Do­nald Trump pour­rait être le pire per­dant de l'his­toire ré­cente des élec­tions

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

L'hu­mi­lia­tion pu­blique est pro­ba­ble­ment la plus grande peur de Do­nald Trump, et il y a des chances pour que celle qui l'at­tend soit his­to­rique. Ce­pen­dant, ces son­dages, réa­li­sés avant la ré-ou­ver­ture de l'en­quête sur les emails d'hilla­ry Clin­ton, sont à prendre avec du re­cul, car il pour­raient être bou­le­ver­sés. Le can­di­dat à la pré­si­den­tielle amé­ri­caine le plus im­po­pu­laire de l'his­toire mo­derne est George Mc­go­vern, dont la cam­pagne de 1972 contre Ri­chard Nixon s'est sol­dée par un pe­tit score de 37,4% des voix. Il y a au moins un point com­mun entre le pay­sage po­li­tique de l'époque et au­jourd'hui: même si ce n'était pas aus­si ex­pli­cite que la honte qu'éprouve le Par­ti ré­pu­bli­cain pour Trump en 2016, l'es­ta­blish­ment dé­mo­crate de l'époque avait aban­don­né Mc­go­vern, alors chou­chou des ac­ti­vistes les plus à gauche. Les consé­quences po­li­tiques ont été im­menses. Mc­go­vern conti­nue de han­ter les Dé­mo­crates au­jourd'hui. Hilla­ry Clin­ton a tra­vaillé pour lui au Texas à l'époque et uti­lise sou­vent sa dé­faite fra­cas­sante comme un aver­tis­se­ment pour les pro­gres­sistes qui veulent al­ler trop loin, au risque de se re­trou­ver avec un Nixon à la Mai­son Blanche. Le Par­ti dé­mo­crate s'est trans­for­mé dans les an­nées qui ont sui­vi, avec comme point culmi­nant la pré­si­dence cen­triste de Bill Clin­ton. Tout comme la gauche a été en­ter­rée en 1972, les États-unis ont main­te­nant l'op­por­tu­ni­té d'en­ter­rer, non seule­ment Do­nald Trump, mais éga­le­ment la po­li­tique ra­ciste et mi­so­gyne qu'il re­pré­sente. Un re­jet com­plet alors que le monde en­tier a les yeux ri­vés sur le pays pour­rait en­voyer un mes­sage clair: Do­nald Trump n'est pas l'amé­rique. 23% de chances de faire le pire score de l'his­toire des pré­si­den­tielles Le Huf­fing­ton Post a fait des cal­culs et, au­jourd'hui, Trump a 23% de chances de faire un score in­fé­rieur à Mc­go­vern le jour de l'élec­tion. Trump est à la traîne sur Clin­ton dans la course pré­si­den­tielle. Se­lon l'agré­ga­teur de son­dages du Huff Post, il a 7,7 points de re­tard sur Clin­ton dans une op­po­si­tion à deux, et 6,5 points de re­tard si on in­clut les plus pe­tits can­di­dats. Dans la plu­part des son­dages, Trump a entre 38 et 42% d'in­ten­tions de vote. Dans ceux qui in­cluent les pe­tits can­di­dats, il a 23% de chances de faire pire que Mc­go­vern. Ses scores sont plus hauts dans les duels contre Clin­ton. Si l'on consi­dère ceux-ci comme plus proche de la réa­li­té, alors il a 4% de chances de faire pire que Mc­go­vern. Les per­sonnes qui ne veulent ni vo­ter pour Trump ni pour Clin­ton jouent un rôle im­por­tant dans cette croi­sade du plus grand per­dant. Tout bul­le­tin dans l'urne qui ne se­ra pas au nom de Trump contri­bue à di­mi­nuer son pour­cen­tage de voix, vu qu'il aug­mente le nombre to­tal de suf­frages ex­pri­més. Les élec­teurs du Par­ti consti­tu­tion­na­liste (un par­ti na­tio­na­liste qui a re­cueilli 0,09% des suf­frages en 2012), ou ceux qui glissent un bul­le­tin avec le nom d'un faux can­di­dat, ont de fait un rôle à jouer cette an­née.

