En Es­pagne, Ra­joy se di­rige vers une vic­toire par for­fait

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Ils y ont cru, les Es­pa­gnols, à ces airs de ré­vo­lu­tion douce. Ils ont ima­gi­né la fin de cette ri­tuelle al­ter­nance au pou­voir, de­puis qua­rante ans, du Par­ti po­pu­laire (PP, droite) et du Par­ti so­cia­liste ou­vrier es­pa­gnol (PSOE). Ils ont es­pé­ré que l’émer­gence de deux jeunes par­tis, Po­de­mos (gauche an­ti­aus­té­ri­té) et Ciu­da­da­nos (li­bé­ral cen­triste), per­met­trait de ré­gé­né­rer la vie po­li­tique du pays. Mais, de guerre lasse, après deux scru­tins lé­gis­la­tifs et dix mois de blo­ca­ge­po­li­tique, c’est fi­na­le­ment le chef de l’exé­cu­tif, le ¬conser­va­teur Ma­ria­no Ra­joy, qui de­vrait être ré­in­ves­ti, sa­me­di 29 oc­tobre, grâce à l’abs­ten­tion des so­cia­listes. Pour beau­coup d’es­pa­gnols, de droite mais aus­si de gauche, c’est un sou­la­ge­ment. Car de nou­velles élec­tions lé­gis­la­tives, de nou­veaux dé­bats d’in­ves­ti­ture et de nou­velles né­go­cia­tions, sans doute aus­si sté­riles que les pré­cé­dentes, au­raient ache­vé de dis­cré­di­ter les ins­ti­tu­tions po­li­tiques.

Tout ça pour ça, est-on ten­té de conclure. Tout ça ? Ce furent les ma­ni­fes­ta­tions des « in­di­gnés » en 2011, les mou­ve­ments so­ciaux qui en ont dé­cou­lé, les plates-formes ci­toyennes nées dans la fou­lée et qui ont rem­por­té de nom­breuses mai­ries, la créa­tion de Po­de­mos pour ca­na­li­ser cette pro­tes­ta­tion et la mé­ta­mor­phose de Ciu­da¬da­nos, de par­ti ca­ta­lan en mou­ve­ment ¬na­tio­nal sus­cep­tible d’ex­pri­mer l’im­pa­tience du centre droit. Pour quels ré­sul­tats ? D’abord, le main­tien au pou­voir du même par­ti, avec le même can­di­dat. Ma­ria­no Ra­joy est vain­queur par for­fait. Sans grand mé­rite, si ce n’est la pa­tience. Et mal­gré des han­di­caps de taille, à com­men­cer par ces pro­cès­pour cor­rup­tion ou dé­tour­ne­ment de fonds qui se tiennent ac­tuel­le­ment à Ma­drid et qui visent d’une part l’an­cien mi­nistre du PP, Ro­dri­go Ra­to, et d’autre part une quin­zaine d’an­ciens cadres du par­ti. En­suite, l’ex­plo­sion du PSOE, pla­cé de­vant un choix exis­ten­tiel : consti­tuer une ma­jo­ri­té avec la gauche ra­di­cale ou lais­ser gou­ver­ner M. Ra­joy. C’est fi­na­le­ment le prag­ma­tisme de l’ex-pré­sident Fe­lipe Gon­za­lez et de ses proches, in­sen­sibles aux si­rènes de Po­de­mos, qui l’a em­por­té. Tan­dis que l’ex-se­cré­taire gé­né­ral, Pe­dro San­chez, apôtre du « non, c’est non » à M. Ra­joy, est tom­bé. Po­de­mos n’est pas dans une si­tua­tion plus glo­rieuse. Après avoir joué avec le feu, le par­ti des « in­di­gnés » se re­trouve iso­lé et confron­té, lui aus­si, à un di­lemme fon­da­men­tal : res­ter un mou­ve­ment pro­tes­ta­taire, comme le défend son chef de file Pa­blo Igle­sias, ou « être utile aux Es­pa­gnols » et par­ti­ci­per ac­ti­ve­ment à la vie par­le­men­taire, comme le sou­haite son nu­mé­ro deux, Iñi­go Er­re­jon. Quant à Ciu­da­da­nos, il n’a pas réus­si à écar­ter M. Ra­joy et croise dé­sor­mais les doigts pour que ce­lui-ci res­pecte les pro­messes de l’ac­cord d’in­ves­ti­ture conclu en août. Au­ra-t-il fal­lu que tout change pour que rien ne change ?, se de­mande donc l’es­pagne. La ré­ponse n’est pas en­core écrite. M. Ra­joy a pro­mis qu’il ne se­rait plus le même, il s’est en­ga­gé à da­van­tage de dia­logue, de concer­ta­tion, de consen­sus. Il n’a pas le choix. Il a per­du la ma­jo­ri­té ab­so­lue qui lui per­met­tait de­gou­ver­ner seul. Dé­jà, au me­nu des pro­chaines né­go­cia­tions, il a an­non­cé un pacte na­tio­nal pour l’édu­ca­tion, pour en fi­nir avec les ré­formes édu­ca­tives in­ces­santes, une re­mise à plat du sys­tème de fi­nan­ce­ment ré­gio­nal, un nou­veau sys­tème de fi­nan­ce­ment des re­traites… La pro­chaine lé­gis­la­ture se­ra celle des consen­sus ou ne se­ra pas.

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