At­ten­tat à Diyar­ba­kir

8 morts et une cen­taine de bles­sés

Le Temps (Tunisia) - - La Une -

L'ex­plo­sion d'une voiture pié­gée a fait huit morts et une cen­taine de bles­sés hier ma­tin à Diyar­ba­kir, la grande ville kurde du sud-est de la Turquie, quelques heures après l'ar­res­ta­tion de douze par­le­men­taires du Par­ti dé­mo­cra­tique des peuples (HDP, pro­kurde), dont ses deux co-pré­si­dents, Se­la­hat­tin De­mir­tas et Fi­gen Yuk­sek­dag.

• 8 morts et une cen­taine de bles­sés

L’ex­plo­sion d’une voiture pié­gée a fait huit morts et une cen­taine de bles­sés hier ma­tin à Diyar­ba­kir, la grande ville kurde du sud-est de la Turquie, quelques heures après l’ar­res­ta­tion de douze par­le­men­taires du Par­ti dé­mo­cra­tique des peuples (HDP, pro-kurde), dont ses deux co-pré­si­dents, Se­la­hat­tin De­mir­tas et Fi­gen Yuk­sek­dag. Le Pre­mier mi­nistre turc, Bi­na­li Yil­di­rim, a pré­ci­sé qu’un sé­pa­ra­tiste du Par­ti des tra­vailleurs du Kur­dis­tan (PKK) était au nombre des tués. L’at­taque a été im­pu­tée au Par­ti des tra­vailleurs du Kur­dis­tan (PKK), clas­sé or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste par le gou­ver­ne­ment turc mais aus­si par les Etat­su­nis et l’union eu­ro­péenne. L’ex­plo­sion s’est pro­duite dans le quar­tier de Ba­glar, près d’un com­mis­sa­riat de po­lice où sont gar­dés à vue plu­sieurs des élus du HDP ar­rê­tés la veille dans le cadre d’une enquête an­ti­ter­ro­riste, a-t-on ap­pris de sources proches de la sé­cu­ri­té. Au to­tal, douze dé­pu­tés du Par­ti dé­mo­cra­tique des peuples (HDP, pro-kurde) ont été ar­rê­tés, sus­ci­tant la pré­oc­cu­pa­tion de l’union eu­ro­péenne dé­jà in­quiète de l’évo­lu­tion de la so­cié­té turque de­puis le coup d’etat man­qué du 15 juillet der­nier.

Les au­to­ri­tés turques, qui leur re­prochent d’avoir re­fu­sé de té­moi­gner dans des dos­siers liés à «la pro­pa­gande ter­ro­riste», as­surent que la loi a été res­pec­tée. «Les par­le­men­taires qui ont été ar­rê­tés ont igno­ré la loi», a ex­pli­qué le mi­nistre de la Jus­tice, Be­kir Boz­dag, ci­té par l’agence de presse Ana­to­lie. «Ils ont re­çu une in­vi­ta­tion mais ne se sont pas ma­ni­fes­tés. Quelle autre so­lu­tion avions-nous ? Les faire ve­nir de force.» Se­la­hat­tin De­mir­tas et Fi­gen Yuk­sek­dag, qui co-pré­sident le par­ti, ont été ar­rê­tés à leur domicile, à Diyar­ba­kir, pour le pre­mier et à An­ka­ra pour la se­conde. Lors d’une confé­rence de presse, le porte-pa­role du HDP a dé­non­cé une «opé­ra­tion po­li­tique» dont l’ob­jec­tif, a ajou­té Ay­han Bil­gen, est de pro­vo­quer une «guerre ci­vile» et d’éra­di­quer un par­ti qui a réuni plus de cinq mil­lions de voix lors des deux élec­tions lé­gis­la­tives de l’an­née der­nière.

Se­la­hat­tin De­mir­tas, can­di­dat à l’élec­tion pré­si­den­tielle rem­por­tée en 2014 par Re­cep Tayyip Er­do­gan, a dé­cla­ré pour sa part qu’il était prêt à ré­pondre de ses actes «de­vant une jus­tice équi­table et im­par­tiale». «Mais je re­fuse d’être un ac­teur d’un théâtre ju­di­ciaire juste parce qu’er­do­gan, dont le propre pas­sé po­li­tique est sus­pect, l’a or­don­né», ajoute-t-il sur Twit­ter. Sur le même site de mi­cro­blog­ging, Fe­de­ri­ca Mo­ghe­ri­ni, la Haute Re­pré­sen­tante de L’UE pour la po­li­tique ex­té­rieure et de sé­cu­ri­té com­mune, s’est dite «ex­trê­me­ment pré­oc­cu­pée par l’ar­res­ta­tion de De­mir­tas et des autres élus du HDP». «Nous at­ten­dons de la Turquie qu’elle ga­ran­tisse sa dé­mo­cra­tie par­le­men­taire, y com­pris le res­pect des droits de l’homme et l’état de droit, et nous trans­met­tons di­rec­te­ment ces at­tentes aux au­to­ri­tés turques», a-t-elle ajou­té dans un com­mu­ni­qué si­gné avec le com­mis­saire eu­ro­péen à l’elar­gis­se­ment, Jo­hannes Hahn. «C’est une très mau­vaise nou­velle pour la Turquie. En­core une fois», a dé­plo­ré pour sa part la Néer­lan­daise Ka­ti Pi­ri, rap­por­teur du Par­le­ment eu­ro­péen sur la Turquie. A Ber­lin, le porte-pa­role du gou­ver­ne­ment al­le­mand, Stef­fen Sei­bert, a ré­cla­mé que les dé­pu­tés du HDP aient droit à un «pro­cès équi­table». Le mi­nistre al­le­mand des Af­faires étran­gères, Frank-wal­ter Stein­meier, a de­man­dé que le char­gé d’af­faires turc soit convo­qué. «Les ar­res­ta­tions de res­pon­sables et d’élus du HDP kurde consti­tuent aux yeux du mi­nistre une nou­velle in­ten­si­fi­ca­tion dra­ma­tique de la si­tua­tion», rap­portent ses ser­vices dans un com­mu­ni­qué. Se­lon de nombreux Turcs, l’ac­cès aux ré­seaux so­ciaux tels que Twit­ter, Fa­ce­book ou au sys­tème de messagerie Whatsapp, a été per­tur­bé à la suite de ces ar­res­ta­tions. L’uti­li­sa­tion est ce­pen­dant pos­sible en connexion VPN (ré­seau vir­tuel pri­vé). An­ka­ra ac­cuse de longue date les membres du HDP d’être liés au Par­ti des tra­vailleurs du Kur­dis­tan (PKK), ce que ré­fute la for­ma­tion d’op­po­si­tion. Avec 59 sièges, le HDP est la troi­sième force po­li­tique au Par­le­ment turc. De­puis juin, les dé­pu­tés ne sont plus pro­té­gés par l’im­mu­ni­té par­le­men­taire

Lieu de l’at­ten­tat à Diyar­ba­kir

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