Opi­nion: Que doit en at­tendre le monde ?

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

De­puis que les can­di­dats des deux prin­ci­paux Par­tis, Dé­mo­crate et Ré­pu­bli­cain, res­pec­ti­ve­ment Hilla­ry CLINTON et Do­nald TRUMP, ont été iden­ti­fiés, les ana­lyses n’ont pas man­qué pour dis­sé­quer les per­son­na­li­tés et les orien­ta­tions po­li­tiques de cha­cun d’entre eux. Le ré­dac­teur de ces lignes ne se pro­pose pas d’en ajou­ter une à ce stade tar­dif du pro­ces­sus. Mais force est de consta­ter que le can­di­dat ré­pu­bli­cain, par le nombre d’er­reurs stra­té­giques et tac­tiques qu’il a com­mises et les dé­cla­ra­tions in­tem­pes­tives dont cer­taines ont été ti­rées d’un pas­sé loin­tain, a sé­rieu­se­ment ré­duit ses chances, bien que sa ri­vale soit elle aus­si rat­tra­pée par le pas­sé et peine à faire ou­blier l’af­faire des Emails of­fi­ciels qu’elle avait échan­gés du temps où elle était Se­cré­taire d’etat à par­tir d’un ser­veur pri­vé non sé­cu­ri­sé. Ain­si, les amé­ri­cains au­ront à dé­ci­der si cette « mal­adresse » peut être consi­dé­rée comme signe de manque de ju­ge­ment ou même de manque de cré­di­bi­li­té et de res­pect de la loi pour jus­ti­fier qu’ils donnent, contre toutes les pré­vi­sions, leurs fa­veurs à M.TRUMP. Quelle que soit la ré­ponse qui se­ra don­née à cette ques­tion, le temps est peut-être ve­nu de com­men­cer à se de­man­der que doit at­tendre le monde du pro­chain pré­sident ou de la pro­chaine pré­si­dente des Etats-unis, que doivent en at­tendre les pays ara­bo-mu­sul­mans ain­si que la Tu­ni­sie. Etant don­né que les vues de M. TRUMP en ma­tière de po­li­tique étran­gères res­tent plu­tôt fu­meuses et bien éloi­gnées des positions tra­di­tion­nelles du Par­ti Ré­pu­bli­cain qui le sou­tient, nous met­trons l’ac­cent dans les lignes qui suivent es­sen­tiel­le­ment sur les positions de Mme Hilla­ry CLINTON.

1/Que doit en at­tendre le monde ?

