L’art et la ma­nière

Le Temps (Tunisia) - - ARTS & CULTURE -

Ol­ga Ma­la­kho­va et Ali Fa­khet ex­posent à la Ga­le­rie Sa­la­din

Les ar­tistes Ol­ga Ma­la­kho­va et Ali Fa­khet, ex­posent à Si­di Bou-saïd. En ef­fet, ces deux ar­tistes sont de for­ma­tion, comme de dé­marche, très dif­fé­rents l’un de l’autre. Ce qui les unit au­jourd’hui, c’est beau­coup plus l’ami­tié et la re­ven­di­ca­tion d’ap­par­te­nir à la même ré­gion et à la même cul­ture de Gaf­sa et à son his­toire.

Ali Fa­khet est des­si­na­teur émé­rite, très per­fec­tion­niste et en fait, très brillant. Les 16 oeuvres qu’il pro­pose sont de moyennes di­men­sions ja­mais plus grandes que de 62,5 cm. La tech­nique du des­sin est tou­jours re­haus­sée de blanc afin d’ap­puyer la di­cho­to­mie lu­mière et ombre.

Quel­que­fois, il s’agit d’un la­vis re­haus­sé de blanc ou tout sim­ple­ment d’un des­sin aqua­relle.

La qua­si-ma­jo­ri­té des oeuvres sont des des­sins obéis­sant tous à la dé­marche du des­sin qu’ali Fa­khet pré­fère, au­jourd’hui, mon­trer, parce que, d’après lui, un ar­tiste plas­ti­cien ne peut pré­tendre s’ex­pri­mer ar­tis­ti­que­ment s’il ne montre pas de dis­po­si­tions réelles et de com­pé­tences pré­cises en des­sin… Concep­tion clas­sique d’un ar­tiste re­ven­di­quant le mé­tier d’abord que de re­cou­rir à ces ma­ni­fes­ta­tions né­bu­leuses et éphé­mères de réa­li­sa­tions in­for­melles sans nom. Ali Fa­khet est des­si­na­teur et il est fier de l’être, et ses oeuvres se ré­fèrent aux grands du des­sin à Ingres, comme à De­rain. Il ne re­chigne pas à re­cou­rir aux tra­vaux orien­ta­listes ni à leurs thèmes fa­vo­ri­sés al­lant des mar­chands am­bu­lants, aux bal­le­rines et autres dan­seuses, où Ali Fa­khet semble pré­fé­rer se main­te­nir à des tech­niques, des thèmes et des ex­pres­sions sûres du des­sin, tels qu’il les a ap­pris et tels qu’il les a trans­mis lui-même.

Ali Fa­khet re­late en des­sin (traits fins, contours, sûrs, clair/obs­cur… ses rap­ports avec le monde, les choses de la vie, des rap­ports simples.

Ali Fa­khet a choi­si le la­vis s’ex­pri­mer.

Nous sa­vons tous que le la­vis est un ex­cellent auxi­liaire du des­sin. Ali l’adapte pour ses ver­tus de rendre soi­gneu­se­ment les va­leurs des ombres sur les plans, les élé­va­tions et les vues pers­pec­tives dé­ve­lop­pées par les ar­chi­tectes, les in­gé­nieurs scé­na­ristes et Ali Fa­khet en fait par­tie.

En outre, Ali Fa­khet fait écla­ter à tra­vers le la­vis un monde raf­fi­né et re­cher­ché, l’es­sence des ob­jets et des êtres dans leur ap­pa­rence et dans leur pro­fon­deur sans né­gli­ger pour au­tant de pro­vo­quer un plai­sir es­thé­tique de la lé­gè­re­té et de la trans­pa­rence des choses de la vie.

Quel­que­fois, il reste au ni­veau de l’es­quisse et ne va pas jus­qu’à dé­cli­ner les formes gé­né­reuses opu­lentes des in­ti­mi­tés : Ali Fa­khet semble se res­treindre à évo­quer d’une ma­nière dis­crète « dé­char­née » les corps et leurs splen­deurs et ron­deurs. Ali Fa­khet est-il de­ve­nu, d’un seul coup, mo­ra­le­ment pu­riste, sé­vère ? Nous n’osons pas y croire !!

