Op­po­si­tion de la France

Le Temps (Tunisia) - - MONDE -

De­puis des mois, la France ne cesse d’al­ler à l’en­contre de la vo­lon­té ex­pri­mée par une ma­jo­ri­té de pays d’éta­blir une norme ju­ri­dique contrai­gnante de pro­hi­bi­tion des armes nu­cléaires. Le 27 oc­tobre der­nier, à L’ONU, elle a confir­mé cette po­si­tion en vo­tant contre le pro­jet de ré­so­lu­tion L.41 pro­po­sé par 34 États, in­ti­tu­lé «Faire avan­cer les né­go­cia­tions mul­ti­la­té­rales sur le désar­me­ment nu­cléaire». Elle a émis le même vote que les États-unis, le Royaume-uni mais aus­si la Rus­sie et Is­raël ; un non-sens to­tal ! Les pays non nu­cléaires de L’OTAN ont vo­té dans le même sens, de peur de contra­rier leur pro­tec­teur amé­ri­cain, seuls les Pays-bas s’abs­te­nant sous la pres­sion de leur Par­le­ment. Op­po­sés aux puis­sances nu­cléaires, 123 États (Au­triche, Suède, Ir­lande, Mexique, Bré­sil, Afrique du Sud, Ma­lai­sie, Nou­velle Zé­lande...) ont vo­té cette ré­so­lu­tion, qui va faire de 2017 l’an­née de la né­go­cia­tion d’un «ins­tru­ment ju­ri­di­que­ment contrai­gnant vi­sant à in­ter­dire les armes nu­cléaires en vue de leur éli­mi­na­tion com­plète».

Il faut rap­pe­ler que les armes nu­cléaires sont les der­nières armes de des­truc­tion mas­sive à ne pas être sou­mises à une in­ter­dic­tion (Conven­tion sur l’in­ter­dic­tion des armes bio­lo­giques - 1972, Conven­tion sur l’in­ter­dic­tion des armes chi­miques - 1993). De­puis 1970 (en­trée en vi­gueur du Trai­té de Non-pro­li­fé­ra­tionTNP) cinq pays bé­né­fi­cient du droit de dis­po­ser de ces armes, mais à la condi­tion d’en né­go­cier «de bonne foi» l’éli­mi­na­tion. Or, qua­rante-six ans plus tard, il existe tou­jours plus de 15 000 armes nu­cléaires et tout est blo­qué dans les faits en ma­tière de désar­me­ment nu­cléaire mul­ti­la­té­ral de­puis 1996, date de la si­gna­ture du Trai­té d’in­ter­dic­tion com­plète des es­sais nu­cléaires.

Le pro­jet d’in­ter­dic­tion in­ter­na­tio­nale de l’arme nu­cléaire dont il est ques­tion au­jourd’hui est por­té de­puis de nom­breuses an­nées par un grand nombre D’ONG, comme la Croix Rouge ou la Cam­pagne In­ter­na­tio­nale pour l’abo­li­tion des Armes Nu­cléaires (ICAN). Il ne s’agit pas de la re­ven­di­ca­tion d’un mou­ve­ment d’idéa­listes, mais d’un ob­jec­tif concret de po­li­tique in­ter­na­tio­nale pour près des deux tiers des pays de la pla­nète. La pers­pec­tive d’un trai­té d’in­ter­dic­tion des armes nu­cléaires est sou­te­nue par un vaste mou­ve­ment d’opi­nion à l’échelle mon­diale. C’est ain­si que les par­le­men­taires eu­ro­péens viennent d’adop­ter le 25 oc­tobre 2016, à une large ma­jo­ri­té, une ré­so­lu­tion ap­puyant le pro­jet de L’ONU. Ils y sou­lignent, contrai­re­ment à la plu­part des gou­ver­ne­ments de l’union eu­ro­péenne, «qu’une telle dé­marche vien­dra étayer les ob­jec­tifs et obli­ga­tions consa­crés par le TNP en ma­tière de non-pro­li­fé­ra­tion et de désar­me­ment, et contri­bue­ra à créer des condi­tions fa­vo­rables pour la sé­cu­ri­té in­ter­na­tio­nale et un monde sans armes nu­cléaires». Ce mou­ve­ment glo­bal d’opi­nion s’ex­plique no­tam­ment par une prise de conscience de plus en plus aigüe des consé­quences hu­ma­ni­taires d’une ex­plo­sion, dé­li­bé­rée ou ac­ci­den­telle, d’un en­gin nu­cléaire. Les votes ré­cents de l’as­sem­blée gé­né­rale des Na­tions Unies sont le signe d’un chan­ge­ment pro­fond. Dé­sor­mais, les États non nu­cléaires, en très grande ma­jo­ri­té, s’ap­prêtent à ac­croître leur pres­sion sur les puis­sances nu­cléaires en se sai­sis­sant de l’agenda du désar­me­ment.

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