Im­pres­sions vé­hé­mentes à propos des JCC

Le Temps (Tunisia) - - Arts & Culture - Hou­cine TLILI

C’est vrai que les im­pres­sions que nous laissent en­tre­voir les évé­ne­ments cultu­rels na­tio­naux et ré­gio­naux de ces der­niers temps, sont floues. Soixante jours de la po­li­tique du nou­veau gou­ver­ne­ment au ni­veau cultu­rel ne semblent pas suf­fire pour nous in­di­quer clai­re­ment quelles sont les nou­velles lignes di­rec­trices de la po­li­tique cultu­relle et ar­tis­tique du nou­veau mi­nistre de la Culture.

Rien n’est en­core pré­cis à ce ni­veau. L’on ne sait pas en­core si l’on main­tient les op­tions li­bé­rales au ni­veau cultu­rel ou bien al­lons­nous ren­fon­cer les choix d’un dé­ve­lop­pe­ment cultu­rel du­rable fon­dé sur un rôle ac­cru de l’etat dans la réa­li­sa­tion des in­fra­struc­tures cultu­relles très abi­mées et sur­tout le lan­ce­ment de nou­velles réa­li­sa­tions fon­da­men­tales ré­gio­nales d’in­fra­struc­tures de­ve­nues ab­so­lu­ment né­ces­saires, au­jourd’hui. Le peu de temps im­par­ti au jeune mi­nistre de la Culture ne nous per­met pas de dres­ser un bi­lan même pro­vi­soire de l’ac­tion cultu­relle nou­velle. Toute ac­tion in­tem­pes­tive fa­vo­ri­sant un choix par rap­port à un autre de­vrait, en prin­cipe, être évi­tée en at­ten­dant d’éla­bo­rer se­rei­ne­ment une dé­marche non ex­clu­sive et syn­thé­ti­sante entre ac­tion quo­ti­dienne et celle de dé­ve­lop­pe­ment du­rable. Ce qui est au­jourd’hui an­non­cé est cette po­li­tique de dé­cen­tra­li­sa­tion fon­dée sur l’idée de faire de nos grandes villes des pôles cultu­rels ré­gio­naux et lo­caux d’ani­ma­tion d’en­ver­gure.

Le concept cen­tral de la dé­cen­tra­li­sa­tion opte pour un dé­ve­lop­pe­ment d’une vie cultu­relle in­tense pour oc­cu­per l’es­pace ur­bain par les feux de la rampe et les tam­bours de ma­ni­fes­ta­tions ar­tis­tiques po­pu­laires. Ce­la se­ra-t-il suf­fi­sant pour éloi­gner de nous et vaincre les agis­se­ments cri­mi­nels des ter­ro­ristes ? Une autre op­tion pour­rait être en­vi­sa­gée. C’est celle du dé­ve­lop­pe­ment cultu­rel du­rable.

Des ma­ni­fes­ta­tions gran­dioses, certes cen­trales, comme celle de Car­thage, en été, consti­tuent des éclair­cies si­gni­fi­ca­tives, égayant notre pay­sage et nos coeurs par la qua­li­té des re­pré­sen­ta­tions. Mais ces ac­tions sont rares, désaxées même pour ceux qui ha­bitent non loin de Car­thage. Les JCC te­nues ré­cem­ment, ont li­vré un bi­lan peu ras­su­rant sur la qua­li­té ar­tis­tique des créa­tions pro­po­sées ; Au­cun grand long mé­trage arabe ou africain n’est ve­nu illus­trer le ni­veau du ci­né­ma de re­cherche ou même ce­lui de la grande pro­duc­tion mon­diale. Il ny a plus, en fait, d’avant-garde du ci­né­ma arabe et africain ! In­dé­pen­dam­ment des in­ci­dents de ta­pis et autres, des ma­ni­fes­ta­tions pué­riles de cer­tains ac­teurs et ac­trices. Nous sommes en droit d’exi­ger une pro­duc­tion plus en­ga­gée ar­tis­ti­que­ment et so­cia­le­ment. Où sont pas­sées les grandes épo­pées his­to­riques du ci­né­ma et les aven­tures quo­ti­diennes des rencontres pour les films réa­listes, plein d’hu­mour et d’ironie, des quar­tiers d’al­ger, de Tu­nis et de Oua­ga­dou­gou… Il semble qu’il faille mo­bi­li­ser les créa­teurs, pour que le fes­ti­val de Car­thage re­de­vienne un lien de créa­tion. Il reste que la te­nue de ce fes­ti­val dans les condi­tions dif­fi­ciles d’au­jourd’hui est une ga­geure à réa­li­ser et un dé­fi qui a été re­le­vé par les or­ga­ni­sa­teurs.

Il est vrai éga­le­ment que les spec­ta­teurs sur­tout tu­ni­siens, ont été nom­breux à fré­quen­ter les salles tu­ni­soises de pro­jec­tion. Ce­la, en lui-même était im­por­tant. Ce­la éga­le­ment au­rait pu être très si­gni­fi­ca­tif, plus po­si­tif si la pro­duc­tion était plus per­for­mante, plus ar­tis­tique. Cette re­la­tive baisse de ni­veau de la qua­li­té de la créa­tion fil­mique était-elle due au manque, à l’ab­sence ou à la di­mi­nu­tion des moyens et des bud­gets de réa­li­sa­tion du ci­né­ma arabe et africain ou est-elle due à un ta­ris­se­ment des sources d’ins­pi­ra­tion des créa­teurs fa­ti­gués de vivre les dif­fi­cul­tés de la vie et des déses­poirs sus­ci­tées par des condi­tions ma­té­rielles de la créa­tion de moins en moins bonnes ? Le désen­ga­ge­ment des Etats dans la pro­duc­tion ar­tis­tique, dans l’éla­bo­ra­tion des in­fra­struc­tures cultu­relles semblent être les vé­ri­tables causes dans le dé­pé­ris­se­ment de la pro­duc­tion d’en­ver­gure et ce­ci dans tous les do­maines de la pro­duc­tion ar­tis­tique in­dé­pen­dam­ment des styles et des ac­teurs en­ga­gés des adop­tés.

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