Dé­com­po­si­tion des villes… Vite… le dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal !

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Par Kha­led Guez­mir

Le chef du gou­ver­ne­ment semble avoir pris la me­sure de l’im­por­tance de l’en­vi­ron­ne­ment et ses im­pli­ca­tions éco­no­miques, so­ciales sur la qua­li­té de la vie, après six ans de lais­ser-al­ler et de né­gli­gences in­té­grales. Tout le monde s’ac­corde pour dire que la Ré­vo­lu­tion du « Jas­min » n’a pas été de l’odeur du jas­min ou du « Fell » de Tu­ni­sie, mais plu­tôt l’en­ne­mie dé­cla­rée et in­trai­table de l’en­vi­ron­ne­ment et du tis­su éco­lo­gique. Tous les concepts em­prun­tés aux villes al­le­mandes, fran­çaises et es­pa­gnoles ont été clas­sés « an­cien ré­gime » sur les « villes jar­dins » où la créa­tion d’es­paces verts, de par­cours de san­té et de parcs na­tio­naux, ont été lé­gués aux ou­bliettes, parce que beau­coup d’ha­bi­tants, (je ne dis pas « ci­toyens» au sens aris­to­té­li­cien du terme), as­so­cient la « Ré­vo­lu­tion » à la de­struc­tu­ra­tion de l’ordre an­cien, y com­pris la na­ture, le bien-être col­lec­tif, la dis­ci­pline so­ciale et donc, nous re­voi­là au temps des Bé­ni Hi­lal et Bé­ni Sou­leim, ou même la pierre n’a pas échap­pé à leur van­da­lisme. Ibn Al Athir, le grand his­to­rien arabe, ra­conte com­ment ces hordes ve­nus du « Saïd » - sa­ha­ra égyp­tien -, avec pour mis­sion de dé­truire Kai­rouan la ca­pi­tale agh­la­bide de l’ifri­qiya, ont tout dé­truit sur leur pas­sage. Il di­sait no­tam­ment : « Chaque fois qu’ils en­traient dans une ci­té de l’ifri­qiya, ils la brû­laient… croyant que c’était Kai­rouan, la ca­pi­tale… du fait de leur igno­rance de la géo­gra­phie et de l’his­toire ». Ceci prouve par ailleurs, l’ex­ten­sion ur­baine dans les ré­gions du Sud et du Centre et pas seule­ment en bor­dure de mer à l’époque. Le Co­li­sée d’el Jem, porte en­core sur cer­taines de ces pierres géantes, les traces du feu de la horde des Bé­ni Sou­leïm et des Bé­ni Hi­lal. Par consé­quent, l’his­toire de notre pays a été mar­quée pen­dant des siècles par ce cycle in­fer­nal de la vio­lence sur la ville parce que les ré­bel­lions so­ciales et po­li­tiques as­si­mi­laient « l’ur­ba­ni­té » à une sorte de pou­voir « aris­to­cra­tique » (bour­geois) do­mi­nant et an­ti­po­pu­laire. Plus proche de nous, un cer­tain Ha­che­mi El Ham­di, du mou­ve­ment po­pu­liste « Al Arid­ha Achaâ­biya », la pé­ti­tion po­pu­laire, n’ar­rête pas de ha­ran­guer les foules du monde ru­ral et de la Tu­ni­sie pro­fonde (non sa­hé­lienne, en bor­dure de mer) sur le thème de « El Ho­gra » qu’il agite pour dire « le mé­pris » des gens des villes à l’en­contre de la pay­san­ne­rie des cam­pagnes et des ha­bi­tants des pe­tits vil­lages ru­raux. La ré­volte de Ali Ben Ghed­ha­hom, chez les tri­bus de « Ma­jers » et « Fré­chiches », de Kas­se­rine et de Tha­la, en 1864, avait dé­si­gné le chef re­belle « Ali » comme « Bey El Aâ­rab » (le Bey des Arabes ou plu­tôt des aâ­rab ou or­banes-bé­douins), donc Roi du peuple des contrées pro­fondes et conti­nen­tales, op­po­sé au « Bey des Troks » (ou Bey des Turcs), donc, Roi de l’aris­to­cra­tie ci­ta­dine et des « ci­toyens-bel­dis » de la ca­pi­tale et des mé­tro­poles du lit­to­ral. Par consé­quent, la Ré­vo­lu­tion a éveillé quelque part ce que Bour­gui­ba dé­si­gnait par le « dé­mon ber­bère » avec cette haine en veilleuse, dis­si­mu­lée, au fin fond du sub­cons­cient po­pu­laire des ha­bi­tants de la Tu­ni­sie pro­fonde et qui ont été à l’ori­gine de la « Ré­volte-ré­bel­lion » du 17 dé­cembre 2010 et 14 jan­vier 2011, comme au bon vieux temps de Ali Ben Ghed­ha­hom. Mais, alors, la dé­com­po­si­tion des ci­tés, se­rait-elle une fa­ta­li­té pour de longues an­nées en­core, jus­qu’à l’épa­nouis­se­ment des ré­gions in­té­rieures ?! Je le pense sé­rieu­se­ment ! Pour preuve, de quoi est com­po­sée la po­pu­la­tion « ci­ta­dine » de la ca­pi­tale ou des villes comme Sousse, Sfax, Bi­zerte, Ga­bès ou Djer­ba !

