Vé­ri­tés et contre vé­ri­tés

Le Temps (Tunisia) - - Faits De Societe - Ah­med NEMLAGHI

Le phé­no­mène de mal­trai­tance des en­fants pra­ti­qués par des pa­rents ou des édu­ca­teurs est-il nou­veau?

A vrai dire il a tou­jours exis­té, mais il était oc­cul­té et né­gli­gé à une époque où les droits de l’homme en gé­né­ral étaient ba­foués et qua­si­ment in­exis­tants. La concep­tion même de l’édu­ca­tion de l’en­fant a évo­lué au fil du temps. Du­rant la pé­riode co­lo­niale, que les moins de cin­quante ans ne peuvent pas connaitre, la cor­rec­tion de l’en­fant ou l’élève était de ri­gueur.

A l’école cor­nique ou Kout­tab, il y avait les coups de bâ­tons sur les pieds pour ceux par­mi les élèves qui com­met­taient des bê­tises ou qui n’ap­pre­naient pas leurs le­çons. Idem à l’école pri­maire où à un mo­ment don­né, l’ins­ti­tu­teur, pour im­po­ser le res­pect, pu­nis­sait les cancres et les in­dis­ci­pli­nés par des bas­ton­nades.

A cette époque il y avait des pa­rents qui al­laient très loin dans la cor­rec­tion par la mal­trai­tance al­lant de la simple ad­mo­nes­ta­tion à des châ­ti­ments cor­po­rels qui tour­naient par­fois au drame. Ne par­lons pas des gens de mai­son de jeune âge, qui étaient au ser­vice de cer­taines fa­milles et qui su­bis­saient les pires des mal­trai­tances.

Dé­jà à cette époque les châ­ti­ments cor­po­rels ont fi­ni par être of­fi­ciel­le­ment in­ter­dits dans les écoles suite aux graves dom­mages qu’avaient su­bis cer­tains élèves. Mais le phé­no­mène a conti­nué, après l’in­dé­pen­dance bien que la mal­trai­tance des élèves fut consi­dé­rée par le code pé­nal comme un dé­lit. L’en­fant a conti­nué à souf­frir de ce phé­no­mène aus­si bien phy­si­que­ment que psy­chi­que­ment, sur­tout au sein de cer­taines fa­milles dés­équi­li­brées et dé­sta­bi­li­sées, à la suite d’un di­vorce, ou de la mort de l’un des pa­rents, ce­la en plus de la si­tua­tion so­ciale de cer­taines fa­milles in­di­gentes et dé­mu­nies. Les temps ont évo­lué avec l’évo­lu­tion des droits de l’homme, et un code de la pro­tec­tion des en­fants a été ins­ti­tué en 1995, qui cri­mi­na­lise la mal­trai­tance des en­fants, qu’elle soit pra­ti­quée par les édu­ca­teurs à l’école par les pa­rents au sein de la cel­lule fa­mi­liale ou par des tiers, quel qu’en soit la cause?

Se­lon l’ar­ticle 24 de la loi: “le mau­vais trai­te­ment ha­bi­tuel si­gni­fie la sou­mis­sion de l’en­fant à la tor­ture, à des vio­la­tions ré­pé­tées de son in­té­gri­té phy­sique, ou sa dé­ten­tion, ou l’ha­bi­tude de le pri­ver de nour­ri­ture, ou de com­mettre tout acte de bru­ta­li­té qui est sus­cep­tible d’af­fec­ter l’équi­libre af­fec­tif ou psy­cho­lo­gique de l’en­fant.

Ces actes consti­tuent des dé­lits qui sont pu­nis par des peines de pri­son. Or on as­siste de plus en plus à la re­cru­des­cence de la mal­trai­tance in­fan­tile, la­quelle va de pair avec la dé­lin­quance ju­vé­nile.

De­vant cette der­nière cer­tains pa­rents ont bais­sé les bras, et l’en­fant s’est trou­vé li­vré à son propre sort. Cer­tains autres ré­agissent mal en choi­sis­sant le moyen d’édu­ca­tion la plus sé­vère, es­ti­mant qu’elle est la plus ef­fi­cace. A titre d’exemple, et suite à une en­quête me­née par la dé­lé­ga­tion de la pro­tec­tion de l’en­fance de Ma­nou­ba, une édu­ca­trice a brû­lé un gosse avec une cuillère au vi­sage. Elle a ten­té en­suite d’étouf­fer l’af­faire en fal­si­fiant un rap­port au Centre de trau­ma­to­lo­gie et des grands brû­lés de Ben Arous pour orien­ter les soup­çons sur la ma­man du pe­tit, vers le père de l’en­fant. Mais elle a été dé­mas­quée et le pro­cu­reur a or­don­né sa mise en dé­ten­tion en l’in­cul­pant de mal­trai­tance en­vers un mi­neur. Une autre édu­ca­trice dans un centre pour han­di­ca­pés, à l’aria­na, est ac­cu­sée d’avoir tor­tu­ré un en­fant en lui brû­lant les mains avec des ci­ga­rettes. Dans un Ha­dith du Pro­phète il est énon­cé que l’édu­ca­tion d’un en­fant se fait dans l’amu­se­ment et non au moyen de la tor­ture. Rous­seau dans son ou­vrage l’émile, dé­fie toute idée de contrainte et d’au­to­ri­té aveugle, et se penche sur l’en­fance et l’ado­les­cent pour mieux par­ler de l’homme en af­fir­mant qu’il « nait bon et libre, et qu’il il doit le de­ve­nir vrai­ment et le res­ter ».

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.