Le pro­cès de la CPI

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Après le Bu­run­di et l’afrique du Sud, au tour de la Gam­bie de cla­quer la porte de la Cour pé­nale in­ter­na­tio­nale (CPI), au pré­texte que ce tri­bu­nal créé par trai­té en 1998 est cou­pable de par­tia­li­té pour le nombre dis­pro­por­tion­né de pro­cès qu’il fait aux di­ri­geants afri­cains. Ces re­traits plongent la CPI dans une crise in­édite, d’au­tant plus grave que l’afrique du Sud avait ap­por­té un sou­tien ac­tif à sa créa­tion sous Nel­son Man­de­la. D’autres pays pour­raient leur em­boî­ter le pays, comme le Ke­nya et l’ou­gan­da, fai­sant craindre une vague de dé­fec­tion de­vant cette ins­tance qui, dans l’évo­lu­tion de la jus­tice in­ter­na­tio­nale, re­pré­sente un pas es­sen­tiel dans la lutte contre l’im­pu­ni­té.

Si, de fait, huit des neuf pays dans les­quels le tri­bu­nal de La Haye fait ac­tuel­le­ment en­quête sont afri­cains, il se trouve ce­pen­dant que cette si­tua­tion est moins le ré­sul­tat d’une ten­dance dé­li­bé­rée à ci­bler l’afrique que ce­lui des dys­fonc­tion­ne­ments liés à la com­po­si­tion et au champ de ju­ri­dic­tion de la CPI. Pour au­tant, le ré­sul­tat est le même : pen­dant qu’on fait l’im­passe sur des crimes contre l’hu­ma­ni­té com­mis ailleurs dans le monde, le tri­bu­nal donne dan­ge­reu­se­ment l’im­pres­sion d’être un ou­til « post­co­lo­nial » uti­li­sé pour pu­nir des Afri­cains. L’im­plo­sion du Proche-orient, conju­guée à la guerre ou­bliée de l’af­gha­nis­tan, a creu­sé ce sen­ti­ment. La CPI ne se­rait pas la chose ban­cale qu’elle est si la Chine, la Rus­sie et les États-unis, ain­si qu’is­raël et la ma­jo­ri­té des pays arabes, ne s’étaient pas mis à l’abri d’éven­tuelles pour­suites en re­fu­sant de ra­ti­fier le trai­té. Comme leurs ci­toyens ne sont pas sou­mis à la ju­ri­dic­tion du tri­bu­nal à moins que le Conseil de sé­cu­ri­té des Na­tions unies n’en dé­cide au­tre­ment, le ter­rain au­quel la CPI a ac­cès est par dé­fi­ni­tion li­mi­té. Que des dé­ser­tions sur­viennent au­jourd’hui était pour ain­si dire écrit dans le ciel. Et c’est par consé­quent avec beau­coup de dif­fi­cul­té que le tri­bu­nal tente quand même d’élar­gir son rayon d’ac­tion — en Ukraine, en Irak, dans les ter­ri­toires pa­les­ti­niens…

Ce­la dit, la ten­dance de plu­sieurs chefs d’état afri­cains à se po­ser en vic­times d’une CPI soi-di­sant ra­ciste et ten­dan­cieuse est une fa­çon ab­jecte de ca­cher leurs propres crimes ou ceux de leurs al­liés. Ain­si en est-il du Bu­run­dais Pierre Nku­run­zi­za, qui s’ac­croche à la pré­si­dence par ré­pres­sion san­glante de l’op­po­si­tion. Ou du re­fus de Pre­to­ria, l’an­née der­nière, de li­vrer à la CPI le pré­sident sou­da­nais Omar el-bé­chir, ac­cu­sé de gé­no­cide au Dar­four, alors que ce der­nier se trou­vait en Afrique du Sud. Les 124 États membres de la Cour se réunissent le 16 no­vembre pro­chain. Ce se­ra une réunion ora­geuse. Comment alors la CPI s’y pren­drat-elle pour sur­mon­ter cette crise de crois­sance ?

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