Les sta­tis­tiques to­ta­le­ment er­ro­nées et hors cir­cuit, nous ont don­né une vé­ri­table fable qui ne tient pas, comme quoi le « grand Tu­nis », ne fait que 1,5 mil­lion et de­mi à 2 mil­lions d’ha­bi­tants ! C’est une vé­ri­table mas­ca­rade car le grand Tu­nis fait au moins 40% de la po­pu­la­tion tu­ni­sienne, si­non plus !

Cer­taines villes de l’in­té­rieur comme Mak­thar ou Kas­se­rine, Si­di Bou­zid, ont été dé­peu­plées, pour al­ler en­com­brer les ci­tés pé­ri­phé­riques de Tu­nis, Sousse, Na­beul, Bi­zerte et Sfax. D’où ces construc­tions anar­chiques par mil­liers, dans des es­paces non amé­na­gés, sans in­fra­struc­tures de voi­ries ni de ca­na­li­sa­tions des eaux plu­viales et usées ! Main­te­nant, que le mal est fait… que faire ?! Et par où com­men­cer… le dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal pour fixer ce qui reste des po­pu­la­tions de l’in­té­rieur ou ré­ha­bi­li­ter les ci­tés pé­ri­phé­riques pour don­ner un mi­ni­mum de bien être et d’es­poir aux « exo­dés » dé­ra­ci­nés ! Eh bien, les deux à la fois, et vite ! Le dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal est tout aus­si prio­ri­taire que la re­mise à ni­veau ur­baine des ci­tés pé­ri­phé­riques où la pau­vre­té et la mi­sère des villes sont plus res­sen­ties que dans le mi­lieu ru­ral où les tra­di­tions de so­li­da­ri­té fa­mi­liales sont plus ac­tives. Un grand chan­tier at­tend l’en­semble du gou­ver­ne­ment car tout se tient et s’en­chaîne. Ça va de l’equi­pe­ment, à la Pla­ni­fi­ca­tion des villes et des es­paces ur­bains, qu’au Dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, in­dus­triel et agri­cole et aus­si à la San­té où les nou­velles les plus alar­mantes et les plus désa­gréables nous at­tendent, au ni­veau de la démographie à nou­veau ga­lo­pante dans les pé­ri­phé­ries et les ci­tés po­pu­laires ru­ra­li­sées. Les imams obs­cu­ran­tistes ont trou­vé là, la poule aux oeufs d’or… en ap­pe­lant à boy­cot­ter le plan­ning fa­mi­lial de « Bour­gui­ba »… Ce « Mar­tien » ve­nu de l’oc­ci­dent pour « dés­is­la­mi­ser » l’ifri­qiya re­con­quise à nou­veau par les Bé­ni Hi­lal !

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