Un front mo­der­niste en ges­ta­tion ?

Ini­tia­tive louable, pa­ri ha­sar­deux, coup de po­ker…

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Wa­lid KHEFIFI

Les ru­meurs prê­tant au pré­sident de la Ré­pu­blique Bé­ji Caïd Es­seb­si l'in­ten­tion de fon­der un nou­veau par­ti ou un front re­grou­pant les forces mo­der­nistes qui rem­pla­ce­rait Ni­daâ Tounes au­jourd'hui en lam­beaux et ago­ni­sant, enflent de­puis quelques se­maines. Cette in­for­ma­tion semble se confir­mer et prendre de l'am­pleur dans le mi­cro­cosme po­li­tique ces der­niers jours. Mar­di, le ma­ga­zine Jeune Afrique ré­vé­lait que le lo­ca­taire du Pa­lais de Car­thage ne bri­gue­ra pas un nou­veau man­dat en 2019 mais en­vi­sage la créa­tion d'un front qui re­grou­pe­rait des par­tis et des per­son­na­li­tés de la fa­mille mo­der­niste, afin de faire contre­poids au mou­ve­ment is­la­miste, ci­tant des sources proches du ca­bi­net pré­si­den­tiel.

Les ru­meurs prê­tant au pré­sident de la Ré­pu­blique Bé­ji Caïd Es­seb­si l’in­ten­tion de fon­der un nou­veau par­ti ou un front re­grou­pant les forces mo­der­nistes qui rem­pla­ce­rait Ni­daâ Tounes au­jourd’hui en lam­beaux et ago­ni­sant, enflent de­puis quelques se­maines. Cette in­for­ma­tion semble se confir­mer et prendre de l’am­pleur dans le mi­cro­cosme po­li­tique ces der­niers jours. Mar­di, le ma­ga­zine Jeune Afrique ré­vé­lait que le lo­ca­taire du Pa­lais de Car­thage ne bri­gue­ra pas un nou­veau man­dat en 2019 mais en­vi­sage la créa­tion d’un front qui re­grou­pe­rait des par­tis et des per­son­na­li­tés de la fa­mille mo­der­niste, afin de faire contre­poids au mou­ve­ment is­la­miste, ci­tant des sources proches du ca­bi­net pré­si­den­tiel L’heb­do­ma­daire fon­dé par Bé­chir Ben Yah­med, un an­cien mi­nistre de l’in­for­ma­tion de Bour­gui­ba qui a ses en­trées au Pa­lais de Car­thage, a éga­le­ment pré­ci­sé que le chef de l’etat au­rait sol­li­ci­té Ah­med Né­jib Cheb­bi, avo­cat et fon­da­teur du Par­ti dé­mo­crate pro­gres­siste (PDP, de­ve­nu Al-joum­hou­ri), pour qu’il par­ti­cipe à l’équipe di­ri­geante de ce mou­ve­ment, cen­sé en­trer en lice pour les pro­chaines mu­ni­ci­pales. Ephé­mère mi­nistre du dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal dans le gou­ver­ne­ment for­mé en 2011 par Bé­ji Caïd Es­seb­si, alors Pre­mier mi­nistre, Ah­med Né­jib Cheb­bi n’a pas tar­dé à en­fi­ler son cos­tume de VRP de ce front mo­der­niste tant rê­vé. In­vi­té du talk-show 24/7 dif­fu­sé mar­di soir par la chaîne Al Hi­war Et­toun­si, ce mi­li­tant de gauche et fi­gure mar­quante de l’op­po­si­tion au ré­gime de Ben Ali qui a pris ses dis­tances avec Al-joum­hou­ri de­puis sa dé­con­ve­nue lors de la der­nière pré­si­den­tielle, a son­né l’heure de la (re)mo­bi­li­sa­tion en vue de for­mer un large front re­grou­pant des par­tis pro­gres­sistes dont Ni­daâ Tounes, Ma­chrou Tounes, Afek Tounes , Al-mas­sar et Al-joum­hou­ri en vue de faire contre­poids aux is­la­mistes d’en­nahd­ha. Do­pés par le ré­cent triomphe de leurs «frères» ma­ro­cains, ces der­niers rem­por­te­raient, se­lon lui, haut la main les pro­chaines mu­ni­ci­pales en l’ab­sence d’un front pro­gres­siste uni et sou­dé.

