tif fi­nal, mais bien Rak­ka, afin d’em­pê­cher Daesh de pré­pa­rer à par­tir d’un ter­ri­toire à lui, des at­ten­tats en Eu­rope. L’im­bro­glio est le sui­vant : sans les USA on ne peut pas agir en Irak. Mais sans la Rus­sie on ne peut pas agir en Sy­rie. Or, lais­ser sub­sis­ter en Sy­rie le ré­duit de Rak­ka an­nule tous les bien­faits d’une re­con­quête de Mos­soul. Par­tant, il va bien fal­loir oeu­vrer avec Pou­tine sans vrai­ment pac­ti­ser avec lui, en rai­son de son com­por­te­ment violent aux fron­tières de l’em­pire et de ses me­naces sur les an­ciens sa­tel­lites de la dé­funte URSS.

Pour pa­rer à toute éven­tua­li­té, les Fran­çais ont pro­lon­gé la mis­sion de leur porte-avions en Mé­di­ter­ra­née orien­tale, mais se­ra ce suf­fi­sant ? Nul­le­ment. Ils ne dis­posent pas d’as­sez d’avions pour com­pen­ser une éven­tuelle dé­fec­tion des Amé­ri­cains. Il fau­drait qu’oba­ma parte avant jan­vier 2017. Or, l’élu en no­vembre n’exer­ce­ra le pou­voir qu’en jan­vier, ce qui laisse à Oba­ma le temps d’agir à sa guise, dans la plé­ni­tude de ses fonc­tions. On dit même qu’il pour­rait pro­fi­ter de ce laps de temps pour se ven­ger de Ne­ta­nya­hou au Conseil d e sé­cu­ri­té de L’ONU.

On le voit, ce qui coince c’est la sta­tut de la Rus­sie en Eu­rope. Pou­tine dé­tient une mi­no­ri­té de blo­cage ici et ailleurs. Il faut trou­ver une so­lu­tion car il ne cè­de­ra pas, même si la Rus­sie est en ré­ces­sion, même si ce­la ris­quer d’em­pi­rer. Vu la na­ture de ce per­son­nage, il ne faut pas cher­cher à le faire cé­der. En Sy­rie, il est le maître du jeu.

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