Union na­tio­nale dites-vous !

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Sal­ma BOURAOUI

Le gou­ver­ne­ment d'ha­bib Es­sid, ar­ri­vé au pou­voir en dé­but de l'an­née pré­cé­dente, a été gran­de­ment cri­ti­qué, pour être écar­té par la suite, pour avoir man­qué de deux élé­ments es­sen­tiels : la so­li­da­ri­té gou­ver­ne­men­tale et le sou­tien po­li­tique et par­ti­san. Bien qu'il ait ob­te­nu une large confiance de la part de l'as­sem­blée des re­pré­sen­tants du peuple (ARP), avec 167 voix, ce gou­ver­ne­ment n'a pas réus­si à bé­né­fi­cier du sou­tien de l'an­cien quar­tet au pou­voir.

Le gou­ver­ne­ment d’ha­bib Es­sid, ar­ri­vé au pou­voir en dé­but de l’an­née pré­cé­dente, a été gran­de­ment cri­ti­qué, pour être écar­té par la suite, pour avoir man­qué de deux élé­ments es­sen­tiels : la so­li­da­ri­té gou­ver­ne­men­tale et le sou­tien po­li­tique et par­ti­san. Bien qu’il ait ob­te­nu une large confiance de la part de l’as­sem­blée des re­pré­sen­tants du peuple (ARP), avec 167 voix, ce gou­ver­ne­ment n’a pas réus­si à bé­né­fi­cier du sou­tien de l’an­cien quar­tet au pou­voir. Pen­dant que Ni­daa Tounes était oc­cu­pé à ac­cen­tuer ses cli­vages, En­nahd­ha était concen­tré sur la te­nue de son dixième congrès. Quant à l’union pa­trio­tique libre (UPL) et à Afek Tounes, ils avaient d’autres chats à fouet­ter…

Les mi­nistres eux-mêmes n’étaient pas so­li­daires les uns en­vers les autres : Sa­mi­ra Ma­raï, an­cienne mi­nistre de la Femme, de la fa­mille et de l’en­fance, et Oth­man Bat­tikh, an­cien mi­nistre des Af­faires re­li­gieuses, ont en fait les frais en ce sens qu’ils ont dû gé­rer, tous seuls, les cam­pagnes de dé­ni­gre­ment dont ils ont été vic­times après l’épi­sode des écoles co­ra­niques. Tous ces élé­ments avaient ame­né le pré­sident de la Ré­pu­blique, Bé­ji Caïd Es­seb­si, a lan­cé son ini­tia­tive, le 2 juin der­nier, à l’is­sue de la­quelle un gou­ver­ne­ment dit d’union na­tio­nale a été for­mé. C’est ain­si qu’un cer­tain ven­dre­di 26 août, Yous­sef Cha­hed et ses mi­nistres ont réus­si à ob­te­nir 167 voix au Par­le­ment. Le nombre de voix pour la confiance n’est pas le seul point en com­mun entre les deux gou­ver­ne­ments. Si l’équipe d’ha­bib Es­sid a man­qué de sou­tien dès le coup d’en­voi de ses tra­vaux, celle de Yous­sef Cha­hed a dû at­tendre la pu­bli­ca­tion du très contro­ver­sé pro­jet de loi des Fi­nances de 2017. Un texte ju­gé critique, voire dan­ge­reux, par cer­tains et ayant pro­vo­qué plu­sieurs ré­voltes dont celle de l’union gé­né­rale tu­ni­sienne du tra­vail (UGTT). Dé­pas­sant le cap des dé­cla­ra­tions en­flam­mées, ce pro­jet de loi a ame­né l’ordre na­tio­nal des avo­cats tu­ni­siens à ob­ser­ver une jour­née de grève gé­né­rale pen­dant que la cen­trale syn­di­cale ne ces­sait de pu­blier des com­mu­ni­qués ap­pe­lant à des pré­pa­ra­tifs pour d’éven­tuelles confron­ta­tions. Le même texte a été des­cen­du par les par­tis de l’op­po­si­tion qui es­timent qu’au lieu de ge­ler les sa­laires et d’aug­men­ter l’im­pôt, le gou­ver­ne­ment au­rait mieux fait d’al­ler vers une réelle lutte contre la contre­bande, la cor­rup­tion et l’éva­sion fis­cale. Que ces pro­pos pro­viennent des par­tis op­po­sants, ce­la ne re­pré­sente au­cune anomalie. Mais quand les mêmes ar­gu­ments et les mêmes positions sont for­mu­lés par ceux là mêmes qui consti­tuent le gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale, ce­la re­met tout le pro­ces­sus en ques­tion. In­ter­ve­nant sur les ondes d’une ra­dio, le dé­pu­té du mou­ve­ment de Ni­daa Tounes, Ab­de­la­ziz Kot­ti, a in­di­qué que son bloc était di­vi­sé en deux à pro­pos du pro­jet de loi en ques­tion. Ex­pli­quant que Yous­sef Cha­hed – qui est is­su du même mou­ve­ment – n’a consul­té au­cune par­tie dans l’éla­bo­ra­tion du pro­jet de loi, il a es­ti­mé que même si le gou­ver­ne­ment était lié par des obli­ga­tions ri­gides, il n’a pas pour au­tant le droit d’éla­bo­rer un texte pa­reil d’une ma­nière uni­la­té­rale et in­di­vi­duelle. Du cô­té d’en­nahd­ha, et loin des col­loques et des confé­rences qu’il or­ga­nise au­tour du su­jet, les avis ne semblent pas al­ler dans le même sens : au­cun di­ri­geant Nahd­haoui n’a dé­fen­du clai­re­ment ce texte. En re­vanche, d’autres, à l’ins­tar de Sa­mi Fatt­nas­si (dé­pu­té et membre de la Com­mis­sion des Fi­nances au sein de L’ARP), n’ont pas hé­si­té à mettre en avant le ca­rac­tère dan­ge­reux du pro­jet de loi qui me­nace, di­sen­tils, la paix so­ciale. Du cô­té des mi­nistres, et à part Meh­di Ben Ghar­bia, Iyed Dah­ma­ni et Abid Bri­ki, au­cune ma­ni­fes­ta­tion de so­li­da­ri­té n’a été for­mu­lée au grand pu­blic pour dire que toute l’équipe sou­tient son chef dans cette épreuve dif­fi­cile. Tous ces élé­ments re­mettent en ques­tion non seule­ment la qua­li­té de cette union na­tio­nale que l’on veut at­tri­buer à l’équipe gou­ver­ne­men­tale, mais, aus­si, la réa­li­té de l’élar­gis­se­ment de l’as­sise po­li­tique qui fai­sait dé­faut au gou­ver­ne­ment d’es­sid.

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