Un pa­ri ha­sar­deux

Le pro­jet de créa­tion de ce front pro­gres­siste re­pré­sente une vé­ri­table tem­pête d’automne dans la me­sure où il ris­que­rait d’en­fon­cer un coin entre le mou­ve­ment En­nahd­ha et Ni­daâ Tounes et de chan­ger ra­di­ca­le­ment l’équa­tion po­li­tique ac­tuelle ba­sée sur la co­ha­bi­ta­tion entre les is­la­mistes mo­dé­rés et les mo­der­nistes. Reste à s’in­ter­ro­ger sur les chances de suc­cès de cette nou­velle aven­ture po­li­tique. D’au­tant plus que le rêve de ras­sem­bler les mo­der­nistes a été moult fois étouf­fé dans l’oeuf. L’union pour la Tu­ni­sie (UPT), une coa­li­tion po­li­tique et élec­to­rale fon­dée en jan­vier 2013 et re­grou­pant Ni­daâ Tounes, Al-joum­hou­ri, Al-mas­sar, le Par­ti so­cia­liste et le Par­ti du tra­vail pa­trio­tique et dé­mo­cra­tique, n’a pas fait long feu en rai­son des égos dé­me­su­rés des di­ri­geants de dif­fé­rents par­tis. Al-joum­hou­ri, lui-même is­su de la fu­sion de plu­sieurs par­tis cen­tristes et so­cio-li­bé­raux, en l’oc­cur­rence le Par­ti dé­mo­crate pro­gres­siste, Afek Tounes, Al Ira­da, Al Ka­ra­ma, le Par­ti de la dé­mo­cra­tie et de la jus­tice sociale, a aus­si pé­ri­cli­té en l’es­pace de quelques mois en rai­son d’une fé­roce guerre de lea­der­ship. Cer­tains ana­lystes es­timent ce­pen­dant que le pré­sident de la Ré­pu­blique a sor­ti de son cha­peau l’idée de la for­ma­tion d’un front mo­der­niste, de­ve­nue un vé­ri­table serpent de mer, afin de créer un choc psy­cho­lo­gique au sein de Ni­daâ Tounes et de pous­ser les cou­rants an­ta­go­nistes qui le tra­versent à mettre de l’ordre dans la mai­son. Bé­ji Caïd Es­seb­si ne semble pas en ef­fet déses­pé­rer de re­col­ler les mor­ceaux de son par­ti. En re­ce­vant, ré­cem­ment, le co­fon­da­teur de Ni­daâ Tounes, Laz­har Akre­mi, qui est re­ve­nu en mai der­nier dans le gi­ron du par­ti après une tra­ver­sée du dé­sert de six mois, lui au­rait confié qu’il al­lait s’oc­cu­per du «pro­blème de Ni­daâ» aus­si­tôt le nou­veau gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale bien ins­tal­lé dans sa mis­sion. Si cette hy­po­thèse se confirme, Ah­med Né­jib Cheb­bi qui a été re­çu par le pré­sident de la Ré­pu­blique au plus fort des dis­cus­sions sur la for­ma­tion d’un gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale et dont le nom a fi­gu­ré dans les pe­tits pa­piers de Bé­ji Caïd Es­seb­si comme suc­ces­seur po­ten­tiel d’ha­bib Es­sid, se­rait en­core une fois le din­don de la farce.

Bé­ji Caïd Es­seb­si

Ah­med Né­jib Cheb­bi

Laz­har Akre­mi

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