Un cri d'amour en fi­li­grane

Le Temps (Tunisia) - - ARTS & CULTURE -

« Tha­la mon amour » de Meh­di Hmi­li

Le long-mé­trage tu­ni­sien « Tha­la mon amour » du jeune réa­li­sa­teur Meh­di Hmi­li, pro­je­té en com­pé­ti­tion of­fi­cielle aux JCC, vou­drait ra­con­ter l’his­toire d’un amour im­pos­sible qui se passe à Tha­la au coeur des évé­ne­ments dou­lou­reux vé­cus par cette ville au dé­but

Le réa­li­sa­teur y creuse des sillons pour crier l’amour qu’il voue pour une ville presque ou­bliée par l’his­toire et par les dé­ci­deurs po­li­tiques des temps contem­po­rains. Le film dis­tille, en plus, des sen­ti­ments d’amour et de haine à tra­vers le re­gard et les actes de ses dif­fé­rents per­son­nages. Ces der­niers règlent leurs comptes à l’oc­ca­sion de l’avè­ne­ment de la ré­vo­lu­tion. Mais ce qui reste in­tri­guant, c’est le pa­ral­lé­lisme entre une his­toire d’amour qui se ré­veille après tant d’an­nées et le sou­lè­ve­ment po­pu­laire qui a en­gen­dré plu­sieurs vic­times et bles­sés. On avait du mal à suivre si­mul­ta­né­ment le vo­let ré­vo­lu­tion­naire et l’autre vo­let in­hé­rent à l’amour. Ce der­nier sur­vient au mi­lieu du film après que le spec­ta­teur ait dé­cou­vert les te­nants et les abou­tis­sants de l’his­toire d’une femme cou­ra­geuse tra­vaillant dans une usine et qui sup­porte mal un ma­ri tou­jours grin­chant. Elle fi­ni­ra par aban­don­ner son bou­lot, tout en dé­non­çant la sur­ex­ploi­ta­tion de toutes ses col­lègues ou­vrières. Son sou­lè­ve­ment ne va pas de pair avec son an­cien amour qu’elle re­trouve après tant d’an­nées d’ab­sence, an­nées qu’il a pas­sées en pri­son. Le pa­ra­doxe sur­git, ce­lui du sou­lè­ve­ment so­cial et de la prise de conscience de cette femme qui crie son mal et garde en elle un amour en­foui.

In­con­di­tion­nel et sym­bo­lique

du dé­clen­che­ment de la ré­vo­lu­tion tu­ni­sienne en jan­vier 2011. Un film qui nous laisse tout de même per­plexes par les évé­ne­ments qui y ont lieu en pa­ral­lèle et par une nar­ra­tion dé­cou­sue, qui cache l’es­sen­tiel du pro­pos.

Elle ne le crie pas haut et fort, pré­fé­rant plu­tôt le vivre en si­lence, tout en ren­con­trant son éter­nel amour. Gha­nem Zrel­li, dans le rôle de Mo­ha­med et Ne­j­la Ben Ab­dal­lah, dans ce­lui de Hou­rya, sont les pro­ta­go­nistes prin­ci­paux du film. Ils y jouent avec so­brié­té avec des ex­pres­sions de vi­sage prises en gros plan. Le film « Tha­la mon amour » sym­bo­lise-t-il un amour in­con­di­tion­nel pour une ville ? Et qui ne peut mou­rir, mal­gré les vi­cis­si­tudes du temps. Un cri d’amour, dit en fi­li­grane et par sym­bo­lisme in­ter­po­sé. Un film qui sor­ti­ra en jan­vier 2017.

Lot­fi BEN KHELIFA

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