Pour ar­ri­ver à ce ré­sul­tat, nous avons pris en compte tous les son­dages réa­li­sés en­tiè­re­ment pen­dant les 50 jours avant l'élec­tion du 8 no­vembre. Au­tre­ment dit, les son­dages qui se sont ache­vés à par­tir du 19 sep­tembre. Se­lon une ana­lyse des po­li­to­logues Ro­bert Erik­son et Ch­ris­to­pher Wle­zien cou­vrant les élec­tions de 1952 à 2008, les son­dages qui sont réa­li­sés 50 jours avant l'élec­tion pré­disent ap­proxi­ma­ti­ve­ment 75% de la va­riance du vrai scru­tin. Le pou­voir de pré­dic­tion des son­dages aug­mente jus­qu'à 95% lors­qu'ils ont lieu le jour de l'élec­tion. La date bu­toir du 19 sep­tembre nous donne, ce jeu­di 27 oc­tobre, 87 son­dages qui in­cluent les pe­tits can­di­dats, et 65 son­dages qui concernent un duel Trump/clin­ton. Trump compte entre 37 et 49% des son­dés en sa fa­veur dans les duels. Quand on in­clut les pe­tits can­di­dats, le mil­liar­daire re­cueille entre 36 et 44% des in­ten­tions de vote. Des son­dages de moins en moins flous à l'ap­proche du jour-j Bien sûr, plus l'élec­tion ap­proche, plus les son­dages sont une bonne in­di­ca­tion du ré­sul­tat fi­nal, nous avons donc pon­dé­ré les scores de Trump dans les son­dages en fonc­tion de leur proxi­mi­té avec le scru­tin. Ces coef­fi­cients ont été me­su­rés en uti­li­sant la va­riance ap­proxi­ma­tive ex­pli­ci­tée par les son­dages équi­valent dans l'ana­lyse de Erik­son et Wle­zien. Ain­si, les son­dages ef­fec­tués à 50 jours (le 19 sep­tembre) ont un coef­fi­cient de 0,75, puis ce­lui-ci aug­mente de 0,004 pour chaque jour qui rap­proche de l'élec­tion.

Cette pon­dé­ra­tion rend compte de l'in­cer­ti­tude plus ou moins grande se­lon le jour où est réa­li­sé le son­dage. Ce fac­teur est im­por­tant. Nous sa­vons qu'il y a une part d'in­cer­ti­tude dans les en­quêtes d'opi­nion, et plus on s'éloigne du jour du scru­tin, plus il est dif­fi­cile de pré­dire le ré­sul­tat fi­nal. La moyenne du pour­cen­tage de l'élec­to­rat qui sou­tient Trump pon­dé­rée par ce fac­teur-temps sert de ré­fé­rence pour sa­voir où en est le mil­liar­daire. La moyenne pon­dé­rée est de 39,2% pour Trump dans les son­dages qui in­cluent les pe­tits can­di­dats. L'écart-type pon­dé­ré, qui montre la va­ria­tion entre les dif­fé­rents son­dages, est de 2,4 points. Pour cal­cu­ler la pro­ba­bi­li­té que Trump tombe sous la barre des 37,4%, il suf­fit de faire une simple opé­ra­tion sta­tis­tique. On sup­pose que la marge d'er­reur va dans les deux sens, au-des­sus ou en des­sous des es­ti­ma­tions ac­tuelles: Trump pour­rait aus­si bien ga­gner des sou­tiens par­mi les in­dé­cis que perdre des voix par­mi ceux qui af­firment le sou­te­nir (si par exemple un nou­veau scan­dale éclate). On dis­tri­bue ain­si les scé­na­rios de fa­çon équi­table, en es­ti­mant que Trump a 50% de chances de faire un score su­pé­rieur à la moyenne des son­dages, et 50% de chances de faire un score in­fé­rieur.

Le ré­sul­tat qui nous in­té­resse, 37,4%, est 1,8 point in­fé­rieur à la moyenne de 39,2%, ce qui si­gni­fie que Trump a 23% de chances d'ob­te­nir 37,4% des voix ou moins. Si on fait le même cal­cul avec les son­dages qui ne prennent en compte que Trump et Clin­ton, alors Trump n'a plus que 4% de chances d'ob­te­nir 37,4% des voix ou moins. Ce­la s'ex­plique par le fait que la moyenne pon­dé­rée du can­di­dat ré­pu­bli­cain dans ces son­dages est plus éle­vée (42,4% avec un écart-type pon­dé­ré de 2,7 points). Des études montrent que le ré­sul­tat fi­nal de l'élec­tion se trouve la plu­part du temps entre les es­ti­ma­tions des son­dages qui in­cluent les pe­tits can­di­dats, et celles des son­dages avec seule­ment les deux prin­ci­paux pré­ten­dants. Si on ap­plique cette règle gé­né­rale, Trump a alors entre 10 et 15% de chances d'ob­te­nir 37,4% des voix ou moins. Il s'agit bien sûr d'une ap­proxi­ma­tion. Mais elle montre bien que Trump a une chance non­né­gli­geable de de­ve­nir le pire per­dant de l'his­toire ré­cente des pré­si­den­tielles amé­ri­caines.

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