Hilla­ry Clin­ton sur la dé­fen­sive

Le Temps (Tunisia) - - MONDE -

Moins de dix jours sé­parent les Etats-unis de l’élec­tion pré­si­den­tielle du 8 no­vembre. Ils vont être éprou­vants pour le camp dé­mo­crate, qui pen­sait l’avoir dé­jà em­por­tée. Le mois d’oc­tobre avait en ef­fet été dif­fi­cile pour Do­nald Trump, l’ad­ver­saire ré­pu­bli­cain de leur can­di­date, Hilla­ry Clin­ton. En­fer­ré dans des po­lé­miques sur ses re­la­tions avec les femmes, peu convain­cant lors des dé­bats pré­si­den­tiels, M. Trump abor­dait la der­nière ligne droite de la cam­pagne dans de mau­vaises condi­tions, seul face à l’équipe sou­dée consti­tuée par les couples Clin­ton et Oba­ma, qui par­courent les Etats pi­vots. Le ma­gnat de l’im­mo­bi­lier était dis­tan­cé en ma­tière de col­lecte de fonds, ain­si qu’en termes d’or­ga­ni­sa­tion ca­pable de mo­bi­li­ser et faire vo­ter ses par­ti­sans. La dé­ci­sion du di­rec­teur du Fe­de­ral Bu­reau of In­ves­ti­ga­tion (Bu­reau fé­dé­ral d’en­quêtes, FBI), an­non­cée ven­dre­di 28 oc­tobre, d’ou­vrir une nou­velle en­quête re­la­tive à l’usage dis­cré­tion­naire d’un ser­veur pri­vé par Mme Clin­ton lors­qu’elle di­ri­geait la diplomatie amé­ri­caine, de 2009 à 2013, a tout bou­le­ver­sé. Alors que M. Trump avait per­du des se­maines à de­voir se jus­ti­fier, c’est son ad­ver­saire qui se re­trouve dé­sor­mais à cette place par­ti­cu­liè­re­ment ex­po­sée. Le contre-feu al­lu­mé par les dé­mo­crates vise donc le di­rec­teur du FBI, James Co­mey, som­mé de­puis trois jours de pu­blier l’en­semble des élé­ments qui l’ont pous­sé à cette dé­ci­sion.

« Il est plu­tôt étrange qu’une chose pa­reille soit pu­bliée, avec si peu d’in­for­ma­tions, juste avant une élec­tion », a dé­cla­ré sa­me­di Mme Clin­ton lors d’un mee­ting à Day­to­na Beach, en Flo­ride. « En fait, ce n’est pas seule­ment étrange, c’est sans pré­cé­dent et c’est pro­fon­dé­ment in­quié­tant, car les élec­teurs mé­ritent les faits dans leur en­semble. Nous avons donc ap­pe­lé le di­rec­teur Co­mey à ex­pli­quer tout, et tout de suite, à tout mettre sur la table », a ajou­té la can­di­date. La presse amé­ri­caine a ré­vé­lé, sa­me­di, que le dé­par­te­ment de la jus­tice, dont dé­pend M. Co­mey, n’était pas fa­vo­rable à ce qu’il in­forme le Congrès de cette étape, sans pour au­tant le lui in­ter­dire. Le di­rec­teur du FBI a pas­sé outre. Le pré­sident de la cam­pagne dé­mo­crate, John Po­des­ta, se montre, de­puis deux jours, en­core plus in­ci­sif. « En four­nis­sant de fa­çon sé­lec­tive des in­for­ma­tions »,M. Co­mey « a ou­vert la voie à des dis­tor­sions et à des exa­gé­ra­tions par­ti­sanes pour in­fli­ger le plus de dom­mages po­li­tiques », a-t-il ac­cu­sé sa­me­di. Il a af­fir­mé qu’il était fort pos­sible que les mes­sages re­trou­vés soient seule­ment des co­pies de ceux dé­jà en la pos­ses­sion du FBI. Di­manche, le chef de la mi­no­ri­té dé­mo­crate au Sé­nat, Har­ry Reid, a adres­sé un cour­rier à M. Co­mey, lais­sant en­tendre qu’il avait vio­lé le « Hatch Act », une loi qui in­ter­dit d’uti­li­ser une fonc­tion pu­blique gou­ver­ne­men­tale pour in­fluen­cer une élec­tion. M. Reid ac­cuse par ailleurs le di­rec­teur d’un « deux poids deux me­sures », pour ne pas en­quê­ter sur des liens éven­tuels entre l’équipe de cam­pagne de M. Trump et les res­pon­sables étran­gers du pi­ra­tage de la boîte de M. Po­des­ta, qui ali­mente de­puis le 7 oc­tobre la pu­bli­ca­tion, par Wi­kileaks, de cour­riers in­ternes dé­mo­crates. L’ad­mi­nis­tra­tion amé­ri­caine a pu­bli­que­ment mis en cause la Rus­sie, le 7 oc­tobre, dans une sé­rie de pi­ra­tages liés à la cam­pagne pré­si­den­tielle.