Con­trai­re­ment à M.TRUMP qui sou­lève de nom­breuses in­ter­ro­ga­tions, voire des in­quié­tudes, Mme CLINTON n’est pas une in­con­nue dans le monde et son pas­sage en par­ti­cu­lier au Dé­par­te­ment d’etat (Mi­nis­tère amé­ri­cain des Af­faires Etran­gères) a lais­sé le sou­ve­nir d’une femme dé­ter­mi­née, d’au­cuns di­raient un « fau­con » en po­li­tique ex­té­rieure, convain­cue du rôle d’avant-garde ou de « lea­der­ship » que Wa­shing­ton peut et doit jouer dans le monde. Sa conseillère en po­li­tique étran­gère, Mme Ma­de­leine ALBRIGHT, elle-même an­cien Se­cré­taire d’etat sous le Pré­sident Bill CLINTON, a dé­cla­ré en fé­vrier 1998 que les Etats-unis d’amé­rique est la « na­tion in­dis­pen­sable ». « Nous nous te­nons grands-we stand tall-et nous voyons plus loin dans le fu­tur que les autres na­tions » a-t-elle pour­sui­vi. Ceci, a-telle af­fir­mé, parce que l’amé­rique est ca­pable et se doit de « mettre la force en ap­pui àla di­plo­ma­tie ».A pre­mière vue, cette ap­proche pour­rait être celle de Mme CLINTON en tant que pré­si­dente des Etat­su­nis d’amé­rique. A ce titre, elle sort de la ligne ha­bi­tuel­le­ment plus nuan­cée des dé­mo­crates et en tout cas du Pré­sident ac­tuel, M. Ba­rack OBA­MA. «Elle n’a pas peur d’avoir re­cours à la force mi­li­taire » di­sait l’un de ses an­ciens col­la­bo­ra­teurs. « Cer­tains dé­mo­crates parlent de n’uti­li­ser l’ar­mée qu’en der­nier re­cours….ce n’est pas sa fa­çon na­tu­relle de pen­ser ». Le Pré­sident OBA­MA, quant à lui, avait net­te­ment conscience des li­mites de la force, y com­pris celle que les Etats-unis d’amé­rique peuvent dé­ployer, comme il l’a lais­sé en­tendre dans son dis­cours d’ac­cep­ta­tion du Prix No­bel en 2009 (ce qui ne l’a pas em­pê­ché de se lais­ser en­traî­ner dans des ac­tions mi­li­taires aux consé­quences graves comme celle ayant me­né au ren­ver­se­ment de l’an­cien ré­gime li­byen sans pen­ser au « jour d’après ») Ce­pen­dant, le monde de la fin du ving­tième siècle est dif­fé­rent de ce­lui où nous vi­vons ac­tuel­le­ment et l’on peut s’at­tendre à ce que l’ap­pli­ca­tion de la doc­trine consis­tant à mettre tou­jours « la force en ap­pui à la di­plo­ma­tie » se heurte à des dif­fi­cul­tés de plus en plus grandes. Certes, l’en­ga­ge­ment sans am­bi­va­lence des Etats-unis d’amé­rique dans les af­faires in­ter­na­tio­nales se­ra tou­jours né­ces­saire (l’iso­la­tion­nisme étri­qué et ta­pa­geur de M. TRUMP n’a d’ailleurs pas fait recette en Amé­rique ni dans le monde), mais le re­tour pur et simple au com­por­te­ment « uni­la­té­ra­liste » de l’après deuxième guerre mon­diale ou même au « bi­po­la­risme »ayant pré­va­lu du­rant la guerre froide, ne semble pas être de mise et ce mal­gré la ré­sis­tance des mi­lieux qui res­tent at­ta­chés au pas­sé : le « mul­ti­po­la­risme » est là pour res­ter et même si Mme