Les pieds dans les plats

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Elec­tions amé­ri­caines

Re­lan­çant l’en­quête sur l’af­faire de la mes­sa­ge­rie pri­vée d’hilla­ry Clin­ton, le di­rec­teur du FBI James Co­mey n’au­rait pas pu se mettre plus com­plè­te­ment les pieds dans les plats et, par consé­quent, in­ter­ve­nir de fa­çon plus ha­sar­deuse dans une campagne pré­si­den­tielle qui pas­sait dé­jà pour la plus insolite de l’his­toire des États-unis. À avoir ap­pa­rem­ment dé­ci­dé de faire preuve de la plus grande trans­pa­rence pos­sible, il se trouve à pe­ser in­dû­ment sur l’opi­nion élec­to­rale à la fa­veur de Do­nald Trump, et donc à faire exac­te­ment le contraire de ce qu’il prêche de­puis son ar­ri­vée en poste en 2013 — s’agis­sant de pré­ser­ver la neu­tra­li­té apo­li­tique de l’ins­ti­tu­tion. Cer­tains ont vite com­pa­ré M. Co­mey à J. Ed­gar Hoo­ver, di­rec­teur ul­tra­po­li­ti­sé du FBI de 1935 à 1972, fief­fé an­ti­com­mu­niste mon­tré du doigt pour avoir no­tam­ment ten­té en sous-main de fa­vo­ri­ser l’élec­tion du ré­pu­bli­cain Tho­mas E. De­wey à la pré­si­den­tielle qui l’op­po­sa en 1948 au dé­mo­crate Har­ry Tru­man, qui l’em­por­ta fi­na­le­ment. Sauf qu’il ne s’agit pas d’une com­pa­rai­son qui, du moins jus­qu’à preuve du contraire, sied vrai­ment à M. Co­mey, comme il s’est plu­tôt em­ployé, à plu­sieurs re­prises de­puis son en­trée en fonc­tion, à mettre en garde l’agence fé­dé­rale contre les risques de dé­rive « hoo­ve­rienne ».

S’il est par­fai­te­ment conce­vable que le FBI soit en­core ca­pable de com­bines po­li­tiques clan­des­tines dont les Amé­ri­cains ne sau­ront ja­mais rien, il se trouve en l’oc­cur­rence que l’in­ter­ven­tion élec­to­rale à la­quelle vient ob­jec­ti­ve­ment de se li­vrer M. Co­mey est tout sauf se­crète, tant elle af­fecte ex­pli­ci­te­ment le pro­fond déficit de confiance dont souffre Mme Clin­ton au­près de l’élec­to­rat. La bourde qu’il a com­mise est for­mi­dable et mul­ti­forme : d’abord, non content d’an­non­cer en juillet der­nier qu’après en­quête, Mme Clin­ton ne mé­ri­tait pas d’être pour­sui­vie pour l’usage d’une mes­sa­ge­rie pri­vée alors qu’elle était se­cré­taire d’état, il avait cru utile d’en ra­jou­ter et de por­ter un ju­ge­ment sur sa conduite en la qua­li­fiant d’« ex­trê­me­ment né­gli­gente ». Ce double mes­sage s’est trou­vé à je­ter un doute sur la va­leur de la dé­ci­sion du FBI et à don­ner du grain à moudre au clan Trump. M. Co­mey a en­suite com­mis l’er­reur, ven­dre­di der­nier, de creu­ser ce doute en an­non­çant en termes in­croya­ble­ment vagues que, dis­po­sant de nou­veaux cour­riels qui pour­raient être« per­ti­nents » à l’en­quête, il fal­lait la rou­vrir… Par quelle lo­gique a-t-il dé­ci­dé, à une se­maine du scru­tin du 8 no­vembre, de faire des in­si­nua­tions qui au­raient né­ces­sai­re­ment un im­pact sur l’élec­tion ? À l’égal de Mme Clin­ton, il y a lieu de trou­ver que M. Co­mey a lui aus­si été « ex­trê­me­ment né­gligent ».

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