Le ci­né­ma pa­les­ti­nien fait au­tre­ment !

Dans le cadre de la com­pé­ti­tion long mé­trage, les JCC ont pré­sen­té le film de Omar Echar­kaoui, réa­li­sa­teur pa­les­ti­nien ré­si­dant au Da­ne­mark, in­ti­tu­lé « Al Ma­di­na ». Ce film semble avoir exer­cé un grand ef­fet sur le pu­blic ci­né­phile, ha­bi­tué à voir des fil

Le Temps (Tunisia) - - Arts & Culture - Hech­mi KHALLADI

« Al Ma­di­na » de Omar Echar­kaoui

Cette fois-ci, il s’agit d’une nou­velle vi­sion ci­né­ma­to­gra­phique : le réa­li­sa­teur Omar Echar­kaoui a pré­fé­ré trai­ter du su­jet au­tre­ment. Pour lui, le re­tour à la Pa­les­tine, la mère pa­trie, ne se fait pas de la ma­nière en­vi­sa­gée tra­di­tion­nel­le­ment dans les films pa­les­ti­niens, de­ve­nue sté­réo­ty­pée et clas­sique. Aus­si peu­ton re­mar­quer que l’as­pect fic­tion­nel le rem­porte sur ce­lui de la do­cu­men­ta­tion ou le té­moi­gnage : c’est dire que le réa­li­sa­teur aborde la ques­tion pa­les­ti­nienne à la ma­nière oc­ci­den­tale puisque l’his­toire du film réunit amour, sexe, vio­lence, cri­mi­na­li­té. Dans cer­tains pays arabes, croit-on sa­voir, pas mal de spec­ta­teurs ont quit­té la salle de pro­jec­tion, à cause des scènes trop osées dans le film ! Et c’est peut-être pour cette rai­son que cer­tains éprouvent une dé­cep­tion de voir la ques­tion pa­les­ti­nienne se

trai­ter de la sorte !

Certes le rêve du re­tour à la mère pa­trie y est trai­té, mais, évi­tant les sen­tiers bat­tus, le réa­li­sa­teur a op­té pour une nar­ra­tion et une tech­nique nou­velle, bien dif­fé­rente de ce qu’on a connu du ci­né­ma clas­sique pa­les­ti­nien ou les films sur la Pa­les­tine.

Les faits, de ce long-mé­trage pa­les­ti­no-jor­da­nien de 90 mi­nutes, se dé­roulent dans une ville arabe ano­nyme. L’his­toire com­mence avec le re­tour de Yous­sef dans sa terre na­tale, ac­com­pa­gné de sa femme da­noise, en­ceinte de leur pre­mier en­fant, en quête de re­pos. Les bou­le­ver­se­ments com­mencent quand le couple se fait agres­ser, sur un che­min, par une bande de mal­fai­teurs. En ré­agis­sant et pour dé­fendre sa femme, Yous­sef tue un en­fant par in­ad­ver­tance et sans le vou­loir. Suite à cette

agres­sion, l’épouse da­noise perd son en­fant et son ma­ri Yous­sef est je­té en pri­son où il su­bi­ra les pires sé­vices, (vio­lences, agres­sions...). Ce cal­vaire va du­rer jus­qu’au jour où la pri­son est bom­bar­dée, ce qui per­met­tra aux pri­son­niers de s’éva­der, entre autres Yous­sef. Il se lance alors dans une aven­ture en quête de sa femme qui est re­ve­nue au Da­ne­mark. De guerre lasse, et faute de moyens de sur­vie, il est contraint de joindre un groupe de tra­fi­quants d’or­ganes d’en­fants, chose qui lui fait perdre son hu­ma­ni­té. Il se perd et s’en­fonce dans une fo­lie qui lui fait perdre son hu­ma­nisme. Mais il pense s’en re­pen­tir et dé­cide en­fin de fuir le groupe de cri­mi­nels… A vrai dire, la fin du film laisse le spec­ta­teur sur sa soif, po­sant mille ques­tions sur la suite des évé­ne­ments.

Rap­pe­lons qu’omar Echar­kaoui est un réa­li­sa­teur ex­cep­tion­nel, né en 1974 à Co­pen­hague d’une mère da­noise et d’un père pa­les­ti­nien, il y a vé­cu presque toute sa vie en tra­vaillant comme pho­to­graphe. Il fait son pre­mier film (Au re­voir, mon beau) en 2008. En 2011 Echar­kaoui à réa­li­sé son film « ½ thaou­ra » (une de­mie ré­vo­lu­tion) qui re­trace les pre­miers jours de la ré­vo­lu­tion égyp­tienne contre le Pré­sident Hoss­ni Mu­ba­rak. Dans ce film, pa­ru en 2016, le réa­li­sa­teur aborde un thème qui traite de l’exil et de l’es­poir de re­tour à la terre et aux ra­cines, mais on peut dire que c’est un film qui peut col­ler à l’ac­tua­li­té du monde arabe, du fait que les évé­ne­ments se dé­roulent dans un pays arabe ano­nyme.

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