CLINTON ve­nait à l’ou­blier la Rus­sie de M.PUTIN, dont l’as­su­rance ne cesse de s’af­fir­mer, la CHINE, nou­velle su­per­puis­sance éco­no­mique, voire mi­li­taire, et plu­sieurs autres puis­sances émer­gentes, sans par­ler de l’union Eu­ro­péenne qui pour­rait re­fu­ser de conti­nuer à jouer le rôle de puis­sance d’ap­point pour l’amé­rique, sont là pour le rap­pe­ler aux nou­veaux res­pon­sables de l’ad­mi­nis­tra­tion amé­ri­caine. Il n’en de­meure pas moins que le monde des quatre, voire des huit pro­chaines an­nées, n’est pas com­plè­te­ment im­mu­ni­sé contre des sou­bre­sauts de di­men­sions ré­gio­nales et même glo­bales sur­tout si la ten­dance ac­tuelle chez cer­tains de s’as­su­rer tou­jours da­van­tage de zones d’in­fluence de­vait du­rer et si leur vo­lon­té d’en­di­guer mi­li­tai­re­ment, confor­mé­ment à la vieille doc­trine du «contain­ment», les puis­sances ju­gées dan­ge­reuses (Rus­sie, Chine, Iran…) de­vait se pour­suivre et même s’ag­gra­ver en s’éten­dant à de nou­velles zones, telles la Mé­di­ter­ra­née comme on le laisse en­tendre… Les vel­léi­tés hé­gé­mo­niques res­sus­ci­tées et la dé­ter­mi­na­tion de cer­taines al­liances po­li­ti­co-mi­li­taires et de cer­tains pays se trou­vant à proxi­mi­té de ces puis­sances à « crier au loup » pour pous­ser à des at­ti­tudes tou­jours plus of­fen­sives pour­raient me­ner à des si­tua­tions échap­pant à tout contrôle et on ne se­rait pas alors loin d’une nou­velle confla­gra­tion mon­diale dont cer­tains es­prits cha­grins voient dé­jà l’ar­ri­vée im­mi­nente… Il faut es­pé­rer que le pro­chain Pré­sident des Etats Unis, au lieu de se fier uniquement à ses ins­tincts ou à des conseillers trop por­tés sur l’in­ter­ven­tion ar­mée, se rap­pel­le­ra que dans un monde mul­ti­po­laire seule une ap­proche mul­ti­la­té­rale peut être ef­fi­cace et durable et qu’à ce titre une Or­ga­ni­sa­tion des Na­tions Unies re­vi­go­rée et ré­for­mée, pour­rait as­su­rer la sta­bi­li­té du monde (voir à cet égard l’ar­ticle du même au­teur pu­blié dans ce même es­pace en date du 17 oc­tobre 2016,suite à la dé­si­gna­tion du nou­veau Se­cré­taire Gé­né­ral de L’ONU). Je sais que des voix vont s’éle­ver pour de­man­der : que peut faire ce « ma­chin faible et as­ser­vi » ? C’est pour­quoi j’ai par­lé d’une Or­ga­ni­sa­tion « re­vi­go­rée et ré­for­mée » pour qu’elle soit en­fin au ser­vice de tous. Certes, le nou­veau Pré­sident des Etats Unis et le nou­veau Se­cré­taire Gé­né­ral des Na­tions Unies (ils prennent tous les deux leurs fonc­tions en jan­vier 2017) hé­ritent d’une mul­ti­tude de conflits lo­caux et ré­gio­naux pro­duits des ten­dances et vel­léi­tés cen­tri­fuges décrites plus haut, mais en tra­vaillant en­semble et avec les autres «lea­ders »du monde ils au­ront de meilleures chances de ve­nir à bout de ces conflits et em­pê­cher leur ex­ten­sion.