Se­lon la presse amé­ri­caine, des mil­liers de cour­riers élec­tro­niques ont été dé­cou­verts in­di­rec­te­ment dans un or­di­na­teur ap­par­te­nant à l’an­cien re­pré­sen­tant de l’etat de New York, An­tho­ny Wei­ner. L’ex-ma­ri d’une très proche conseillère de Mme Clin­ton, Hu­ma Abe­din, un mul­ti­ré­ci­di­viste des SMS à ca­rac­tère sexuel – qui lui ont coû­té sa car­rière et son couple –, au­rait cor­res­pon­du avec une mi­neure de Ca­ro­line du Nord, ce qui au­rait at­ti­ré l’at­ten­tion de la po­lice fé­dé­rale. Mme Abe­din ne s’est pas ex­pli­quée pu­bli­que­ment sur la pré­sence de ces mes­sages. In­ter­ro­gée par le FBI pen­dant l’en­quête, qui s’était ache­vée en juillet par la dé­ci­sion de ne pas re­com­man­der des pour­suites, elle avait mis à sa dis­po­si­tion les ap­pa­reils élec­tro­niques dont elle se ser­vait, mais pas cet or­di­na­teur, qu’elle au­rait uti­li­sé de ma­nière oc­ca­sion­nelle, se­lon les rares in­for­ma­tions pu­bliées à ce su­jet di­manche. Lorsque le di­rec­teur du FBI a an­non­cé l’ou­ver­ture d’une nou­velle en­quête, il ne dis­po­sait pas d’in­for­ma­tions pré­cises sur ces cour­riels. Il de­vait en ef­fet ob­te­nir du mi­nis­tère de la jus­tice un man­dat spé­ci­fique, qui lui a été ac­cor­dé di­manche soir. C’est ce man­dat qui va être mis à pro­fit, dans un dé­lai in­dé­ter­mi­né, pour sa­voir si les cour­riels re­trou­vés confirment ou contre­disent les conclu­sions de juillet. Les pro­chains son­dages vont per­mettre d’éva­luer l’im­pact de la dé­ci­sion de M. Co­mey sur la cam­pagne. Dans les jours qui avaient pré­cé­dé l’en­voi de la lettre du di­rec­teur du FBI, l’écart s’était dé­jà res­ser­ré entre les deux prin­ci­paux can­di­dats, no­tam­ment à la suite de l’an­nonce pro­bable de la hausse des primes d’as­su­rance liées à la ré­forme de san­té qui porte le nom du pré­sident dé­mo­crate, l’oba­ma­care. Com­ba­tive, Mme Clin­ton s’est ef­for­cée di­manche de mo­bi­li­ser son camp. « Nous ne pou­vons pas être dis­traits par tout ce bruit (...), nous de­vons res­ter concen­trés », a dé­cla­ré Mme Clin­ton lors d’une étape à Fort Lau­der­dale, en Flo­ride.« Quand on vous ren­verse, ce qui compte, c’est si vous vous re­le­vez », a ajou­té Mme Clin­ton lors d’une autre étape à Wil­ton Ma­nors. La dé­mo­crate dis­pose tou­jours des meilleures chances pour ac­cé­der à la Mai­son Blanche. Elle peut se per­mettre de perdre cer­tains Etats-clés, comme la Flo­ride et l’ohio, alors que son ad­ver­saire ré­pu­bli­cain doit im­pé­ra­ti­ve­ment les rem­por­ter pour pou­voir es­pé­rer ga­gner, même si ces vic­toires ne se­raient pas suf­fi­santes. Par ailleurs, plus de vingt et un mil­lions d’élec­teurs amé­ri­cains ont dé­jà vo­té. Ce nombre cor­res­pond à en­vi­ron un cin­quième du corps élec­to­ral, qui a pro­fi­té des dis­po­si­tions en fa­veur du vote an­ti­ci­pé mises en place par de nom­breux Etats. Mais en une se­maine, la cam­pagne a ce­pen­dant bel et bien chan­gé de to­na­li­té. Il y a en­core quelques jours, les dé­mo­crates dis­ser­taient sur l’am­pleur du triomphe an­non­cé de Mme Clin­ton, et de ses im­pli­ca­tions sur la ba­taille éga­le­ment en cours pour le contrôle du Sé­nat. La voi­là re­ve­nue bru­ta­le­ment en ar­rière, à la mi-sep­tembre, lors­qu’elle était ta­lon­née par M. Trump.

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