L’autre ar­tiste par­te­naire d’ali Fa­khet dans cette ex­po­si­tion est Ol­ga Ma­la­kho­va qui, elle, semble jouer à l’an­ti­thèse du pour

des­si­na­teur et qui pro­cède à un re­vi­re­ment presque to­tal de ce qu’elle a tou­jours dé­ve­lop­pé comme dé­marche ar­tis­tique et… per­son­nelle ! L’an­cienne dé­marche d’ol­ga Ma­la­kho­va était es­sen­tiel­le­ment d’ordre géo­mé­trique ba­sée presque tou­jours sur l’in­ser­tion d’élé­ments et de sym­boles conte­nus dans le Klim Gaf­si, y com­pris éga­le­ment les cou­leurs do­mi­nantes. Ol­ga Ma­la­kho­va signe, au­jourd’hui, en Ol­ga Ma­lak. Elle coupe les ponts avec tout. Elle ne vit plus à Gaf­sa. Elle tra­vaille à Tu­nis… Elle est en rup­ture do­ré­na­vant avec ses an­ciens amours en art, en style, en ico­no­gra­phie et en ex­pres­sion. Ce qui semble sur­vivre et en force est sa pas­sion pour tout ce qu’elle en­tre­prend… Est-ce ce­la la pas­sion en russe ? Un dé­fer­le­ment de rup­ture, qui n’épargne au­cun do­maine et qui ba­laye les com­po­si­tions abs­trac­tives presque pu­ristes des ta­bleaux d’an­tan. Ol­ga se ré­veille en peintre à la Klimt dont les oeuvres ont, sur une base orien­ta­liste, li­vré des tra­vaux tout en fleurs et en cou­leurs fa­bu­leuses. Les fleurs rem­plissent l’es­pace, les che­veux des belles nues, à dos ocres et com­bien éro­tiques.

L’éro­tisme bat son plein dans les ta­bleaux très sug­ges­tifs des bai­sers vo­lés et autre femme aux fleurs. Fleurs, poissons, oi­seaux, ga­zelles en­va­hissent non sans

gêne, les es­paces re­pré­sen­ta­tions.

Une réelle ex­plo­sion dans la com­po­si­tion ha­bi­tuelle de l’ar­tiste. Nous voyons poindre de nou­velles confi­gu­ra­tions très éro­tiques quel­que­fois même oni­riques.

Des ta­bleaux à di­men­sions plus mo­destes re­viennent à une ico­no­gra­phie du pa­tri­moine qui se ré­fèrent alors à la fixi­té des re­pré­sen­ta­tions de face et de pre­mier plan rap­pe­lant les fi­gures pu­niques des stèles vouées à Ta­nit, la si­len­cieuse et puis­sante déesse qui res­semble par­fois aux déesses pha­rao­niques tant par la cou­leur que par l’at­ti­tude hié­ra­tique. Ol­ga ne se ré­fère pas seule­ment à Ta­nit mais aus­si à l’ico­no­gra­phie by­zan­tine des pers­pec­tives re­tour­nées (nu de dos).

Ol­ga Ma­la­kho­va n’est plus sage pic­tu­ra­le­ment. Elle ex­plose et ne se re­tient plus. Elle tourne le dos aux com­po­si­tions tran­quilles des an­ciens tra­vaux. Elle re­trouve les an­ciennes amours de jeu­nesse, les dé­si­rs et les « ivresses » d’her­cule et casse la ba­raque ! Bien­ve­nue ! La li­ber­té est belle !!

Ali Fa­khet semble ré­sis­ter à ce dé­fer­le­ment d’ol­ga Ma­la­kho­va et à ses sé­quences brû­lantes. Nous sommes per­sua­dés qu’il sau­ra trou­ver la pa­rade… C’est une ques­tion de temps… Es­pé­rons-le !!

Hou­cine TLILI

des ta­bleaux et des

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