2 /Que doivent en at­tendre les pays ara­bo-mu­sul­mans ?

La zone ara­bo-mu­sul­mane avec ses ailes Magh­reb et Ma­chrek, en y in­cluant l’af­gha­nis­tan, fait mal­heu­reu­se­ment par­tie des zones de conflit qui connaissent des bouleversements alar­mants. Alors que la zone est confron­tée de­puis 1948 à une in­jus­tice consis­tant en la spo­lia­tion du peuple pa­les­ti­nien de ses droits, sans que cette in­jus­tice trouve de­puis cette date un dé­but de so­lu­tion,voi­là que les ten­dances hé­gé­mo­niques ex­té­rieures et le dé­sir de do­mi­na­tion éco­no­mique de cer­tains, joints à l’ab­sence de dis­cer­ne­ment chez cer­taines élites lo­cales tou­jours prêtes à sa­cri­fier l’uni­té na­tio­nale sur l’au­tel des am­bi­tions per­son­nelles, plongent les pays ara­bo­mu­sul­mans dans de graves dé­fis sé­cu­ri­taires et,pour cer­tains, des guerres sans pi­tié. Est ve­nu en­suite se gref­fer le phé­no­mène du ter­ro­risme re­li­gieux pour rendre cette zone un vi­vier d’ex­tré­mistes de tous bords. Ce n’est sû­re­ment pas ac­cré­di­ter une quel­conque théo­rie du com­plot que de dire qu’avant l’in­va­sion par les forces de la coa­li­tion à pré­do­mi­nance oc­ci­den­tale de l’irak de Sad­dam Hus­sein en 2003, Daech n’avait au­cune exis­tence, comme au­pa­ra­vant l’or­ga­ni­sa­tion El Qae­da n’a vu le jour qu’à la fa­veur de la ri­poste oc­ci­den­tale à l’in­va­sion de l’af­gha­nis­tan par les troupes so­vié­tiques sui­vie de l’in­ter­ven­tion des Etats-unis et de leurs al­liés contre les Ta­li­bans entre 2011 et 2014. De même peu­ton dire que ni la Sy­rie, ni la Li­bye, ni le Yé­men n’au­raient été at­teints du vi­rus de Daech et El Qae­da si les in­ter­ven­tions ex­té­rieures n’avaient pas af­fai­bli les Etats de ces pays par leur ap­pui po­li­tique puis mi­li­taire aux forces de l’op­po­si­tion « dé­mo­cra­tique ».Les théo­ries nées dans les es­prits ap­par­te­nant à des « think tanks » in­fluents, es­sen­tiel­le­ment amé­ri­cains ,dont des or­ga­ni­sa­tions proches d’is­raël et cer­tains in­té­rêts stra­té­giques et éco­no­miques ne sont pas bien loin, se­lon les­quelles le sa­lut du monde ara­bo-mu­sul­man et de ses voi­sins, voire du monde en­tier, vien­drait du dé­mem­bre­ment de cer­taines de ses uni­tés sur des bases eth­niques, ont in­tro­duit le der­nier élé­ment de dé­sta­bi­li­sa­tion dans cette ré­gion. Main­te­nant que le phé­no­mène du ter­ro­risme is­la­miste a dé­bor­dé et a at­teint les villes eu­ro­péennes et amé­ri­caines, l’oc­ci­dent com­mence à res­sen­tir le be­soin de l’ar­rê­ter mais en l’at­ta­quant du ciel par des drones et des avions et en lais­sant aux mu­sul­mans le soin de s’en­tre­tuer. Ceci sans que l’on sache si ce « ré­veil » tar­dif au dan­ger ter­ro­riste dans la ré­gion est dou­blé ou non de la re­non­cia­tion aux plans de bal­ka­ni­sa­tion ou s’il s’agit d’un pré­lude à son ex­ten­sion, comme cer­taines études ré­centes le laissent en­tendre en par­lant d’une pro­chaine nou­velle vague de pays qui se­raient tou­chés par le « prin­temps arabe » dans le sens dé­sta­bi­li­sa­teur du terme et non dans sa por­tée sal­va­trice. M .TRUMP s’est dis­tin­gué par un an­tiis­la­misme pri­maire qui ne pré­sage rien de bon s’il était élu. Mme Hilla­ry CLINTON, quant à elle, semble avoir une ap­proche plus mo­dé­rée de l’is­lam et des mu­sul­mans et cer­tains voient même sa marque dans la po­li­tique d’ou­ver­ture de Ba­rak OBA­MA à l’égard de « l’is­lam po­li­tique mo­dé­ré »en fa­vo­ri­sant, cer­tains disent pré­ma­tu­ré­ment, son rap­pro­che­ment avec les élites « laïques ». Sur un autre plan, elle a tout de même été dé­nom­mée par cer­tains « reine du chaos » pour avoir été favorable, au cours des deux der­nières dé­cen­nies, à toutes les in­ter­ven­tions mi­li­taires amé­ri­caines(ou de L’OTAN) dans des pays mu­sul­mans à com­men­cer par la Bos­nie et le Ko­so­vo en 1995 et 1999,en pas­sant par l’af­gha­nis­tan et l’irak avant d’ar­ri­ver à la Li­bye en 20112012 et à la Sy­rie ac­tuel­le­ment. Ce­pen­dant, elle a été, dit-on, for­te­ment af­fec­tée par les at­taques meur­trières contre le Consu­lat amé­ri­cain à Ben­gha­zi et l’am­bas­sade amé­ri­caine à Tu­nis alors qu’elle était en­core Se­cré­taire d’etat de son pays et plus ré­cem­ment par le mas­sacre ter­ro­riste is­la­miste d’or­lan­do sur le ter­ri­toire même des Etats Unis. Quelles conclu­sions a-t-elle ti­rées de ces évé­ne­ments dou­lou­reux et dans quelle me­sure ce­la in­fluen­ce­rait-il son ap­proche de la zone ara­bo-mu­sul­mane en tant que pré­si­dente des Etats-unis d’amé­rique ? Certes, ses liens avec les mi­lieux proches d’is­raël sont connus et se sont ren­for­cés de­puis qu’elle a an­non­cé sa can­di­da­ture à la Mai­son Blanche, comme l’in­dique son der­nier dis­cours de­vant L’AIPAC en mars der­nier. On peut dire la même chose de sa proxi­mi­té des « think tanks »qui ap­pellent à la mo­di­fi­ca­tion de la carte po­li­tique de la ré­gion, à com­men­cer par celle de la Sy­rie dont le dos­sier se­ra sur son bu­reau au cas où elle se­rait élue, sur­tout si au­pa­ra­vant les ex­tré­mistes étaient éli­mi­nés de l’irak. Vou­drait-elle faire du pays de Ba­char EL AS­SAD son « champ d’es­sai »per­son­nel pour une telle carte ? Même ses en­ne­mis re­con­naissent à Mme CLINTON un de­gré de réa­lisme qui, faut-il l’es­pé­rer, lui per­met­tra de réa­li­ser que la sta­bi­li­té de la ré­gion ara­bo-mu­sul­mane, et par­tant l’ex­cel­lence de ses liens fu­turs avec l’oc­ci­dent, ne vien­dront pas bien sûr de la vic­toire des obs­cu­ran­tistes ni, au même titre, de celle des forces ayant une vue ré­duc­trice de la dé­mo­cra­tie et des rap­ports entre les di­verses com­po­santes des na­tions arabes et mu­sul­manes et que,en­fin, l’amé­rique au­rait tout à ga­gner à ai­der et à main­te­nir l’uni­té ter­ri­to­riale des pays arabes et mu­sul­mans en contri­buant à y ré­duire les ten­sions et en évi­tant d’en créer d’autres et en as­sis­tant leurs peuples dans la recherche, sans in­ter­ven­tions étran­gères, de leur che­min vers la co­exis­tence, la dé­mo­cra­tie et le dé­ve­lop­pe­ment durable. Pou­vons-nous pous­ser le rêve jus­qu’à es­pé­rer que, sous une pré­si­dence CLINTON , se­ra en­fin le­vée l’in­jus­tice à l’égard des pa­les­ti­niens qui crée tant de frus­tra­tion par­mi les arabes et les mu­sul­mans(et contre la­quelle, faut-il le rap­pe­ler, elle s’est éle­vée au tout dé­but de sa car­rière po­li­tique, pré­ci­sé­ment en 1998 de­vant un groupe de jeunes pa­les­ti­niens et is­raé­liens) et que l’etat pa­les­ti­nien in­dé­pen­dant, qu’elle ap­pe­la alors de ses voeux, ver­ra le jour et que la concorde se­ra en­fin ré­ta­blie en cette terre sainte pour les trois re­li­gions mo­no­théistes ?

3 /Que doit en at­tendre la Tu­ni­sie ?

Con­trai­re­ment à M.TRUMP, la Tu­ni­sie n’est pas une terre in­con­nue pour Mme CLINTON. Elle est ve­nue dé­jà à la fin des an­nées 1990 en tant que pre­mière dame de son pays. Ce voyage l’au­rait mar­quée, se­lon un té­moi­gnage, et reste pour elle « un ex­cellent sou­ve­nir qui lui a permis de dé­cou­vrir à la fois la ri­chesse de la ci­vi­li­sa­tion du pays, la vi­ta­li­té de sa so­cié­té ci­vile et le rôle joué par les femmes ».Au dé­but de la ré­vo­lu­tion tu­ni­sienne Mme

Ali Ha­cha­ni

CLINTON, alors Se­cré­taire d’etat,au­rait im­mé­dia­te­ment sai­si « l’am­pleur de ce qui se jouait en Tu­ni­sie »et au­rait ré­agi im­mé­dia­te­ment en en­voyant son sous­se­cré­taire d’etat Jef­frey Felt­man qui, se­lon le même té­moi­gnage « a été le pre­mier res­pon­sable oc­ci­den­tal à nouer des con­tacts di­rects avec les au­to­ri­tés de la tran­si­tion ». Il faut aus­si re­con­naître à Mme CLINTON qu’elle a, pen­dant son man­dat de Se­cré­taire d’etat, fait un ef­fort pour l’aide à la Tu­ni­sie, no­tam­ment par le biais du « Tu­ni­sian Ame­ri­can En­tre­prise Fund » et à tra­vers les bourses uni­ver­si­taires Tho­mas Jef­fer­son. Tou­te­fois, la Tu­ni­sie, confron­tée au­jourd’hui aux dé­fis sé­cu­ri­taires et éco­no­miques que l’on sait, au­rait be­soin de beau­coup plus que le dit fonds et les dites bourses. Certes, le Pré­sident ac­tuel Ba­rack OBA­MA, dont le res­pect pour l’ex­pé­rience dé­mo­cra­tique tu­ni­sienne est ma­ni­feste, outre les ga­ran­ties de prêts consen­tis, a bud­gé­ti­sé une aug­men­ta­tion de l’aide fé­dé­rale amé­ri­caine à la Tu­ni­sie qui at­tein­dra en 2017 le ni­veau de 140 mil­lions de dol­lars. La moi­tié de cette en­ve­loppe ira à l’aide mi­li­taire et à la lutte an­ti­ter­ro­riste, do­maines qui bé­né­fi­cient de l’at­ten­tion par­ti­cu­lière des deux par­ties, sur­tout de­puis l’oc­troi à la Tu­ni­sie par l’ad­mi­nis­tra­tion amé­ri­caine du sta­tut « d’al­lié ma­jeur n’ap­par­te­nant pas à L’OTAN » (Ma­jor Non Na­to Al­ly). Peut-on es­pé­rer que Mme Hilla­ry CLINTON, si elle est élue pré­si­dente, fe­ra un ef­fort éco­no­mique sup­plé­men­taire en fa­veur de la Tu­ni­sie ? D’une ma­nière plus gé­né­rale, le pays de la pre­mière tran­si­tion po­li­tique en terre arabe et is­la­mique bé­né­fi­cie­ra –t-il de la consi­dé­ra­tion stra­té­gique qu’il mé­rite au mi­lieu de cette zone agi­tée ?

La so­li­di­té des re­la­tions tra­di­tion­nelles exis­tant entre la Tu­ni­sie et les Etats-unis d’amé­rique ain­si que la connais­sance per­son­nelle (l’ami­tié ?) que l’éven­tuelle pro­chaine lo­ca­taire de la Mai­son Blanche semble avoir pour notre pays, laissent sup­po­ser une ré­ponse par l’af­fir­ma­tive à cette ques­tion. Tou­te­fois, Mme CLINTON, si elle est élue, se­ra sol­li­ci­tée de toutes parts et se­ra sû­re­ment gui­dée dans ses re­la­tions ex­té­rieures par les in­té­rêts stra­té­giques et éco­no­miques de son pays et sa propre vi­sion telle qu’es­quis­sée dans les pa­ra­graphes pré­cé­dents. Il ap­par­tient à nos ser­vices com­pé­tents d’ef­fec­tuer, si ce n’est dé­jà fait, des études pour iden­ti­fier les points de ren­contre éven­tuels entre nos in­té­rêts et ceux du par­te­naire amé­ri­cain en cette nou­velle pé­riode pour les deux pays. Ces études de­vraient éga­le­ment pré­voir d’ores et dé­jà (à com­men­cer par la pé­riode de tran­si­tion) des moyens per­for­mants pour faire en­tendre notre voix au­près de la nou­velle équipe qui va ac­com­pa­gner la pré­si­dente ain­si qu’au Congrès amé­ri­cain qui se­ra lui aus­si lar­ge­ment re­nou­ve­lé dans les pro­chains jours. Outre les cir­cuits of­fi­ciels, les ré­seaux in­for­mels et neutres dans le contexte po­li­tique tu­ni­sien, ont leur im­por­tance outre-at­lan­tique et il semble que cer­taines bases existent dé­jà, re­pré­sen­tées no­tam­ment par l’as­so­cia­tion « Tu­ni­sian Ame­ri­can Young Pro­fes­sio­nals »(TAYP) dont il faut ap­puyer les ef­forts par d’autres ré­seaux in­for­mels et ce à l’ins­tar de ce qui est fait par d’autres pays proches et loin­tains.

A.H.

An­cien Am­bas­sa­deur, an­cien Re­pré­sen­tant Per­ma­nent de la Tu­ni­sie au­près de L’ONU

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